Trump n'a pas inventé le plan de nettoyage ethnique de Gaza. C'est la politique des États-Unis depuis 2007
L’innovation de Trump ne réside pas dans la menace de « nettoyer » Gaza. Elle consiste à abandonner un objectif de longue date qui consistait à déguiser l’expulsion des Palestiniens en plan de paix.
Jonathan Cook, Middle East Eye, 14 février 2025
Traduction et notes entre crochets Alain Marshal
Agrandissement : Illustration 1
Dès le premier jour de son attaque « vengeresse » contre Gaza, lancée il y a 16 mois, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait pour intention soit un nettoyage ethnique, soit un génocide dans la bande de Gaza.
Son allié dans le génocide au cours des 15 mois suivants fut l’ancien président américain Joe Biden. Son allié dans le nettoyage ethnique est l’actuel président américain Donald Trump.
Biden a fourni les bombes de 900 kg pour le génocide. Selon plusieurs rapports, Trump fournit une munition encore plus massive : la MOAB (Massive Ordnance Air Blast Bomb), une bombe de 11 tonnes avec un rayon de destruction d’un kilomètre, destinée à inciter davantage la population à l’exode.
Biden a affirmé qu’Israël aidait la population de Gaza en « bombardant à saturation » l’enclave – selon ses propres termes – pour « éradiquer » le Hamas. Trump prétend aider la population de Gaza en la « nettoyant » – selon ses propres mots – du « chantier de démolition » qui en résulte.
Biden a qualifié la destruction de 70 % des bâtiments de Gaza de « légitime défense ». Trump qualifie la destruction imminente des 30 % restants de « déferlement de l’enfer ».
Biden affirmait « travailler sans relâche pour un cessez-le-feu » tout en encourageant Israël à poursuivre l’assassinat d’enfants mois après mois.
Trump prétend avoir négocié un cessez-le-feu, tout en fermant les yeux sur les violations de cet accord par Israël : en poursuivant les tirs sur les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, en empêchant l’entrée de camions d’aide humanitaire, en autorisant à peine la livraison des tentes et maisons mobiles promises [ainsi que de véhicules de chantier], en refusant à plusieurs centaines de Palestiniens mutilés de se faire soigner à l’étranger, en bloquant le retour des habitants dans le nord de Gaza et en ne s’engageant pas dans la deuxième phase des négociations de cessez-le-feu.
Ces violations israéliennes, bien que largement rapportées par les médias comme de simples « revendications » du Hamas, ont été confirmées par trois responsables israéliens et deux médiateurs au New York Times.
En d’autres termes, Israël a violé l’accord sur tous les points – et Trump a soutenu sans faille cet État client favorisé, tout comme Biden avant lui.
Le déferlement de l’enfer
Israël savait parfaitement qu’en rompant le cessez-le-feu, le Hamas ne disposerait que d’un seul levier pour tenter d’en imposer le respect : refuser de libérer d’autres détenus [pour les raisons que nous avons exposées dans cet article, nous remplaçons le mot « otages » par « détenus » partout dans l'article]. C’est précisément ce que le groupe palestinien a annoncé lundi dernier, jusqu’à ce qu’Israël commence à respecter l’accord.
Dans un double jeu bien rodé, Israël et Washington [ainsi que toute la caste politico-médiatique occidentale] ont alors fait éclater une indignation feinte.
Trump n’a pas tardé à faire monter les enchères de manière spectaculaire. Il a donné à Israël – ou peut-être aux États-Unis, il n’a pas été clair – le feu vert pour « laisser éclater l’enfer », ce qui signifie a priori la reprise du génocide.
Cela se produira non seulement si le Hamas refuse de libérer les trois détenus prévus avant la date limite de samedi midi, mais Trump exige désormais que le Hamas libère tous les détenus .
Le président américain a déclaré qu’il n’accepterait plus que les détenus soient libérés « au compte-gouttes » au cours des six semaines de la première phase du cessez-le-feu. En d’autres termes, Trump viole les termes mêmes du cessez-le-feu initial négocié par sa propre équipe.
