Un débat public à nuancer

Depuis quelques temps, le débat public est devenu inaudible, quitte à en détourner la majorité d'entre nous, fatigué de cette violence verbale quotidienne.

Georges Corm conclut ainsi son essai “Pensées et politiques dans le monde arabe” :

“C’est donc un appel que je lance ici à la jeune générations d’Arabes, dans leur propre pays ou dans l’émigration, à se libérer des carcans intellectuels dans lesquels les ont enfermés d’un côté les islamophiles, de l’autre les islamophobes racistes, chacun avec ses récits canoniques justificatifs. Les premiers trouvent dans les mouvements d’islam politique un substitut au tiers-mondisme [...], les seconds, retombent dans les grandes traditions racistes européennes”.

Une conclusion d’une rare justesse en ces temps où les polémiques ont fini par s’imposer quotidiennement dans le débat public, où chaque jour des critiques et stigmatisations d’un même groupe de personnes sont émises par des intervenants qui, du jour au lendemain, sont devenus spécialistes approximatifs en tout, et plus précisément, en fournisseur de haine.

Il y a un an, je suis partie de France. J’ai traversé la méditerranée en quelques heures de vol, quand certains mettent plusieurs mois, voir année pour faire cette même route en sens inverse. Sans doute que beaucoup d’entre nous ont oublié le sens du mot privilège et que cela leur permet de se prononcer contre l’accueil des réfugiés en Europe, mais cela est une autre question.

Quelques semaines après mon départ, l’ancien ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a proposé la loi “Asile Immigration”. Une loi qui se définit uniquement par son manque d'empathie à l’encontre de personnes se trouvant dans la plus grande urgence humanitaire. Les plus cyniques me répondront alors que l’on ne gouverne pas avec le cœur mais avec la raison. Suite à cette loi, alors que j’avais donné ma voix contre le FN en 2017, je me suis alors promis de ne plus jamais voter.

Puis, j’ai fini par ne plus écouter les matinales, préférant d’autres sources d’informations définitivement écœurée par la médiocrité de certains intervenants, preuve en est avec la récente promotion du livre sur la supposée islamisation du 93. Aucune contradiction sérieuse n’est apportée lorsque les 2 journalistes prennent en exemple certaines anecdotes, pourtant démenties par les personnes interrogées lors de l’enquête . Pire, il semblerait que le livre rencontre un fort succès.

Je regarde surtout avec beaucoup de tristesse ce qu’est en train de devenir le débat public français. Les événements de la semaine passée , suite aux perquisitions dans les locaux de la France Insoumise, sont encore d’autres exemples de l’hystérisation du débat public. Il faudrait être pour ou contre, mais honni soit celui qui ose penser différemment, ou apporte des nuances.

L’analyse de Georges Corm, que nous pouvons alors étendre au débat public français, est une source de sérénité et de sagesse, tant la teneur des propos tenus lors d’interviews ou sur les réseaux sociaux ont atteint des sommets de violence et de ridicule. Il y a maintenant urgence à apporter de la nuance dans nos propos quotidiens et à accepter la contradiction quand elle est formulée avec intelligence et respect.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.