20_ LE CHOC DES OMBRES_ Extrait N 04

Avant de vous proposer l’extrait N 04, rappel des résumés précédents 

 1_ Résumé de l’extrait 1 (pages 1 à 20):

 Mardi 15 août 1944 : Kada El Bethioui, tirailleur algérien, traverse la Méditerranée à bord d’un navire de guerre pour participer à la libération du sud de la France.

 Nov 1961 : L’indépendance de l’Algérie est proche. La famille Pinto quitte Oran, sa ville natale pour aller s’installer à Marseille, provisoirement. Gaston ne dit rien à personne, hormis sa famille, de sa décision d’abandonner le pays, pas même à son employeur. Les enfants (Mimoun, Yacoub, Yvette), leurs parents (Gaston, Dihia), Habiba (leur grand-mère paternelle) et Zohar et Ginette (leurs grands-parents maternels) se trouvent sur le paquebot Le Ville d’Oran. Mimoun se souvient du cimetière où l’emmenait son père Gaston. Ils priaient notamment sur la tombe du grand-père. C’est en son souvenir que le jeune Pinto est appelé Mimoun.

(L’extrait N1 se trouve ici :

http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.fr/2017/12/583-le-choc-des-ombres-presentation-et.html)

 

2_ Résumé de l’extrait 2 (pages 21 à 31):

 Les Pinto sont à bord du bateau qui les emmène d’Oran à Marseille.

Durant les années trente – quarante, la haine des juifs dans la communauté des pieds-noirs est semblable à celle des métropolitains.

Le grand père de Mimoun (Charly) Pinto dont il porte le même prénom, est assassiné le 9 septembre 1941 devant la grande synagogue d’Oran. Gaston rappelle périodiquement cette agression à son fils Charly « pour ne pas oublier ». Il n’hésite pas à lui montrer l’article que l’Écho d’Oran qui accuse « six Arabes ». 

(L’extrait N2 se trouve ici :

http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.fr/2017/12/585-le-choc-des-ombres-extrait-n-02.html)

 

3_ Résumé de l’extrait 3 (pages 32 à 49):

 Nous sommes dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961. Kada se cache dans une canalisation à Nanterre. Il attend la levée du jour pour rentrer chez lui. Son corps est endolorie et recouvert de plaies. La réaction des forces de l’ordre contre les manifestants fut extrêmement violente.

Après la fin de la guerre contre le régime Allemand, Kada est retourné chez lui à Bethioua en Algérie. La vie y est très difficile, la misère est répandue chez les autochtones. Moins de dix ans après la fin de la grande guerre, il revient en France pour y travailler. Il est hébergé par son cousin, à Nanterre. En novembre 1954, le FLN déclenche la guerre contre la France coloniale. Il appelle les Algériens de Paris et sa région à manifester le 17 octobre 1961.

Au petit matin, Kada rejoint sa baraque où l’attend son épouse Khadra, qui le reconnaît à peine.

 (L’extrait N3 se trouve ici :

http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.fr/2017/12/586-le-choc-des-ombres-extrait-n-03.html)

 

Aujourd'hui extrait 4 (pages 50 à 62):

 

Mais alors que le cher pays, l’Algérie, est abandonné par eux, la France n’offre ni fleurs ni royaume aux pieds-noirs et leurs alliés. Au mieux les Marseillais les accueillent-ils avec une indifférence portée par le même dédain qu’ils ont pour les ingrats en général. La population, selon Paris-Presse, remisa sa compassion. Sur de grandes banderoles, on lit « PIEDS-NOIRS RENTREZ CHEZ VOUS !! » en lettres majuscules avec deux points d’exclamation ou encore « ALGERIE LIBRE ! » en lettres majuscules également, mais un seul point d’exclamation. Gaston n’avait pas de mots pour répondre à Mimoun qui tirait sur un pan de la veste, « papa, c’est nous aussi les pieds-noirs ? » La renommée de Ginette, Lina l’Oranaise, ne semble manifestement pas avoir une quelconque prise de ce côté-ci de la Méditerranée. Confinée à sa communauté sa célébrité n’est par conséquent d’aucune aide à la famille Pinto face aux services administratifs marseillais. Pas de coup de piston. Heureusement, elle est prise en charge par Le Secours catholique qui l’héberge un temps avant de l’orienter vers un hôtel du troisième arrondissement pour quelques semaines. Mimoun reprend le chemin de l’école avec un retard de près de trois mois. Pour Yacoub tout est nouveau : la cour de récréation, la maîtresse, ces grappes d’enfants, tout ce remue-ménage. En Algérie Gaston et Dihia souffraient chaque jour de voir Mimoun quitter la maison pour aller à l’école, de ne plus l’avoir à leur côté avant la fin de la journée. Avant de refermer la porte derrière lui Dihia le mettait en garde, « surtout n’accepte rien de personne, tu entends ? » Les derniers mois étaient terribles, Radio-Alger alertait, « les morts et les disparitions se comptent par centaines ». Quant à Yacoub — il avait six ans et demi — les parents préférèrent le garder auprès d’eux.