Il est clair que ni Netanyahou ni Trump n’ont cherché à sauver l’accord. Ils travaillent sans relâche à le saboter.
Le journal israélien Haaretz l’a clairement rapporté le week-end dernier : des sources israéliennes ont révélé que l’objectif de Netanyahou était de faire dérailler le cessez-le-feu avant qu’il n’atteigne la deuxième phase, où les troupes israéliennes devraient se retirer complètement de l’enclave et où la reconstruction commencerait.
« Une fois que le Hamas comprendra qu’il n’y aura pas de deuxième phase, il pourrait ne pas achever la première », a confié une source au journal.
Le Hamas a insisté sur une libération progressive des détenus précisément pour gagner du temps, sachant qu’Israël serait prêt à reprendre le massacre dès que tous les détenus seraient rentrés.
Les Palestiniens de Gaza se retrouvent donc à la case départ.
Ils doivent soit accepter leur nettoyage ethnique pour que Trump et ses amis milliardaires puissent tirer profit de la transformation de l’enclave en « Riviera du Moyen-Orient », financée par le vol des revenus des champs gaziers de Gaza, soit affronter à nouveau le génocide.
Quand le masque tombe
Comme cela aurait dû être évident, Netanyahou n’a accepté le « cessez-le-feu » de Washington que parce qu’il n’a jamais été réel. Il s’agissait simplement d’une pause permettant aux États-Unis de passer d’un récit de génocide sous Biden, enveloppé dans le langage de « l’humanitarisme » et de la « sécurité », à l’approche beaucoup plus directe de Trump, qui joue les durs.
Désormais, tout tourne autour de « l’art de la négociation » et des opportunités de développement immobilier.
Mais bien sûr, le projet de Trump de « posséder » Gaza avant de la « nettoyer » a mis ses alliés européens – en vérité, ses satrapes – dans une position des plus inconfortables.
Comme toujours, Trump a cette fâcheuse habitude de dire tout haut ce qui devrait rester caché. De faire voler en éclats le vernis déjà bien écaillé de la respectabilité occidentale. De mettre tout le monde dans l’embarras.
La vérité, c’est qu’en 15 mois, Israël n’a atteint aucun de ses objectifs déclarés à Gaza – éradiquer le Hamas et récupérer les détenus – parce que ni l’un ni l’autre n’a jamais été l’objectif réel.
Même le Secrétaire d’État de Joe Biden, Antony Blinken, a dû concéder que le massacre de masse perpétré par Israël avait eu pour résultat de faire recruter par le Hamas autant de combattants qu’il en avait perdus.
Et la semaine dernière, des lanceurs d’alerte de l’armée israélienne ont révélé au site +972 qu’Israël avait tué un grand nombre de ses propres détenus en utilisant sans discernement des bombes anti-bunker fournies par les États-Unis.
Ces bombes n’ont pas seulement provoqué d’immenses zones de destruction : elles ont aussi agi comme des armes chimiques, inondant les tunnels du Hamas de monoxyde de carbone et asphyxiant ainsi les détenus .
L’indifférence des dirigeants israéliens quant au sort des détenus israéliens a été confirmée par l’ancien ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, lors d’une interview à la chaîne israélienne Channel 12.
Il a admis que l’armée avait invoqué la directive dite Hannibal lors de la percée du Hamas hors de Gaza le 7 octobre 2023, autorisant ainsi les soldats à tuer des Israéliens plutôt que de les laisser être capturés par le groupe palestinien.
Ces faits, qui jettent une lumière toute différente sur les actions d’Israël à Gaza, ont bien entendu été presque complètement occultés par les médias occidentaux dominants.
Voir La vérité sur le 7 octobre : Tsahal a déclenché la directive Hannibal (Haaretz)
Limiter les dégâts
Depuis le début, le plan d’Israël était le nettoyage ethnique de Gaza. Et maintenant, Trump le dit explicitement.
