Intervention au nom du collectif Solidarité Kanaky et de l'USTKE du 21 mars 2018

Pour continuer la présentation de ce qui s'est dit au Meeting du 21 mars à la Bourse du travail (voir présentation du meeting et intervention faite au nom de l'AISDPK, https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/220318/intervention-de-laisdpk-la-bourse-du-travail-le-21-mars-2018-2), voici aujourd'hui l'intervention de Mina Kherfi au nom duc collectif Solidarité Kanaky et au nom de l'USTKE.

intervention de Mina Kherfi au nom de Solidarité Kanaky et de l'USTKE au meeting du 21 mars

(Meeting à la Bourse du travail du 21 mars 2018)

Bonjour à tous

Au nom de l’USTKE que je représente ici, organisation syndicale à laquelle je suis liée depuis maintenant trente ans ; et puisqu’on est à la Bourse du travail, et à quelques heures d’une grande mobilisation syndicale, je tiens d’abord au nom de la direction de l’USTKE et des travailleuses et travailleurs de Kanaky à vous adresser nos salutations fraternelles et le soutien total à la grève des cheminots et des fonctionnaires, contre la casse des services publics, qui va démarrer dans quelques heures.

Meeting de la Bourse du travail - Mina Kherfi au nom de Solidarité Kanaky et de l'USTKE © I. Leblic Meeting de la Bourse du travail - Mina Kherfi au nom de Solidarité Kanaky et de l'USTKE © I. Leblic

Je ne vais pas présenter l’USTKE, beaucoup d’entre vous connaissent cette centrale syndicale – la deuxième du pays après l’USOENC –, syndicat indépendantiste qui a toujours été engagé pour l’accès à la pleine souveraineté du peuple kanak et, dans le préambule de ses statuts, figure cet objectif.

Drapeau USTKE Drapeau USTKE

Vous connaissez tous le drapeau aux couleurs de Kanaky avec le slogan « usines tribus même combat ». Vous l’avez souvent vu flotter dans les manifestations. Vous connaissez Rock Haocas, André Forest, Marie-Pierre Goyetche, Fidel Malalua et tant d’autres qui viennent régulièrement à la semaine anticoloniale parler de la situation sociale difficile, des conflits sociaux. L’an dernier, c’était Rock Haocas qui était assis à cette même table.

Aujourd’hui, nous sommes heureux de cette venue d’une forte délégation des jeunes et des moins jeunes du FLNKS, c’est une ouverture qui, j’espère, se répercutera au-delà des océans, en Calédonie.

Je veux seulement rappeler quelques petites choses essentielles. L’ustke a été une pièce importzante à la création du FLNKS et a toujours œuvré pour l’autodétermination du peuple kanak.

Avant de parler de parler de la situation sociale, je vais juste en deux mots parler du collectif Solidarité Kanaky.

Meeting de la Bourse du travail - Affiche Meeting de la Bourse du travail - Affiche

Dans les années 1990 et jusqu’à 2007, l’ustke, c’était la bête noire du patronat local. La situation des travailleurs, les droits des travailleurs étaient tellement bafoués qu’il fallait engager des batailles très dures pour parvenir à une négociation, des conflits sociaux qui duraient des mois, tout le monde a connu le syndicat aux bâches bleues, parce que quand plus aucune négociation n’était possible, quand tout était bloqué, et bien il ne restait plus que le blocage de l’entreprise. Et cela pouvait durer des mois, c’est la solidarité à l’intérieur du syndicat qui permettait aux grévistes de tenir… Chaque jour, une fédération amenait… ARGENT ET NOURRITURE aux grévistes.

Tout a basculé en 2007. Systématiquement, les forces de l’ordre dégageait les piquets de grève, ce qui a entraîné des affrontements très durs avec les forces de l’ordre ; et la répression anti-syndicale a été jusqu’à incarcérer le président de l’ustke et neuf camarades syndicalistes puis de les condamner à neuf mois de prison ferme.

C’est à la suite de cela que l’on a créé le collectif Solidarité Kanaky, avec des associations, des personnalités, pour alerter l’opinion publique, informer sur la situation politique et sociale et créer des liens importants de solidarité entre ici et là bas. Comme ce soir.

Aujourd’hui, l’ustke a réintégré les instances du dialogue social après s'en être délibérément mise à l'écart à l'époque des conflits durs et fermement réprimés,

l’USTKE est aussi à l’origine de la création du Parti travailliste, ce qui permet à ses élus de porter les revendications des travailleurs au niveau du congrès. Sa connaissance du monde du travail, des entreprises est un atout important.

Son cheval de bataille, ses revendications principales c’est la protection de l’emploi local, c’est la priorité d’embauche aux Calédoniens (ici cela peut paraître insensé ou discriminatoire, là-bas c’est une question de survie), les jeunes kanak sont complètement discriminés à l’emploi.

Les luttes syndicales (grèves, manifestations) pour acquérir plus d’égalité et plus de justice sociale ont permis, après de rudes batailles, de faire voter en 2010 la loi sur la protection de l’emploi local. Le texte stipule qu’à qualifications et compétences égales, l’employeur est tenu de donner priorité aux Calédoniens. Cette obligation s’applique aux emplois du secteur privé et à certains postes du secteur public.

Force est de constater que cette loi est difficile à appliquer. Elle est largement contournée par les employeurs.

Autre revendication que peu d’organisations au pays malheureusement soutiennent, c’est l’accès aux postes à responsabilité des jeunes kanak diplômés, car nombreux sont les jeunes diplômés qui rentrent de leurs études et se retrouvent exclus du marché de l’emploi.

Bien sûr, il y a eu des avancées énormes depuis les années 1980, des politiques de rééquilibrages en faveur des KANAK, notamment l’opération 400 cadres ou Cadres avenir, mais elles sont insuffisantes.

Le recensement de 2009 dénombre à peine un millier de cadres Kanak.

Quelques chiffres :

  • taux de chômage chez les Kanak : 26 % contre 7 % chez les non-Kanak ;
  • 57 % des non-diplômés sont kanak : on compte seulement 6 % de diplômés de l’enseignement supérieur chez les Kanak ;
  • le recensement de 2009 dénombre à peine un millier de cadres Kanak ;
  • 85 % des chefs d’entreprise et 75 % des cadres supérieurs sont des métropolitains ; par contre 75 % des ouvriers sont kanak.

« L'ensemble des dispositifs mis en place depuis 1989 a permis de réduire fortement les inégalités jusqu'en 2009, mais depuis celles-ci stagnent, voire même augmentent. »

Ces inégalités persistent. Et s’accompagnent d’inégalités persistantes dans le système éducatif et sur le marché du travail, l’accès au logement…

  • la cherté de la vie, notamment des logements excessivement chers, empêchent les Kanak d’obtenir des logements décents et les obligent à vivre dans des ce qu’on appelle des squatts, des cabanes dans des quartiers de Nouméa (souvent sans eau, ni électricité) ;
  • c’est aussi un malaise profond de la jeunesse, qui se traduit par une marginalisation galopante, (90 % de la population carcérale est d’origine kanak, des faits principalement dus à l’alcool), un taux de suicide inquiétant, l’échec scolaire, le chômage, les jeunes sont écartelés entre les valeurs coutumières et le monde occidental et peinent à trouver leur place dans une société dominée par les Européens et l’argent.

Je vais vous donner un chiffre significatif : C’est seulement en août 2016 que l’on a félicité le premier avocat kanak qui est le 112e du barreau de Nouméa (Premier avocat kanak). Cela illustre le chemin qui reste à parcourir pour parvenir à l'égalité en matière d'accès à des emplois de niveau supérieur.

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