Arthur Noyer était vivant !

REPORTAGE EXCLUSIF Les confidences d’un témoin sur la séquestration d'Arthur Noyer le 29 août 2017 à Grenoble. Confronté pour la deuxième fois à un psychopathe, deux jours après la disparition de Maëlys, un agent de sécurité avait alerté la police. Un an après l’arrestation de Nordhal Lelandais, ses révélations viennent tout remettre en question et accusent les institutions locales.

Nous recevons aujourd’hui en exclusivité les confidences d’un témoin en justice (art. 706-57 du Code de Procédure Pénale) dans le cadre de la disparition d’Arthur Noyer. D'après les propos recueillis et de nombreux documents le militaire chasseur alpin aurait été vu le 29 août 2017 à Grenoble lors de sa séquestration par un homme extrêmement dangereux signalé aux services de police. Deux jours après l'enlèvement de Maëlys le témoin est de nouveau confronté à l’individu sur le parking de l’Esplanade. Agent de sécurité, sur le qui-vive le témoin décide de rencontrer un proche de l'individu pour comprendre. Le corps du militaire sera retrouvé quelques jours après, le 7 septembre. Un an plus tard, malgré l’arrestation de Nordhal Lelandais l’enquête piétine toujours. La police ne parvient toujours pas à élucider la cause du décès dans les deux disparitions. Son témoignage capital vient tout remettre en question, expliquant les errances des services judiciaires et accuse directement les institutions locales.

Je précise que vous avez choisi de témoigner anonymement. Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?

T.A. - Je suis d’abord formé à la prévention incendie (SSIAP1) et en prévention malveillance (CQP-APS). En parcours professionnel j’ai fait mon 1e poste sur un site militaire en 2007 (CRSSA – La Tronche). L'armée est toujours vigilante sur le personnel employé sur ses sites. Ce qu’on voit avec les militaires réformés est valable pour l’entrée des personnels de sécurité forcément. Je préfère ne pas en dire plus à mon sujet. Sauf que bien entendu mon témoignage dérange les institutions locales. Dès qu’il y a remise en question et souvent à plusieurs titres, c’est toujours comme ça. On me connait pour ça dans mon métier. Je ne laisse rien au hasard, que ce soit sur un contentieux ou en sécurité, la gestion des conflits d'ailleurs. Mes anciens collègues le savent. Côté institutions on connaît mon témoignage. La police, l’hôpital, les services sociaux, j'ai transmis les données. En mars j'ai laissé un dernier temps de réponse au Procureur de la République de Grenoble, au Préfet de l’Isère et au Maire de Grenoble. Aucun d’entre eux n’a eu le courage de répondre.

De quoi témoignez-vous exactement ? Vous voulez parler de Nordhal Lelandais ?

Pas exactement, non. Je témoigne sur plusieurs événements du 15 juillet 2016 jusqu’au 3 septembre 2017. Ces événements concernent un individu qui a été brièvement hébergé par un ancien SDF dont je ne citerai pas le nom. David* nous a tenu des propos particulièrement troublants et inconfortables pour la morale publique. En fait il nous révélait son profil psychopathologique ce jour-là. C'est pour ça que j’ai immédiatement réagi. On y a passé plusieurs heures mais le soir-même David a dormi dehors. La fenêtre était ouverte donc il nous a entendu parler. Du coup il sait pourquoi et il se méfie maintenant. J’ai recommandé à mon pote de fermer sa porte à clé. On ne pouvait pas prendre de risque. Ensuite j’ai téléphoné à la DIPJ de Lyon, savoir si c’était de leur ressort d’enquêter sur un cannibale, si ça les intéressait. L’inspecteur Rodriguez m’a communiqué son adresse électronique professionnelle. J’ai rédigé une information écrite de l’événement et du contexte. Bref, ils sont au courant depuis le début, ainsi que l’Hôtel de Police de Grenoble.

Mais ont-ils compris l'importance de l'information ? Pourquoi témoignez-vous publiquement aujourd’hui ?

Parce que c’est trop grave. Je ne peux pas prendre la responsabilité de me taire. Pas depuis que j’ai recroisé cet individu le 29 août 2017 (ndlr voir vidéo de reconstitution). J’ai alerté de nouveau le 17 mais ils n’ont rien fait ! C’est ce jour-là que j’ai vu Arthur Noyer juste quelques mètres plus loin à l’écart. Mais je savais pas qui c’était. Je connaissais que David. Arthur devait être réellement secoué pour oser se signaler publiquement. Il a entendu toute la conversation avec David et il était là 6 mètres plus loin avec un chien qui me guettait. Je ne pouvais pas comprendre toutes les implications ce jour-là sans savoir qui était ce jeune homme. La police quand j'ai parlé de cannibalisme cette deuxième fois, ils m'ont répondu ... « sans aveux on ne peut rien faire ». Alors que j'avais déjà signalé l'individu à la DIPJ un an auparavant. C'est incohérent, surtout si on parle d'un profil criminel psychiatrique. La psychopathologie ça n'a rien d'anodin. C'est une aberration d'attendre des aveux dans ce type de situation. Ou alors pourquoi ils ont arrêté Nordhal Lelandais ? A la base il niait toute implication. Tout ça c’était pour dire qu’ils refusent de s’intéresser à David. Une plainte a été déposée contre lui par un proche pour des violences physiques le mois d’août. On a même une équipe du SAMU qui est intervenue. David faisait une grave crise sanitaire incluant un état hyper-agressif à l’égard d’autrui. Il était incontrôlable !

