Le privilège blanc

«En tant que personne blanche, j'ai réalisé que j'avais appris le racisme comme quelque chose qui désavantage d'autres personnes, mais on ne m'a jamais enseigné le corollaire de cet situation: le privilège blanc, qui me donne un avantage.» Peggy McIntosh

On parle beaucoup d’émeutes en ce moment. Dans les quartiers. Dans les banlieues. De cet embrasement de toute une jeunesse. A l’affut de la moindre image, du moindre comportement suspect.

Parce qu’il y a 10 jours, un jeune noir a été violé par un policier en pleine journée. Comme ça. Un déferlement de violence suivi d’une négation de l’agression sexuelle par la police des polices. La matraque se serait enfoncée de façon accidentelle. Et  la vie doit continuer.

Parce que le mépris de ces jeunes-là est normal, il est acté. On peut faire n’importe quoi avec eux, puisque de toute façon, ils sont à moitié français. Pour qui n’habite pas en banlieue, vous ne verrez jamais ces scènes d’humiliation collective, en pleine rue. Elles n’existent qu’ici.

Des dizaines de jeunes, qui ont parfois seulement 14 ans, alignés contre une grille, les grilles d’une église, fouillés, touchés, par la police, à la vue de tous. Pour qui s’indigne de cette scène, il nous est demandé de partir, de ne pas rester. Il faut qu’ils comprennent qui fait la loi ici. Et la compréhension passe apparemment par l’humiliation au-delà du périph.

Mais on continue de nier le problème, on continue de porter nos œillères. Le racisme est un fait minoritaire en France. Les gens vivent ensemble, il y a du multiculturalisme, nos enfants blancs vont à l’école avec des enfants noirs, arabes, asiatiques. Tous les prénoms se côtoient. Nous sommes une France riche et diverse. Nous ne voyons pas la couleur des autres.

Mais je ne suis pas d’accord. La couleur est invisible ou presque dans les beaux quartiers. Ceux qui sont propres et lisses dans l’ouest parisien. La couleur y est seulement visible à 5 heures du matin quand les agents de service nettoient les allées du métro,  quand dans les premiers wagons, la France qui se lève tôt part travailler.

La couleur n’est pas présente dans les plus hautes institutions, dans les entreprises du CAC 40. Toujours des hommes blancs. Il suffit de regarder qui nous gouverne depuis des années. Et quand une femme noire devient ministre de la Justice, il lui est rappelée ce que nombre d’entre nous perçoivent comme une différence. On la compare à un singe. Car elle est noire. Et ce déferlement de violence et de racisme ne provoque rien. De l’indifférence. Car ce sont des faits minoritaires dans l’imaginaire collectif.

L’imaginaire collectif blanc qui se pense la norme. Qui refuse de désigner ceux qui sont victimes  comme étant des opprimés. Non, tout le monde peut s’en sortir, tout le monde n’est pas obligé d’avoir recourt à la violence pour s’exprimer, et il est fort dommage que l’on ne puisse plus appeler un noir Bamboula. Quelle triste époque !

Une société qui, parce qu’elle a écrit « Liberté, Egalité, Fraternité » sur chacune des devantures des institutions se pense être un modèle de vertu et de tolérance. Il n’en est rien. Puisque tant qu’une personne non-blanche se devra de justifier son identité au quotidien, l’égalité restera un leurre.

Un imaginaire blanc qui refuse d’admettre son privilège. Qui répond avec impertinence que si 60% des policiers votent FN, c’est qu’il y une raison. Sans avoir l’honnêteté intellectuelle de comprendre et de se poser la question inverse. Pourquoi la banlieue est en colère ?

Parce que le privilège blanc, c’est cela justement. C’est de marcher librement dans la rue. C’est de pouvoir postuler partout. D’habiter partout sans que cette présence soit un problème. De s’approprier sans donner en retour. Sans s’apercevoir que ces choses banales ne le sont pas pour d’autres.

On trouvera toujours le moyen de lui rétorquer à la différence, que toutes les cartes lui ont été données pour s’en sortir. L’école est gratuite, la santé est gratuite et qu’elle doit cesser cette victimisation. Va voir ailleurs, dans les autres pays comment ça se passe.

La Seine-Saint-Denis est en « pleine émeute », les fauves sont de sortis, ils cassent tout et ne respectent rien. C’est vrai, ce n’est qu’un autre drame de plus, une horreur qui vient d’ajouter à la liste, ils demandent quoi d’ailleurs ? L’égalité ? Le droit au respect ?

Assimiles donc et fermes ta gueule. L’égalité pour le moment est réservé à une classe dirigeante, pas pour vous, ceux que l’on cherche à enfermer dans un schéma de vie tout tracé, ceux qui ne méritent rien d’autre que du mépris. Ceux qui voient les assassins de leurs enfants, de leurs frères toujours excusés par la justice.

On nie ce problème, on refuse de le voir et de le combattre violemment, comme si la peur de se confronter à ses propres échecs viendrait stopper net toute tentative de lutte antiracisme. Comme si l’hypocrisie même de notre société nous avait tous aveuglés au point de ne pas admettre que l’égalité n’est pas la même en fonction de notre couleur de peau.

Pour Zyed et Bouna, Adama, Théo, Amine et tout les autres tués par la police française, pour les autres drames qui s’annoncent, car notre société est en train de foncer dans le mur, nous nous devons de réagir et de cesser cette indifférence face aux injustices.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.