Un an de vie non-essentielle

Il y a un an, je suis devenue non-essentielle. J’ai éteint mes alarmes du matin, et je me suis mise à attendre. A vivre une vie où je suis chez moi, confinée, dans l’obligation de restreindre mes interactions sociales, et réinventer un quotidien dans lequel il ne se passe rien.

Il y a un an, je suis devenue non-essentielle. J’ai éteint mes alarmes du matin, et je me suis mise à attendre. A vivre une vie où je suis chez moi, confinée, dans l’obligation de restreindre mes interactions sociales, et réinventer un quotidien dans lequel il ne se passe rien.

Récemment, j’ai lu un article du Monde, qui parlait de nous, les travailleurs non-essentiels, ceux qui, comme moi, bossent dans la restauration, ou tout autres secteurs subissant de plein fouet des fermetures liées au Covid-19. Cet article disait que depuis mars 2020, notre vie était en stand-by. 

En stand-by d’un quotidien rythmé par des horaires de travail, des loisirs, des rencontres sociales et culturelles. Depuis un an, je suis livrée à moi-même. C’est à dire que chaque matin, je me lève tout en sachant que les possibilités d’avant ne sont plus là et que la même journée risque de se répéter jusqu’à une éventuelle réouverture des restaurants. 

Il y a un an, je me suis dit que cela serait temporaire, que l’effort collectif du confinement nous permettrait de sortir de cette crise, et qu’il fallait accepter cette restriction de liberté pendant quelques semaines. Puis, comme les événements l’ont montré, notre effort collectif n’a pas marché, puisque la politique du gouvernement n’a pas suivi, et nous avons dû confiner de nouveau, pour le résultat inneficace que nous connaissons.

Il a fallu se réadapter à notre kilomètre de marche autorisé, et dans mon cas, et celui des milliers d’autres de travailleurs au chômage partiel, revivre un quotidien qui est fait de rien. Nous sommes terriblement seuls depuis un an. Nous sommes oubliés par le gouvernement qui n’a pas de mots pour nous.Nous ne sommes pas visibles. Nous avons comme seul mot d’ordre d’attendre et dans l’obligation de faire confiance à un gouvernement qui, dans mon cas, n’a pas réussi à me convaincre.

Il me semble que demain, le gouvernement va annoncer un confinement en Ile-de-France et pour la première fois depuis longtemps, je n’ai plus d’espoir de sortie de crise, et je me retrouve à accuser les décisions d’un gouvernement nullissime, qui préfère s’engouffrer dans des polémiques racistes et contre-productives plutôt que de s'atteler à des plans de sorties de crises efficaces.  

Ce que les membres de mon gouvernement ne connaissent pas, c’est mon quotidien, avec un salaire ponctionné de 16% depuis un an, des interactions sociales parfois proches du néant lors des confinements, avec un avenir professionnel plus qu’incertain, une partie de ma famille vivant à l’étranger, à subir les ouvertures et fermetures de frontières, nous obligeant à reporter nos retrouvailles régulièrement

Ce confinement qui s’annonce est venu m’accabler. Le week-end était pour moi synonyme d’échappatoire à mon quotidien de semaine plutôt morose. Je suis à bout d’idées pour occuper mes journées, je suis à bout de subir les injonctions du gouvernement français, d’entendre leurs discours dans lequel il nous est demandé encore plus d’efforts, alors que j’essaie juste depuis un an de ne pas sombrer. 

Je suis à bout de l’indifférence, du mépris, de la déconsidération que nous porte chaque jour le gouvernement Macron.

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