Tellement explicitement, en fait, que les médias ont été contraints d’entrer en mode panique et de lancer l’une des opérations psychologiques les plus intenses jamais menées contre leur propre public.
Tous les euphémismes de la création ont été mobilisés pour éviter d’admettre clairement que Trump et Israël se préparent à nettoyer ethniquement les 2,3 millions de Palestiniens vivant encore à Gaza.
La BBC parle de « réinstallation », de « relocalisation » et de « déplacement » de la population gazaouie.
Dans d’autres reportages, les Palestiniens sont inexplicablement sur le point de « partir ».
Le New York Times présente le nettoyage ethnique comme un « plan de développement » de Trump, tandis que Reuters parle avec détachement du fait de « déplacer » la population de Gaza.
[En France, Le Monde, RTL, France 24 et L'Express parlent de « déplacement » Le Figaro parle de « transfert massif », etc.]
Les capitales occidentales et leurs médias complaisants se retrouvent dans cette position inconfortable parce que les États clients de Washington au Moyen-Orient refusent de suivre Israël et Trump dans leur plan de nettoyage ethnique.
Malgré un massacre qui n'a cessé de s’intensifier, l’Égypte refuse d’ouvrir sa courte frontière avec Gaza pour laisser la population de l'enclave bombardée et affamée se déverser dans le Sinaï voisin.
Il n’a bien entendu jamais été question qu’Israël permette aux familles gazaouies de retourner sur les terres dont elles ont été chassées sous la menace des armes en 1948, afin de créer un État juif autoproclamé.
À l’époque, comme aujourd’hui, les puissances occidentales ont été complices des opérations de nettoyage ethnique d’Israël. C’est ce contexte historique que les médias occidentaux préfèrent occulter – même lorsqu’ils admettent, dans de rares occasions, qu’il existe un contexte pertinent autre qu’une supposée barbarie palestinienne. À la place, ils recourent à une terminologie évasive sur les « cycles de violence » et les « inimitiés historiques ».
Acculés par les débordements verbaux de Trump ces derniers jours, les politiciens et les médias occidentaux ont préféré présenter le « plan de développement » de son administration pour Gaza comme une nouveauté.
Mais en réalité, Trump ne propose rien de neuf en exigeant que les Palestiniens de Gaza soient expulsés. Ce qui change, c’est qu’il en parle avec une franchise inhabituelle – et particulièrement malvenue.
Israël a toujours eu pour projet d’expulser les Palestiniens de Gaza vers l’Égypte, et ceux de Cisjordanie vers la Jordanie.
Mais surtout, comme l’avait déjà souligné Middle East Eye il y a dix ans, Washington soutient pleinement la partie gazaouie de ce projet d’expulsion depuis la fin du second mandat de George W. Bush, en 2007. Pour ceux qui auraient du mal avec les calculs, cela fait 18 ans.
Tous les présidents américains, y compris Barack Obama, ont tenté de faire pression sur le dirigeant égyptien en place pour qu’il laisse Israël expulser la population de Gaza vers le Sinaï – et chacun d’eux s’est heurté à un refus.
Un secret de polichinelle
Ce secret de polichinelle n’est pas largement connu pour la même raison que tous les politiciens et experts occidentaux feignent aujourd’hui d’être consternés par le fait que Trump le promeuve ouvertement.
Pourquoi ? Parce que cela a une apparence déplorable, d’autant plus que c’est présenté sous la forme d’un vulgaire argumentaire immobilier de Trump, en plein milieu d’un supposé cessez-le-feu.
Les dirigeants occidentaux espéraient procéder au nettoyage ethnique de Gaza avec plus de décorum – d’une manière « humanitaire » qui aurait été plus efficace pour tromper les opinions publiques occidentales et préserver la prétention de l’Occident à défendre les valeurs civilisées contre une prétendue barbarie palestinienne.
