Le voile et le carillon : n’en jetez plus, la coupe est pleine

Le petit lait avait déjà un petit goût acidulé. Il tourna peu à peu au vinaigre et c’est désormais jusqu’à la lie qu’il faudra boire le nectar de la honte. Va-t-on passer du voile aux cloches ?

Un débat des plus nauséabonds a été animé hier soir sur une chaîne privée, un « face à face » comme ils disent, autour d’une info sur le voile… catholique. Une religieuse aurait été refusée comme pensionnaire dans une maison de retraite au motif qu’elle ne voulait pas se défaire de son voile. Le jusqu’au-boutiste de la laïcité, gêné de devoir s’attaquer à une représentante de « notre religion depuis Clovis », a rappelé que les professionnels de la religion n’étaient pas concernés par l’interdiction du port de signes religieux. Il a même affirmé qu’il croiserait sans problème un iman ou un rabbin « en tenue de travail » (en croisez-vous beaucoup et connaissez-vous l’uniforme de l’imam ?). Pour lui, le voile catholique n’est pas un signe religieux ostentatoire (il faut bien avouer qu’il est moins visible que les cornettes que portait jadis mon adorée grand-tante), au contraire du voile dit islamique, qui serait non seulement ostentatoire mais aussi politique et revendicateur. Le même contradicteur prétend également que le port du voile est liberticide et qu’il faut en libérer cette pauvre femme « soumise ». On commence à s’y perdre : veut-on qu’elle retire son voile pour la faire taire ou pour la libérer ? Cette semaine, rappelle le débatteur que l’on s’empressera sans doute de traiter d’islamo-gauchiste, trois femmes voilées étaient présentes dans la tribune publique du Sénat, accompagnées d’enfants. Par chance, les députés laïcistes ne les ont pas remarquées et elles ont pu en toute impunité éduquer ces enfants aux pratiques de la république. Quelle honte ! dira Zemmour.

Un peu plus loin dans le débat, l’anti-fichu, embourbé dans ses contradictions, fut dans l’obligation d’aborder le sujet du vacarme des cloches qui retentissent depuis Clovis sur les places de tous nos villages, au grand dam de Peppone et à la plus grande joie de Don Camillo, privant le travailleur laïque d’un repos dominical pourtant bien mérité, tandis que le chant mélodieux de l’appel du muezzin n’a pignon sur rue qu’en pays de bicots. Notons que ces derniers n’ont jamais eu l’idée de réclamer le droit d’appeler leurs fidèles ni de se plaindre des cloches de la république laïque. On pourrait donc penser qu’il n’y a point débat.

Les paris sont ouverts : va-t-on passer du voile aux cloches, va-t-on nous faire arriver en retard à la messe lorsque nos braves débatteurs seront à court de munitions ? Le serpent se mord la queue. Il faudra boire la coupe de la honte jusqu’à la lie.

Dispara, yo ya estoy muerto !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.