Rosa, reviens, ils sont devenus fous!

La semaine dernière, un pas de plus a été franchi dans l'escalade identitaire. A Paris, à la fin du mois de juillet, « un festival » propose des ateliers dans un « Espace non mixte femmes noires (80% du festival) » ou encore dans un « Espace non mixte femmes racisées ». Dans cette affaire il faut regarder avec quel perversité les mots sont choisis pour dire les choses sans les désigner : on ne dit pas « interdit aux hommes », on dit « non-mixte ». 

Tout a commencé en avril dernier à l'Université Paris 8. Un « Groupe de réflexion non-mixité racisée » avait entrepris l'organisation du festival « Paroles Non Blanches ». Au programme, une obsession de « la blanchité des médias », de « l'islamophobie », le prétendu racisme de la République et de l'Ecole, le tout baignant dans une sémantique coloniale délirante. Cette initiative a fait des émules.  Dès l'été 2016, « un camp d'été décolonial » s'est établi à Reims. La logique qui a présidé à l'organisation de ce symposium monochrome, uniquement ouvert « aux victimes du Racisme d'Etat » est terrifiante  : il faudrait avoir été victime d'une discrimination pour avoir légitimité à la combattre. C'est la négation même de l'universalisme.

La semaine dernière, un pas de plus a été franchi dans cette escalade identitaire. A Paris, à la fin du mois de juillet, « un festival » propose des ateliers dans un « Espace non mixte femmes noires (80% du festival) » ou encore dans un « Espace non mixte femmes racisées ».  Dans cette affaire il faut regarder avec quel perversité les mots sont choisis pour dire les choses sans les désigner : on ne dit pas « interdit aux hommes », on dit « non-mixte ». On ne dit pas « interdit au blancs », on dit « réservé aux racisés ». D'ailleurs, en Afrique du Sud, durant l'Apartheid, on écrivait rarement « interdit aux noirs » mais « For white only ». Au final, les conséquences sont les mêmes : l'organisation d'une société fondée sur la « race ».

Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur des personnes qui de bonne foi, participent à ces événements, en quête , fût-ce maladroitement, de solutions à leurs problèmes et aux discriminations dont elles sont victimes. Il ne s'agit pas de dire que tous les participants de ces événements sont animés par la volonté intentionnelle de discriminer. Et chacun peut comprendre le besoin que certains éprouvent de se rapprocher de ceux qui subissent les mêmes discriminations qu'eux. Mais il s'agit bien de dénoncer l'instrumentalisation de cette souffrance par des collectifs qui prônent le repli identitaire, le communautarisme et réhabilitent « la race » tout comme la sémantique coloniale. Des collectifs qui essentialisent le « racisé » comme une victime éternelle d'une domination « blanche » et le « Blanc » comme l'esclavagiste de naissance, incurable et dominateur, qu'il serait.

Ceux qui sont animés par cette idéologie, que cela leur plaise ou non, reproduisent une démarche parfaitement inacceptable : à force d'intérioriser le racisme, ils en sont devenus les ambassadeurs et les promoteurs. Ils n'ont rien à envier à l'extrême-droite qui organise à Lyon, un squat identitaire réservé aux « Français de souche » ou au festival Suavelos qui propose sans rougir « 5 jours hors de toute cette merde cosmopolite, 5 jours sans pharisiens, sans racailles, sans KasseKouille, sans KousKous ... et sans cet insupportable bruit de fond anti France et anti blanc. ». Dans les deux cas, les Blancs d'un côté, les Noirs de l'autre.

Oui, dans les deux cas, une même logique, fondée sur une vision « carcérale » de l'identité pour reprendre le terme d'Aimé Césaire. Toute sa vie, Rosa Parks s'est battue pour que l'on cesse de séparer les Noirs des Blancs. Aujourd'hui, à voir ceux qui parfois se réclament d'elle, elle doit se retourner dans sa tombe : Rosa, reviens, ils sont devenus fous !

 

Alain Jakubowicz, Président de la LICRA

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