Reconstitution événement 29 août 2017 © Dossier LYS (témoin anonyme) pour Alain Tauvernel

Lien direct - Evènement du 29 août 2017 : https://vimeo.com/328482712

En effet c'est délicat. Quelles sont vos premières pistes, vous avez démarré comment ?

Lorsque j’ai commencé à poser des questions autour de moi après ce 29 août 2017, j’ai contacté Place Grenet. La police réagissait pas alors, fallait que je fasse quelque chose mais j'avais rien. C'est ce qui ma mis sur la piste d'une association « L'Ecole du chat libre» pour la défense des animaux. Une recrudescence des disparitions de chats a été constatée en avril 2017 dans le parc Guy Pape - La Bastille. Des pièges ont été découverts mais on n’a pas retrouvé la dépouille des chats. C'est ce qui intriguait l’association. Mais la police ne s’intéresse pas aux maltraitance ou disparitions d'animaux. A cette époque je ne faisais pas encore le rapprochement avec Arthur, je n'ai vu son portrait-robot que le 21 décembre 2017 quand on a réussi à identifier le corps. En plus je sais que la nationale n’aime pas monter là-haut dans la forêt. La municipale y va mais juste pour la ronde de fermeture du parc, c’est tout. Les disparitions de chats m’ont immédiatement rappelé l’affaire Luka Magnotta. Même France 3 avait repris l'information. C'est pour dire... Alors la rédaction de Place Grenet a contacté la police. Ils n'ont rien voulu entendre.

Du coup j'ai fini par téléphoner au pote qui a connu David. Pour voir s'il avait des nouvelles. Là j'ai appris qu'un proche de l'individu venait de déposer plainte contre David. J'ai pu m’entretenir avec cette personne sur son agression. C’est une personne qui connaît David depuis plus de 10 ans. Ce proche a même informé la police que David avait les clés de son domicile. La police nationale de Grenoble lui ont très mal répondu. Ils ont prétendu qu’ils « ne savaient pas où se trouve l’individu ». Je l'ai vu tout de suite. Ils l'ont pas pris au sérieux. C’est complètement aberrant...En fait ils ne le cherchent pas, c'est tout.

Comment évaluez-vous la dangerosité de David* ou de Nordhal ?

Déjà faut noter que Nordhal Lelandais a vécu une enfance ordinaire. Il a eu des déboires professionnels mais rien qui l’aurait laissé sans famille ou vivre à la rue. En cherchant vraiment il n’a vécu qu’un événement potentiellement traumatique. Vous vous souvenez, cette fameuse année sport-étude et dont il refuse de parler. David est né en 1976 dans le Nord de la France. A l’âge de 13 ans il a vécu la maltraitance. Sa mère est décédée d’une cirrhose du foie. Son père est mort juste après assassiné de 7 coups de couteau. D’après la gendarmerie de Sassenage l'immeuble où il a vécu a mystérieusement pris feu il y a quelques années.  Enfant il a d’abord été confié à son oncle et sa tante. En revenant de l’école ils ont tendu une pelle à David et l’ont forcé à enterrer sa chienne Pupuce dans le jardin. Ils ont tué l'animal. Ce jour-là ils ont tué son seul réconfort d’enfant. C’est comme ça qu’ils ont anéanti chez David toute capacité à ressentir des sentiments. David s'est déjà vanté auprès d'un proche disant « avoir échappé à la police, avoir fait un truc grave mais je ne te dirai pas quoi ». Il a aussi tenu les mêmes révélations à d'autres personnes, mais qui a envie de croire à ce genre de trucs ? C’est après que les services sociaux ont pris David en charge avec l’Aide Sociale à l’Enfance.