Face au questionnement moqueur du directeur de l’école de la rue de Sery à la Belle de Mai où est affecté son fils, Gaston ne s’égara pas au-delà du rappel d’une réalité que nul, y compris les chefs d’établissement, n’était en mesure d’ignorer : « c’est à cause des événements, on vient de là-bas ». Le maître d’école n’apprécie pas ces écoliers venus d’Algérie. Dans la classe de CM1 que fréquente Mimoun, deux autres élèves arrivent comme lui du bled. À tous ceux qui fuirent le pays en guerre, on fait systématiquement redoubler l’année scolaire. Le maître répète à son directeur « les jeunes pieds-noirs sont taciturnes, absents, préoccupés par je ne sais quoi ». Il dit les avoir à l’œil, mais cela n’échappe pas à Mimoun qui rentre souvent en pleurs, car ses camarades moquent son accent, son accoutrement, ses oreilles décollées, sa maigreur, sa taille. Il n’est plus « enano », mais « rasqueux ». Et chaque soir il se plaint auprès de son père des sarcasmes et des injures dont il est l’objet. Un jour, n’en pouvant plus d’accumuler ses jérémiades, Gaston finit par le rabrouer vertement « défends-toi, ti es plus grand, casse-leur la gueule leche, qu’est-ce que ti attends! ti as pas honte! »

Gaston supporte de moins en moins cette ville et le minuscule appartement de la rue Guibal que lui sous-loue un Arménien, beaucoup moins cher qu’une chambre d’hôtel. « Arménien mon œil, il me prend pour un coño » Le père ne le croit pas. Il dit à qui veut l’entendre que « ce type c’est un Arabe, ils nous chassent d’Algérie et on les retrouve ici à faire la loi déguisés en Russes, en Arménien ou je ne sais quoi, me cago en tu madre », fulmine-t-il. Gaston se sent rejeté par cette ville et ses habitants et cela s’aggravera avec le déferlement de plusieurs centaines de milliers de pieds-noirs, harkis et israélites mêlés, au courant de l’année 1962. « Les Français ils ne veulent pas de nous, de notre drôle d’allure comme ils disent. Ils nous accusent de tous les maux, de tous les vols commis dans la ville, de toutes les misères. Ils veulent qu’on aille nous ‘‘réadapter ailleurs.’’ » Gaston est très déçu par les Français. Déçu et désemparé. Il se demande si Zohar vit le même calvaire à Port-Vendres. Hormis quelque temps comme ouvrier à la Manufacture de tabacs, il ne bénéficie toujours pas d’un emploi stable. Journalier, c’est tout ce qu’on lui propose. Manutentionnaire quelques jours par semaine ou par mois. Comme elle n’a plus les moyens pour payer le loyer, les aides ayant fortement diminué, la famille est expulsée. Gaston ne sait plus à quel saint se vouer désormais. Il reprend les prières qu’il avait abandonnées à l’époque du service militaire. D’abord discrètement, puis à haute voix, dans un coin de la chambre, toujours seul. Il se met debout, face contre le mur. De temps à autre, il fait trois pas en arrière puis trois en avant. À un moment précis qu’il renouvelle, il récite en fléchissant les genoux et en inclinant le buste : « Ado-Naï Séfatay Tifta’h Oufi Yagid Téhilatékha : Baroukh ‘Atah AdoNaï, ‘Elo-heinou Vé’lohei Avotéinou ‘Elohèi Avraham ‘Elohèi… »

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 https://leblogdeahmedhanifi.blogspot.fr/2018/01/588-le-choc-des-ombres-extrait-n-04.html

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