Depuis 2007, le projet commun de nettoyage ethnique mené par Washington et Israël est connu sous le nom de « Plan pour la grande bande de Gaza ».
Le blocus israélien de cette minuscule enclave, débuté fin 2006, visait à créer une misère et une pauvreté si extrêmes que la population réclamerait à cor et à cri d’être autorisée à partir.
C’est à ce moment-là qu’Israël a commencé à élaborer un « régime de famine » pour les habitants de Gaza, calculant méticuleusement les calories nécessaires pour les maintenir à peine en vie.
Pour Israël, Gaza était comme un tube de dentifrice que l’on pouvait presser. Dès que l’Égypte céderait et ouvrirait la frontière, la population, poussée au désespoir, affluerait dans le Sinaï.
Tous les présidents égyptiens ont été intimidés et soudoyés pour qu’ils cèdent : Hosni Moubarak, Mohamed Morsi et le général Abdel Fattah el-Sisi. Tous ont refusé.
L’Égypte ne se faisait aucune illusion sur ce qui était en jeu après le 7 octobre 2023. Elle comprenait parfaitement que la destruction de Gaza par Israël visait à presser le tube jusqu’à en faire sauter le bouchon.
Pression sur l’Égypte
Dès le début, des responsables tels que Giora Eiland, ancien conseiller à la sécurité nationale d’Israël, ont publiquement déclaré que l’objectif était de faire de Gaza « un endroit où aucun être humain ne peut exister ».
Une semaine seulement après le début du massacre israélien, en octobre 2023, le porte-parole militaire Amir Avivi déclarait à la BBC qu’Israël ne pouvait pas garantir la sécurité des civils à Gaza. Il ajoutait : « Ils doivent se déplacer vers le sud, vers la péninsule du Sinaï. »
Le lendemain, Danny Ayalon, proche de Netanyahou et ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, renforçait l’idée : « Il y a un espace presque infini dans le désert du Sinaï... Nous et la communauté internationale préparerons l’infrastructure pour des villes de tentes. »
Et de conclure : « L’Égypte devra jouer le jeu. »
La stratégie israélienne a été révélée dans un projet de politique divulgué du ministère du Renseignement. Il y était proposé que, après leur expulsion, les habitants de Gaza soient d’abord logés dans des villages de tentes avant que des communautés permanentes ne soient construites dans le nord du Sinaï.
Dans le même temps, le Financial Times rapportait que Netanyahou faisait pression sur l’Union européenne pour que les Palestiniens de Gaza soient transférés de force vers le Sinaï, sous prétexte de la guerre.
Certains États membres de l’UE, notamment la République tchèque et l’Autriche, auraient accueilli favorablement cette idée et l’auraient évoquée lors d’une réunion. Un diplomate européen anonyme a déclaré au FT : « C’est le moment d’accroître la pression sur les Égyptiens pour qu’ils acceptent. »
Pendant ce temps, l’administration Biden fournissait les bombes pour maintenir cette pression.
Sisi était pleinement conscient de ce à quoi l’Égypte faisait face : un plan occidental concerté visant à nettoyer ethniquement Gaza. Rien de tout cela n’avait à voir avec Trump, qui était encore à plus d’un an d’une éventuelle réélection.
À la mi-octobre 2023, quelques jours après le début du massacre, Sisi a réagi lors d’une conférence de presse avec le chancelier allemand Olaf Scholz : « Ce qui se passe actuellement à Gaza est une tentative de forcer les résidents civils à se réfugier et à migrer vers l’Égypte, ce qui ne devrait pas être accepté. »
C’est précisément pour cette raison qu’il a consacré tant d’efforts à renforcer la courte frontière entre Gaza et le Sinaï, avant et après le début du génocide israélien.
L’argument commercial de la paix
Ce qui rend l’argumentaire de Trump si surréaliste, c’est qu’il adhère à moitié au scénario initial : tenter de faire passer ce plan pour un projet vaguement humanitaire.
