Quelles protections pour les migrants sur les routes de l'exil?

Alors que les frontières européennes se ferment un peu plus chaque jour, une question se pose aujourd'hui : qui assure la sécurité des migrants sur les routes de l'exil?

L’urgence n’est pas de savoir si dans 10 ans la population européenne sera grand remplacée, mais bien de savoir comment respecter la dignité humaine, qui visiblement ne l’est plus pour les personnes en migration.

Les récits des rescapés se ressemblent tous. Dès le départ du pays d’origine, la violence est présente. Elle se durcit vers Gao, au Mali, là où les hommes et femmes se transforment en simple marchandise. S’il te manque 10.000 Francs à un point de passage, tu pourras être tabassé, fouetté avant de te retrouver entassé dans un hangar, en attendant qu’un autre passeur t’embarque dans un camion surchargé de monde.

Après, une fois la frontière marocaine franchie à Oujda, au nord-est du pays, il faut réussir à passer en Europe. Un vrai combat.

Ceux qui arrivent à atteindre le vieux continent représentent une part infime des migrations totales, puisqu’il faut compter les abandons en cours de route, les retours au pays après plusieurs tentatives de passages loupées, et un nombre de morts que nous ne pouvons recenser...

Les lois répressives de l’Europe ne font qu’accentuer la mise en danger de personne tenté par l’exil, que ce soit en mer ou sur la route migratoire en Afrique de l’Ouest, puis au Maghreb.

Obnubilée et tiraillée par des questions identitaires, l’Europe a fait le choix de sacrifier la vie et la dignité de milliers de personnes, le plus souvent, appartenant aux catégories économiques les plus pauvres, cédant alors aux exigences des extrêmes droites et nationalistes.

Or, avant de fermer les frontières, d’entraver constamment l’aide apportée aux migrants en mer, de mettre en place des lois absurdes (notamment la hausse des frais d’inscriptions pour les étrangers), il y aurait du avoir une réflexion et approche différente de cette migration dite économique.

En effet, peut-être serait-il temps de revoir le fonctionnement de l’aide internationale, notamment développer des systèmes de micro-crédit, avec une attribution directe de l’argent pour le bénéficiaire, ce qui pourrait réduire à terme les problèmes de corruption, et valoriser les compétences locales, tout en pénalisant les multinationales se livrant à des expropriations massives de terres, et d’exploitation de travailleurs forcés.

Mais avant tout, il y a cette urgence qui mérite toute notre attention, à savoir la protection de ces hommes et femmes, sur les routes de l’exil, livrés à la pire violence, et ce, avec le silence complice de la communauté internationale (si nous pouvons encore utiliser ce terme).

Cependant, le constat est glaçant. La politique migratoire menée par les dirigeants européens nous éloigne chaque jour d’une possibilité de mise à l’abri de ces milliers d’hommes et femmes, maltraités et torturés des mois durant sur les routes migratoires et ne pouvant faire appel à aucune aide sécuritaire tout au long de leur trajet.

Ou bien, est-ce que l'Europe a décidé de fermer définitivement les yeux sur les souffrances subies par les migrants, dans le seul but d'envoyer ce message fort : Vous n'êtes pas les bienvenus chez nous.





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