Abliazov l'ancien dirigeant de la banque BTA mis en examen en France

Nouveau rebondissement dans l’affaire Abliazov : l’homme d’affaires kazakh, poursuivi par les justices britannique, ukrainienne et russe, a été mis en examen en France le 7 octobre dernier pour un vaste détournement de fonds dont l'accuse la banque BTA. Il était en exil dans l’Hexagone depuis 2013.

C’est une saga judiciaire qui n’en finit pas. Le 5 octobre dernier, l’oligarque Moukhtar Abliazov est arrêté dans les rues de Paris et mis en examen pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment aggravé ». Une décision qui fait suite à la plainte déposée en France par l’État kazakh en 2017, qui accuse l’ancien milliardaire d’avoir détourné 6,4 milliards d’euros au préjudice de la banque BTA, dont il était le PDG avant sa nationalisation en 2009.

Une arrestation et une mise en examen qui interviennent quelques jours après la reconnaissance de son statut de réfugié politique par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Et si dans la foulée Moukhtar Abliazov a été libéré sous contrôle judiciaire, ce nouvel épisode relance une affaire qui parasite les relations politiques, diplomatiques et judiciaires de plusieurs pays européens.

Poursuivi par trois pays européens

Moukhtar Abliazov était un membre essentiel des rouages du pouvoir d’Astana dans les années 1990. En 2005, son ascension atteint des sommets : l'homme d'affaires prend la tête de la première banque du pays, la BTA, qui sera finalement nationalisée par l’État kazakh en 2009. Entre temps, la banque déplore deux disparitions notoires : 6 milliards de dollars se sont évaporés des comptes de la BTA, et son ancien dirigeant Moukhtar Abliazov demeure introuvable.

Ce dernier réapparaît d’abord au Royaume-Uni, à Londres. Mais dès 2009, les autorités kazakhes se tournent vers la justice britannique pour recouvrer une partie de la somme supposée dérobée et faire condamner l’ancien dirigeant de la BTA. Un bras de fer de plusieurs années s’ouvre alors avec la Haute Cour de Justice : en 2010, celle-ci fait geler les actifs de l’oligarque qui se retrouve sous le coup d'une procédure civile et en 2012, elle ordonne à Moukhtar Abliazov de payer 4,6 milliards de dollars de dommages et intérêts au préjudice de son ancienne banque. Ce dernier est finalement condamné à 22 mois de prison par la justice britannique pour « contempt of court », soit outrage au tribunal.

Mis en examen et jugé en France

Le fugitif échappe alors à la justice, quitte Londres et reprend sa cavale dans toute l’Europe : sa famille, installée en Lettonie, en Lituanie puis en Italie, le rejoint finalement dans le sud de la France, où il s’installe près d’Aix-en-Provence. Commence alors un nouveau chapitre des aventures de Moukhtar Abliazov, alors que le Kazakhstan, mais aussi l’Ukraine et la Russie continuent de réclamer son extradition. À trois reprises en 2013, en 2014 et en 2015, la justice française autorise l’extradition de l’homme d’affaires vers Moscou, avant l'étonnante décision du Conseil d’État du 9 décembre 2016, qui retoque finalement cette extradition, estimant qu’elle avait été demandée « dans un but politique ». Un succès pour les avocats de Moukhtar Abliazov qui n’ont de cesse de présenter leur client comme une « victime » et un « opposant politique » au régime kazakh.

Mais cette version des faits demeure fragile : si le 29 septembre dernier, la CNDA a bien accordé à Moukhtar Abliazov l’asile politique, les justices française et britannique ont régulièrement souligné les faiblesses de cette ligne de défense, qui aurait été créée ex nihilo pour éviter à Moukhtar Abliazov d’être jugé en Russie ou extradé au Kazakhstan.

Des flabellations qui n’ont pas suffi à convaincre les autorités françaises : faute de pouvoir être extradé, il sera mis en examen et jugé en France. La route est encore longue avant une condamnation de l’homme d’affaires. Mais cette dernière étape pourrait clore son périple judiciaire européen… s’il ne disparaît pas à nouveau dans la nature d’ici là.

 

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