SALE TEMPS POUR LES INSTITUTIONS

LE POINT DU JOUR « Prenez un phénomène politique quel qu’il soit et accélérez. Eh vous, les premiers rangs, accélérez ! Vous allez voir que ça donne instantanément de la politique-fiction ! » Bernard Lavilliers Ouverture du concert « T’es vivant… ? » 1980

SALE TEMPS POUR LES  INSTITUTIONS

 

Un remaniement qui dure trois semaines, une police presque à l’arrêt, des centaines de milliards qui flottent dans l’air du temps, des institutions politiques de toutes sortes, étatiques ou partisanes qui se fragmentent ou périclitent. Sous une pluie de licenciements sans fin, de « déstructurations » incontrôlées. Une guerre au virus oubliée, des « jours heureux » donnant cours à un choc social pour notre vie quotidienne et… à une flambée du cours de l’Once d’or. Et le cours de l’once d’une tranche de vie des « gens qui ne sont rien » ?

 

 « Quand j'entends le mot 'violence policière', moi, personnellement, je m'étouffe », déclare tranquillement Darmanin. Dire "Je m'étouffe" n'a rien d'anodin et le ministre de l'intérieur le sait pertinemment. Lire ici :

 https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/videos/2962387567321415/

Ses provocations verbeuses, elles, ne l’étouffent pas, même si ce registre n’est plus « tendance » en ce moment. A ses côtés, madame Schiappa, ne moufte pas. Après avoir exigé l’expulsion du territoire hexagonal des étrangers condamnés pour agressions sexuelles au risque de singer madame Le Pen, l’union sacrée néo-féministe est quelque peu ébréchée. Les violettes de novembre ont fané.[1]

Dans une tribune publiée par le JDD, des personnalités du collectif Nous Toutes et de la gauche ont fustigé « "Le discours fémonationaliste indigne de Marlène Schiappa" »[2]. C’est pas mal mais les néologismes ont leur limite. Le discours de madame Schiappa était purement et simplement nationaliste, et n’a rien à voir avec la défense des droits civiques des femmes, ce discours se marie fort bien avec toute forme de patriarcat.

Dans le JDD, Marlène Schiappa, au nom de la Citoyenneté dont elle est la gouvernante a dit

« L'an dernier, j'ai obtenu que soit actée l'expulsion des étrangers coupables de violences sexuelles et sexistes. C'est du bon sens : si la maison de votre voisin s'effondre, vous l'accueillez. Mais s'il se met à tabasser votre sœur, vous le virez! »[3]

Elle n’a rien obtenu du tout, cette poissonnière : la double peine pour les étrangers délinquants est en vigueur depuis la nuit des temps. Sa consœur madame Morano pourrait le lui confirmer.

Dans l’attente, la situation des réfugiés s’aggrave, à mesure que les plans visant à les parquer pour les trier dans les règles de « l’immigration choisie »[4] s’accumulent.

Voilà comment cela se passe à Gagny : le maire de cette ville est encarté LR mais il intervient comme l’aurait fait un élu de gauche autrefois.  Thomas Pouteau relate dans Le Parisien[5]:

 

« Il se dit « excédé par l'attitude et les méthodes de l'Etat ». Objet de sa colère : il lui a été signifié, ce vendredi matin par simple texto, que l'un de ses gymnases serait réquisitionné à partir de lundi pour accueillir une centaine de migrants. Ceux-ci doivent être évacués des camps de Paris et Aubervilliers d'ici la fin du mois.

« J'ai reçu un premier appel de la préfecture de Seine-Saint-Denis m'indiquant que Gagny, dans le cadre d'une rotation des villes du 93 pour accueillir des réfugiés, devait prêter une structure d'accueil et la préparer pour lundi 27 juillet. Ça, c'était mardi », raconte l'élu.

Mais, 24 heures plus tard, il a reçu « un SMS indiquant que l'Etat avait… lui-même choisi le gymnase », à savoir, l'Arena de Gagny. « Et ce, alors que malgré mon désaccord avec leurs méthodes, j'avais endossé ma responsabilité d'élu et accepté de prêter un autre gymnase ! Mais ils ne m'ont finalement pas laissé le choix… Cela me met, en plus, dans une situation très complexe en matière de logistique, car la ville avait choisi de prêter ce lieu à l'association des musulmans de la ville pour fêter l'Aïd (NDLR : ce jeudi 30 juillet) dans des conditions de sécurité sanitaire », tonne encore Rolin Cranoly. Qui s'agace : « En préfecture, on m'a rétorqué de déplacer l'Aïd, comme si cela n'avait aucune importance pour les habitants de Gagny ! »

(…) « Je n'ai évidemment rien contre les migrants, les réfugiés, qui sont avant tout des personnes en situation d'immense fragilité. Mais l'Etat doit trouver une solution pérenne pour eux! » Car les évacuations successives, les logements en urgence dans des gymnases réquisitionnés aux villes, ainsi que les camps qui se forment puis se reforment, sont un « problème sans fin » selon Rolin Cranoly.

« On balade les gens de ville en ville, et en faisant cela, l'Etat se défausse sur les élus locaux qui doivent, en urgence, s'adapter, faire intervenir leurs agents pour préparer un gymnase. Où est le principe de libre administration des collectivités ? » Et de s'inquiéter, aussi, pour « les conditions de sécurité sanitaire » dans lesquels ils seront accueillis. « Il y a un souci de retour de l'épidémie en ce moment. Quelles garanties ont ces réfugiés sur ce point ? »

Par ailleurs, l'arrêté de réquisition du gymnase de Gagny prend fin dans un mois, précise l'élu. « Dans la foulée, cela tombera sur une autre commune », avance-t-il, las, regrettant que « tout soit permis » pour l'Etat. Mais il le répète : « Gagny assumera ses responsabilités auprès de ces populations fragiles ».

                  

u A suivre … Dans « Sale temps pour les institutions- 2 ème partie » où nous reparlerons de la Sécu et du cours de l’Or.

 

Tout bien à vous toutes et tous- Doux dimanche et Coucou à tous les enfants

 

[1] En référence à la marche du 23 novembre 2019, initiée par le collectif Nous Toutes.

[2] https://www.lejdd.fr/Politique/tribune-le-discours-femonationaliste-indigne-de-marlene-schiappa-3980944

[3] https://www.lejdd.fr/Politique/marlene-schiappa-il-faut-des-operations-de-reconquete-republicaine-3980513

[4] Voir dans les Œuvres choisies de S. Royal et N. Sarkozy.

[5] https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/evacuation-de-migrants-en-seine-saint-denis-le-coup-de-gueule-du-maire-lr-de-gagny-24-07-2020-8358372.php

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