Cet animal est triste et la crainte le ronge...

Ainsi Jean de La Fontaine écrivait-il du lièvre,qui aurait pu être le totem des Français jusqu'à ces derniers temps:Pessimistes,friands de psychotropes,déclinistes,et abstentionnistes acharnés...

Mais qu'est-ce qui pouvait bien entraîner un tel coup de mou,sinon la prise de conscience,non pas des difficultés indéniables traversées par le Pays,(Il y en eut d'autres,et de pires),mais de l'incapacité de la classe politique à y porter remède.Rencognés dans leurs partis,les politiques de tous bords semblaient abandonner eux-mêmes espoir d'y changer quelque chose,se réfugiant dans de bien creuses songeries,élucubrant à qui mieux mieux d'improbables scénarios,perdant de vue l'intérêt supérieur de la France et des Français au profit(certes)de leur intérêt propre,et cela de tous les côtés.L'impression générale était d'une sorte de foire d'empoigne triste,loin des débordements hédonistes,comme un rituel contraint.Même les invectives,malgré les efforts méritoires des plus acharnés,perdaient leur pugnacité et leur verve.

On ne tire pas sur une ambulance,pouvait-on entendre chez ceux du parti d'en face,quand l'un d'entre eux se trouvait pris la main poisseuse de confiture.Mais où étaient passés les intransigeants,les radicaux,les tribuns exaltés,les polémistes aux apostrophes assassines?Quelle météorite avait bien pu détruire ces francosaures qui broutaient naguère dans les grasses prairies de la République?Le coeur n'y était plus,on le sentait,et le reste non plus,d'ailleurs,et la classe politique apparaissait usée,fatiguée,et qui ne l'aurait été à sa place,depuis le temps qu'elle occupait le terrain?Inoxydables,peut-être,inusables ,sûrement pas.On évoqua un "dégagisme"pour changer un peu d'atmosphère,le monde avait tellement changé,n'est-ce pas?Il prit l'ampleur que l'on sait,quasi-cathartique,au grand bonheur des nouveaux promus et au grand dam des sortants,toujours un peu piteux qu'on n'en voulût plus...

Toutefois,l'ampleur du  grand ménage,et le peu de résistance que lui opposa la classe en place,pose quand même quelques questions:

                 -Comment se fait-il qu'il ait fallu tant de temps avant  qu'apparaisse une relève politique susceptible de mobiliser les suffrages des électeurs?Sans doute fallait-il qu'il y eût l'échéance présidentielle,mais des tentatives antérieures  au sein même du parti au pouvoir avaient échoué.Etait-ce faute de  conviction suffisante,prudence exagérée,ou...?Pourtant,on ne peut pas dire de l'ancien président de la République qu'il était un tueur...Tout semble s'être passé comme si la génération politique montante avait attendu l'extrême usure de la génération précédente pour s'aventurer dans l'arène.Certains des sortants pousseront probablement des soupirs de soulagement en revenant à leur charrue,estimant que cela aurait quand même pu survenir plutôt,mais l'Oedipe est ainsi:On ne tue le père,ni sans risque,ni sur commande. 

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