Tout en réarmant Israël et en avertissant que « l’enfer se déchaînera », il a parlé de trouver des « parcelles de terre » en Égypte et en Jordanie où les habitants de Gaza « pourront vivre très heureux et en toute sécurité ».
Il a comparé cette situation à leur sort actuel : « Ils sont tués à des niveaux que personne n’a jamais vus. Aucun endroit au monde n’est aussi dangereux que la bande de Gaza… Ils vivent en enfer. »
Il semble que ce soit la manière trop révélatrice dont Trump décrit le génocide qu’Israël nie mener et que les États-Unis nient armer.
Mais le discours sur l’aide à la population de Gaza n’est que le reliquat rhétorique de l’ancien argumentaire des administrations américaines précédentes, lorsqu’elles s’apprêtaient à vendre le nettoyage ethnique comme une étape essentielle de la fable du « processus de paix ».
Comme l’a noté Middle East Eye en 2015, Washington avait été enrôlé dans le plan du Grand Gaza dès 2007. À l’époque, la proposition était que l’Égypte cède une zone de 1 600 km² dans le Sinaï – soit cinq fois la taille de Gaza – à l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, dirigée par Mahmoud Abbas.
Les Palestiniens de Gaza seraient « encouragés » – c’est-à-dire contraints par le siège et le blocus de l’aide, ainsi que par des épisodes intermittents de bombardements massifs appelés « tondre la pelouse » – à s’y réfugier.
En échange, Abbas devrait renoncer à un État palestinien en Palestine historique, remettre en cause le droit au retour des réfugiés palestiniens inscrit dans le droit international, et transférer la responsabilité de la répression des Palestiniens à l’Égypte et au monde arabe dans son ensemble.
Entre 2007 et 2018, Israël a fait avancer le plan du Sinaï dans l’espoir de saboter la campagne d’Abbas aux Nations unies visant à faire reconnaître un État palestinien.
Fait notable, les offensives militaires d’Israël à grande échelle sur Gaza – en hiver 2008, 2012 et encore en 2014 – ont coïncidé avec des tentatives israéliennes et américaines rapportées pour faire pression sur les dirigeants égyptiens successifs afin qu’ils cèdent des parties du Sinaï.
Une « propriété au bord de l’eau »
Trump connaît déjà parfaitement le plan du Grand Gaza depuis son premier mandat. Des rapports datant de 2018 suggèrent qu’il espérait l’intégrer à son « accord du siècle » visant à normaliser les relations entre Israël et le monde arabe.
En mars de cette année-là, la Maison Blanche a réuni 19 pays lors d’une conférence pour examiner de nouvelles idées afin de gérer la crise grandissante à Gaza, entièrement causée par Israël.
Outre Israël, les participants comprenaient des représentants de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Arabie saoudite, du Qatar, de Bahreïn, d’Oman et des Émirats arabes unis. Les Palestiniens ont boycotté la réunion.
Quelques mois plus tard, à l’été 2018, Jared Kushner, gendre de Trump et architecte de son plan pour le Moyen-Orient, s’est rendu en Égypte. Peu après, le Hamas a envoyé une délégation au Caire pour s’informer sur les propositions en cours.
À l’époque, comme apparemment aujourd’hui, Trump proposait une zone spécialement aménagée dans le Sinaï, comprenant un réseau d’énergie solaire, une usine de dessalement, un port maritime et un aéroport, ainsi qu’une zone de libre-échange avec cinq zones industrielles, financée par les riches États pétroliers du Golfe.
Un élément révélateur est le rapport du journaliste israélien chevronné Ron Ben-Yishai, qui affirmait alors qu’Israël menaçait d’envahir Gaza et de la diviser en deux secteurs distincts, nord et sud, afin de contraindre le Hamas à se soumettre. C’est précisément la stratégie qu’Israël a priorisée l’année dernière lors de son invasion, avant de vider le nord de la bande de Gaza de ses habitants.
