J'écoute d'une oreille distraite cette émission de France Inter, «Comme un bruit qui court», qui parle ce samedi du TAFTA. Ce traité un peu hallucinant qui pourrait donner plein pouvoir aux multinationales et autres dangereux lobbys. A un moment, cependant, une information me fige. Un exemple donné par l'une des personnes interrogées me laisse sans voix. Ce genre d'exemple qui me laisse perplexe quant au monde qu’ensemble nous sommes en train de construire, et quand cela va-t-il suffisamment nous indigner, pour qu’enfin nous réagissions.

 

J’apprends donc avec surprise qu’il y a quelques années, le groupe français Veolia a porté plainte contre l'état égyptien, suite à une augmentation du salaire minimum de 31€ par mois,(cette avancée sociale est l'un des résultats positifs du printemps arabe en Égypte) arguant que cette augmentation  ne respecte pas les engagements initialement pris dans le cadre d'un contrat privé-public avec la ville d'Alexandrie pour le traitement des déchets. C’est à cet instant que la honte ressentie d’appartenir à ce monde capitaliste et sans scrupule ressurgie une fois de plus.

 

Quand allons-nous cesser de nous infliger cette honte, réagir et ne plus laisser ces géants agir comme ils l’entendent dans l’unique but de se rémunérer grassement? En effet, nous parlons d'une entreprise dont le chiffre d'affaires atteint environ 23 milliard d'euros en 2013, et dont une partie du capital est détenu par le Groupe Industriel Serge Dassaut, une entreprise qui à priori ne souffre d'aucune difficulté financière. Cette même entreprise, qui au travers sa fondation envoie du matériel humanitaire à destination d'Haïti au lendemain du tremblement de terre de 2010– sûrement avec l’intention de bénéficier de la défiscalisation offerte par l’état français- mais qui refuse d'appliquer les avancées sociales gagnées par tout un peuple.

 

Une fois de plus, une entreprise occidentale s'arroge le droit de pratiquer du néo-colonialisme en Afrique, et de manière générale dans les pays du Sud, comme l'a montré récemment le cas de Bolloré au Cameroun, qui s’accapare la terre des petits producteurs (40 000 hectares saisis par l'intermédiaire de la Socfin dont Bolloré est le principal actionnaire , lésant au passage 6000 agriculteurs camerounais de leurs propriétés) afin d'y implanter et d'y faire prospérer des plantations de palmiers à huile. Ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres, mais qui démontre cette arrogance des multinationales, et dans l'ensemble du monde occidental face aux plus démunis.

 

Les conséquences de ces pratiques commerciales déséquilibrées sont tellement vastes et longues, qu'il serait pratiquement impossible de toutes les lister, sans prendre le risque d'en oublier certaines. Nous pouvons mettre en avant les migrants économique, qui n'ayant plus accès à leurs terres, ou à un emploi respectant tout simplement leurs droits et dignité, viennent tenter leur chance en Europe afin de pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays. Il faut aussi souligner  les multiples scandales auxquels doivent faire face de nombreuses multinationales mais rarement dévoilés en Europe. Il faut alors citer Nestlé et sa brillante idée d’introduire du lait maternel en poudre en Afrique, négligeant alors le fait que l’eau utilisée pour mélanger le lait soit tout simplement impropre à la consommation, et encore moins pour celle d’un nourrisson. Plusieurs personnes ont cherché également à dénoncer les effets désastreux de l’implantation de Coca-Cola au Mexique pour les locaux, et les difficultés maintenant rencontrées pour avoir accès à l’eau potable, Coca-Cola s'étant approprié la majorité des ressources pour les besoins de production du célèbre soda. Sans oublier Cargill qui emploi des enfants dans les plantations de palmiers à huile, pour ensuite revendre cette marchandise sous forme de bio-carburants, et donc considérée comme energie durable en Europe…

 

Mais il ne suffit plus de simplement dénoncer ces pratiques malhonnêtes et dangereuses, mais de prendre conscience en tant que consommateur de notre poids, de notre importance dans la réussite de ces entreprises. Prenons l’exemple du Tafta. Si nous arrivons dans cette situation, celle où le pouvoir de multinationales sera supérieur à celui des états – ce qui est déjà apparemment le cas dans certains pays du Sud, dépendant pour développer leurs économies de ces entreprises étrangères, et ayant trop peu d'influence pour manifester leurs désaccords – c’est que nos choix de consommation leurs ont donnés les plein pouvoirs.

 

Il faut donc qu’ensemble nous ayons conscience de notre poids en tant que consommateur, et sortir de cette logique dangereuse qui consiste à accuser perpétuellement les multinationales tout en continuant de consommer de façon irresponsable. Nous sommes ceux qui influent les choix et les lignes directrices des grands groupes. Ces derniers s’adaptent à notre demande afin de mieux pénétrer le marché mondial. Tant que nous demanderons des produits à bas coûts, que nous serons dans la recherche d’une consommation de masse et non de qualité, tant que nous trouverons cela normal d’acheter des fraises en décembre, tant que nous soutiendrons les chaines de supermarchés ayant pour ligne directrice « la vie moins chère », nous ne pourrons nous orienter vers des échanges commerciaux apaisés et respectueux.

 

Nous devons comprendre que nous avons cette responsabilité lorsque des migrants économique risquent leurs vies pour venir en Europe, nous avons cette responsabilité lorsque Intermarché continue à détruire les fonds marins  pour nous proposer du poisson toujours moins cher. Nous avons cette responsabilité lorsque nous achetons des produits élaborés à partir d'huile de palme. Nous avons cette responsabilité lorsque nous refusons d'ouvrir les yeux sur le véritable poids de nos actions quant aux décisions commerciales des entreprises. Nous avons cette responsabilité lorsque Michel-Edouard Leclerc se félicite des grèves du secteur agricole, soulignant ainsi la bonne réussite de ses équipes commerciales. Nous avons cette responsabilité lorsqu’au lieu de consommer, nous gaspillons.

 

C'est  maintenant à nous d'agir en tant que citoyen pour contrer ces multinationales qui se pensent au-dessus des lois, qui ne respectent pas l'humain, c'est à nous de demander une nouvelle politique de ces entreprises, car finalement ces dernières ne font que répondre à une demande, à sortir de cette inertie qui nous rend chaque jour un peu plus coupable. Il ne suffit plus seulement de s'indigner mais d'agir, et nous en avons les moyens. A nous de demander des comptes à l'état chaque fois qu'il en sera nécessaire, de boycotter chaque entreprise qui va à l'encontre des droits humains et de développer et  de faire prospérer les petites entreprises, ces agriculteurs du Sud qui ont décidés de se dresser face au monde capitaliste, privilégier le commerce local et responsable, de se renseigner sur des nouveaux projets, à diffuser et dénoncer ce dont se rend coupable une entreprise comme Véolia, notre portée sur ce groupe en tant que consommateur étant limité. Nous avons ce devoir de vigilance pour ensemble évoluer vers une société égalitaire.

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