Les enseignants contractuels : l'arbre qui cache la foret du despotisme du FMI

Samedi, plusieurs milliers de contractuels de l'enseignement, hommes et femmes, pour la plupart âgés de 20 à 30 ans, se sont rassemblés à Rabat. La police marocaine a dispersé avec des matraques et des canons à eau qui voulaient passer la nuit devant le Parlement après plusieurs heures de manifestation.

Samedi, plusieurs milliers de contractuels de l'enseignement, hommes et femmes, pour la plupart âgés de 20 à 30 ans, se sont rassemblés à Rabat. La police marocaine, fidèle à sa tradition autoritaire et repressive a dispersé avec des matraques et des canons à eau les jeunes contractuels qui voulaient passer la nuit devant le Parlement après plusieurs heures de manifestation. Une soixantaine de blessés légers ont été transportés à l'hôpital dans la nuit.

Le statut d’enseignant contractuel donne droit au même salaire que pour le statut de permanent – 5 000 dirhams par mois, soit environ 460 euros –, mais pas à la même stabilité de l’emploi ni aux mêmes droits pour la retraite. En effet, cette idée a été initié par le fond monétaire international, il ordonne même aux autorités marocaines de maintenir la masse salariale publique sous les 10,5% du PIB à moyen terme afin de ne pas compromettre les dépenses prioritaires. Ensuite, il conclut dans son rapport sur le Maroc qui date du 24 Janvier : «Les autorités ont introduit plusieurs mesures qui doivent encore être mises en œuvre, telles que l’emploi contractuel et la mobilité du personnel. Des mesures supplémentaires, notamment une progression de carrière fondée sur le mérite et une simplification du statut de la fonction publique, seront également nécessaires».

Pour ces pays du tiers Monde, le FMI a la même allure que le banquier, un homme respectable et influent, vêtu d’un costume gris, que l’on supposait être un modèle de responsabilité et qui soumettait les gens à un interrogatoire sévère avant de leur prêter de l’argent. Mais cela est faux, ni la Banque mondiale ni le FMI ne disposent en effet des ressources nécessaires pour développer une analyse approfondie des conditions politiques et sociales permettant de s'assurer de l'efficacité de leur recommandations en matière de politique économique pour le Maroc et les marocains, ainsi sur la forme, le nombre de voix détenu au sein des Conseils d’administration de la Banque mondiale et du FMI est fonction des parts de capital et donc du niveau économique de chaque Etat, les riches décident et imposent aux pauvres les politiques à suivre. Le FMI régente les politiques des pays les plus pauvres mais ne s’immisce pas dans celles des plus riches. Les Etats-Unis, par exemple, sont le pays le plus endetté du monde, ce qui concourt à déstabiliser le système monétaire et financier international. Mais jamais le FMI ne s’est enhardi à exprimer la moindre suggestion de politique financière aux USA. En effet, ces institutions financières internationales imposent à l’ensemble du monde une logique économique unique, tout en prétendant encore aujourd’hui ne pas avoir de vocation “politique”.

Cependant, les dégradations sociales dues aux ajustements structurels imposés par le FMI au Maroc sont la plus flagrante preuve de l’inefficacité des recommandations de cette institution. Paul Bairoch un historien économiste de l'après-guerre, définit le développement comme « l’ensemble des changements économiques, sociaux, techniques, et institutionnels liés à l’augmentation du niveau de vie résultant des mutations techniques et organisationnelles issues de la révolution industrielle du 18ème siècle ». Selon le FMI, l’État doit remplir deux tâches contradictoires, créer les conditions d’une accumulation profitable et maintenir les conditions d’une harmonie sociale ; les services publics assument ces rôles. La socialisation croissante de l’économie conduit au besoin de plus de services publique et de moyens étatiques. Car la croissance est inséparable de l’amélioration des moyens de transport, notamment de routes et d’autoroutes, que seul l’État est capable de conduire. Le développement urbain appelle aussi une très forte intervention étatique : les entreprises ont besoin de transports collectifs pour que leurs salariés viennent travailler, mais le FMI ne veulent pas qu’ils en assument les coûts. le FMI fait en sorte que l’État - Selon une expression empruntée à Engels - crée les « préconditions » de l’exploitation capitaliste. En élargissant le raisonnement, la lutte contre la pauvreté est une précondition nouvelle des politiques d’austérité et des plans d’ajustements que les États doivent assumer.

La réalité est que les services publics permettent la réalisation du droit à l’éducation, à la santé et à la protection sociale. Ils contribuent au droit au logement, à l’emploi, à un environnement sain. Les services publics de la culture préservent les cultures nationales. Les grands réseaux publics favorisent l’aménagement du territoire, le droit au transport et à la communication. En résumé, les services publics contribuent à l’exercice des libertés individuelles et de la démocratie, donnent un contenu économique et social à des libertés qui, sans eux, restent parfois formelles. Si la dépense publique a, en plus de son effet de demande, une dimension d’investissement productif, on ne peut plus affirmer, comme le font les économistes du FMI que l’État se développe aux dépens de l’industrie privée. L’État est au contraire indispensable à l’investissement et à la croissance. L’effet d’éviction vis-à-vis du capital privé est secondaire par rapport à la fourniture par l’État de prestations indispensables à l’économie et à la société. Grâce à l’État des investissements non directement rentables mais indirectement très utiles aux entreprises peuvent avoir lieu. Si les services publics mis en place sont efficaces, salariés et entrepreneurs peuvent tous deux y gagner. Et si l'on parle d'un point de vue capitaliste, l’augmentation de l’investissement socialisé de l’État exerce des effets favorables sur la productivité du travail, la demande et le profit des entreprises.

D’autant plus que le tiers monde a un besoin crucial de services publiques, car dans ces pays là, les privatisations ont augmenté le pouvoir d’immenses groupes multinationaux, placés face à des États faibles engrené par la bureaucratie et la corruption. Au Brésil, la privatisation de l’électricité a abouti à placer des rentes monopolistes dans les mains de quelques opérateurs privés, et l’offre d’électricité ne suit plus la demande. Une étude de la BAD et de l’OCDE (2003) sur les privatisations en Afrique montre qu’on a le plus souvent débouché sur des situations de monopole privé. Les tarifs des services ont souvent augmenté, et le risque est que « certains propriétaires privés se retirent des marchés desservis par les entreprises d’État pour se concentrer sur des activités rentables ».

Les politiques dictées par les institutions monétaires sont actuellement tellement dangereuses, que le premier devoir des mouvements anti-capitalistes au Maroc et au tiers monde en général est de lutter contre cette fausse conception qui consolide les régimes autoritaires en échange de leur asservissement à la finance mondiale. Par conséquent, les défaillances de ce système capitaliste qui nous sert de modèle économique sont de plus en plus flagrantes, et de plus en plus de personnes qui appartiennent à la classe des affaires s’en inquiètent. De Warren Buffet à Alexandre Taillefer, en passant par Sophie Brochu et les remises en cause des dogmes austéritaires par le FMI, les élites craignent d’être en train de scier la branche sur laquelle elles sont assises.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.