Trump a également cherché à aggraver la crise à Gaza en suspendant les paiements à l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Cette même politique a été activement poursuivie par Israël et l’administration Biden pendant le génocide en cours.
Depuis l’entrée en fonction de Trump, Israël a interdit toute activité de l’UNRWA dans les territoires palestiniens occupés.
L’équipe de Trump a ravivé son intérêt pour ce plan de nettoyage ethnique dès qu’Israël a lancé son génocide – bien avant que Trump ne sache s’il remporterait l’élection de novembre 2024.
En mars dernier, il y a près d’un an, Kushner utilisait exactement le même langage que Trump aujourd’hui. Il déclarait qu’« il ne reste plus grand-chose de Gaza à ce stade », que la priorité était de « nettoyer » la zone, et que c’était une « propriété de grande valeur au bord de l’eau ». Il insistait sur le fait que la population de Gaza devrait être « déplacée ».
Tétanisés de peur
Si Trump refuse de céder, l’avenir de la population de Gaza dépendra principalement des pays voisins, l’Égypte et la Jordanie : soit ils acceptent le plan de nettoyage ethnique, soit Israël reprendra l’extermination des habitants de Gaza.
S’ils rechignent, Trump a menacé de couper l’aide américaine – qui n’est en réalité qu’un pot-de-vin versé depuis des décennies à chacun de ces pays pour qu’ils n’interviennent pas en faveur des Palestiniens pendant qu’Israël les brutalise.
Lors de sa visite à la Maison-Blanche cette semaine, le roi Abdallah de Jordanie avait l’air d’un lapin pris dans les phares d'une voiture, tétanisé de peur.
Il n’a pas osé provoquer la colère de Trump en rejetant son plan en face. Il a préféré suggérer d’attendre la réaction de l’Égypte, un État arabe plus grand et plus puissant.
Mais en privé, comme l’a rapporté Middle East Eye, Abdallah est tellement préoccupé par l’impact déstabilisateur d’une éventuelle complicité jordanienne dans le nettoyage ethnique de Gaza – qu’il considère comme une « question existentielle » pour son régime – qu’il menace de faire la guerre à Israël pour l’en empêcher.
L’Égypte aussi a exprimé son mécontentement. À la suite de la visite humiliante d’Abdallah, Sissi aurait reporté sa propre rencontre avec Trump, prévue la semaine prochaine – un camouflet évident – jusqu’à ce que le plan de nettoyage ethnique soit abandonné.
Le Caire préparerait sa propre proposition pour la reconstruction de Gaza. Même l’Arabie saoudite, alliée pétrolière de Washington, est en révolte.
Il est rare de voir des États arabes faire preuve d’une telle fermeté face à un président américain, a fortiori un président aussi vaniteux et stratégiquement instable que Trump.
Cela pourrait expliquer pourquoi la détermination du président américain semble vaciller. Mercredi, sa porte-parole Karoline Leavitt a laissé entendre que Trump cherchait désormais à obtenir de « nos partenaires arabes de la région » une contre-proposition, un « plan de paix à soumettre au président ».
Autre signe d’hésitation de la part de Trump : Netanyahou est revenu sur sa menace de reprendre le génocide si tous les détenus n’étaient pas libérés d’ici samedi. Il ne réclame désormais plus que les trois détenus initialement prévus.
D’après des informations en provenance de Gaza, Israël a également considérablement intensifié ses livraisons d’aide.
Tout cela est une bonne nouvelle. Cela permettra peut-être aux habitants de Gaza de gagner un peu de temps.
Mais nous ne devons pas perdre de vue l’essentiel. Israël et les États-Unis restent déterminés à « nettoyer » Gaza, d’une manière ou d’une autre, comme ils le font depuis 18 ans. Ils attendent simplement un moment plus opportun pour reprendre.
Ce pourrait être ce week-end, ou dans un mois ou deux. Mais au moins, Biden et Trump auront réussi une chose : plus personne ne pourra jamais confondre l’écrasement de Gaza avec un plan de paix.
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