JEAN LACOUTURE, LE JOURNALISTE DE COUR AU LONG COURS

Un portrait rapide de ce journaliste, un ancien de Combat, de France soir et du Monde, il a écrit plus de 70 ouvrages, essentiellement des portraits (De Gaulle, Ho Chi Minh, Nasser, Mendès France, Montaigne, Mitterrand...) et rencontré les "puissants" de ce monde.

Il n’est nullement possible de parler de Jean Lacouture sans évoquer les conditions de sa formation : études chez les Jésuites qui vouent un culte absolu à l’autorité du pape, sa première rencontre avec le journalisme alors qu’il était attaché de presse du général Leclerc à la fin de la seconde guerre mondiale et ses premiers contacts avec le Vietminh et Hô Chi Minh. C’est un homme des paradoxes, une sorte de parcours oxymorique associant deux réalités contraires : le culte de l’autorité et de la discipline et l’attrait d’un certain dilettantisme. Cet auteur prolifique de 71 livres dont on sait qu’il touche à tout (sport, actualité, cinéma, théâtre, politique…) et qu’il aime fréquenter les « grands » dont il décrit le parcours dans des biographies est un personnage marqué paradoxalement par les jeux de l’objectivité positiviste et de la subjectivité faisant du bon goût, du beau et du vraisemblable, mais aussi de cette admiration des « génies » dans la perspective de Gustave Lanson.

Sa rencontre avec Hô Chi Minh est déterminante dans ses positions politiques. Ce familier des géants de la décolonisation, ce biographe talentueux de de Gaulle, Malraux, Hô Chi Minh, Mauriac, Nasser, Stendhal, Mendès France, des Jésuites et de bien d’autres, adepte d’un journalisme d’engagement, un « spectateur engagé » pour reprendre la belle formule de Raymond Aron est fortement marqué par un livre et un auteur, « Le savant et le politique » de Max Weber, lui empruntant ses catégories «  éthique de la responsabilité » et éthique de la conviction » pour juger les hommes et les réalités politiques et sociales. C’est un homme engagé dans le processus de décolonisation, soutenant le Vietnam, l’Algérie à laquelle il a consacré deux ouvrages : « Algérie, la guerre est finie » et « L’Algérie algérienne : la fin d’un empire, naissance d’une nation ».

Critiqué par de nombreux journalistes pour ses positions anticolonialistes, notamment durant la guerre de libération algérienne, Jean Lacouture, ce passionné d’opéra et de tauromachie, journaliste à Combat, France soir, mais essentiellement Le Monde, avait des positions anti-américaines et tiers-mondistes qui finit par adopter le genre biographique. Il était le seul journaliste européen à avoir dénoncé l'agression tripartite contre l'Egypte en 1956 à la suite de la nationalisation du canal de Suez. Pour lui, la biographie, c’est avant tout la célébration d’un homme se muant en héros absolu pouvant, à lui tout seul, influer sur le cours de l’Histoire. Il est dominé par le personnage qu’il décrit en usant d’un style empreint d’admiration et d’empathie, convoquant bienséance, décence, revendiquant et assumant totalement sa subjectivité. La biographie se transforme chez lui en un singulier jeu de miroirs. Toutes ses biographies, des hommes politiques, des artistes, de l'univers du sport, du monde des médias, sont marqués par cette empathie et cette admiration qu'il voue aux "grands": Hô Chi Minh, Sekou Touré, De Gaulle, Tillon, Mendès France, Mitterand, Montaigne, Montesquieu, Garbo, Mauriac, Blum, Malraux...

Il a parfois des positions trop conformistes, évoquant sans cesse la raison d’Etat et vouant un certain mépris pour le journalisme d’investigation qui se substituerait à la police ou à la justice regardant par le trou de la serrure. Il considère que les écrits d’Edwy Plenel par exemple sont peu supportables comme ceux de Bernstein et de Woodward pour le Watergate. Ces positions sont très discutables. Il a pris position, au même titre que Robert Barrat et quelques autres rares journalistes, pour le combat anticolonial des Algériens dans une presse acquise au bruit des colonisateurs, ce qui lui a valu les attaques de nombreux confrères.

 

 

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