Je crois qu'on a pas mal de monde maintenant qui connait le débat sur les enfants placés à l'ASE. On le sait. Nos prisons, nos hôpitaux psychiatriques, on a tout à revoir en France. La protection de l'enfance c'est exactement la même chose. Chaque jour on persiste à fabriquer des jeunes désoeuvrés, des victimes, des personnes démunies. D'autres finissent complètement déséquilibrés à force. En vrai faut le dire, on forge des criminels. Et c'est exactement ce qu'il s'est passé avec David. Après on voudrait les punir, mais de quoi ? Non ça colle pas. Ce qu'il faut c'est qu'on comprenne ce qu'il se passe et qu'on change la donne une bonne fois pour toutes. Nordhal est plus jeune. Son vécu familial n’est en rien comparable à ce qu’a affronté David dès son plus jeune âge. Il n’est pas aussi aguerri ou endurci, quel que soit le mot. Si vous voulez comprendre vous pouvez comparer avec Nicolas Cocaign (ndlr le cannibale de Rouen). Les services psychiatriques ne voulaient pas de lui. Ils font tout pour se décharger. Résultat il a fallu qu’il passe à l’acte. Il a attaqué un codétenu. C'est là qu'on a considéré son cas. Vous voyez, c’est simple. Tout ce qui dérange la morale, gêne systématiquement les mentalités citoyennes puis les institutions et par conséquent tous les principes élémentaires d’égalité, de justice et d’humanité.

Pourtant tout le monde sait que Lelandais a été diagnostiqué personnalité clivée de type pervers et manipulateur ?

Maëlys De Araujo Maëlys De Araujo
 C'est juste de la malhonnêteté ça. Nordhal est perturbé, c’est évident. Mais faut savoir que les psychiatres fonctionnent tous de la même façon : par l’observation extérieure, relative, symptomatique. Une approche linéaire en somme. C’est plutôt limité si vous voulez une approche globale du vivant. Après vous savez de la peur de l’autre à l’ego ça va vite. On se place toujours à distance des gens qui nous laissent un sentiment de gêne. Pour la majorité les psychiatres ne respectent pas la parole de leurs patients. Ils n’y accordent qu’un crédit limité si vous préférez. Là bien sûr je parle des patients ordinaires, des personnes sensibles, pas des profils criminels. C’est pour ça que personne n’aime porter cette étiquette de maladie psychique, elle est trop galvaudée. On le retrouve ça dans le discours de Nordhal. Vous voyez ? Quand il « ne veut pas parler de la deuxième voix qui était avec lui parce qu’il ne veut pas qu’on le prenne pour un fou ». C’est comme toutes ces autres fois où il ne veut ou ne peut pas s’expliquer davantage...

Alors pourquoi d’après vous Nordhal refuse de parler ?

Ca par exemple ben...Si vous voulez ça me fait beaucoup penser au traumatisme psychique, le SSPT. Les personnels psychiatriques négligent totalement les signes précurseurs. Dans leurs pratiques la plupart du temps ils ne respectent pas le libre consentement du patient, alors la parole vous pensez ! Rigoureusement le traumatisme est une rupture des mécanismes de défense ordinaires. La personne, on est dans une situation qui dépasse notre capacité de faire face. On vit une peur mêlée d'effroi si vous voulez. Parce qu'on est dans une situation qui met en jeu notre bien-être physique et psychique, qui menace directement notre équilibre. C'est pour ça qu'il faut qu'on compense. Il y a alors développement de moyens de défense supplémentaires et inhabituels pour répondre au risque couru par le sujet. Et la consommation de drogues, une attitude virile exagérée, rester totalement fermé à la communication des proches, l'instabilité émotionnelle, l'irritabilité, tout ça c'est des symptômes typiques. En plus simple ce que vous vivez c'est de la peur directement provoquée par un ou plusieurs événements marquants (guerre, agression...).

Faut pas oublier que ça fait des années qu’il est suivi auprès des institutions sanitaires. Nordhal n'arrive pas à parler de lui-même la plupart du temps. Sauf quand il est confronté à la réalité de façon brutale, d'une façon qui le dérange en profondeur. C'est comme avec sa crise d’angoisse lorsqu’on a retrouvé le corps de Maëlys. Ca n'a aucun sens. Au final on ne sait rien de ce qu'il s'est réellement passé. C'est le seul point sur lequel tout le monde s'accorde. Aucune personne humaine normalement constituée ne peut commettre un tel acte. C’est seulement à cette période que Nordhal réalise, avoue (ou qu’il se souvient) qu’il est impliqué. Pour sa mémoire j’ai encore des doutes. Je peux pas me prononcer à cause des drogues. Il le dit lui-même : il se sentait « comme un fantôme » en conduisant sa voiture. Et là je ne fais que reprendre son expression. Etait-il complètement conscient, maître des événements ? Personne n'était là avec lui. Déjà qu'en temps ordinaire on n'aime pas la peur, s’il faut en plus l’expliquer et qu'elle touche à quelque chose qui nous dérange tous profondément. Les psychiatres par exemple ils vont prendre des réactions d’hypervigilance pour du délire paranoïaque. Si vous insistez sur quelque chose d'important ou que vous avez le malheur de les contredire sur ce qui vous concerne : on vous colle la psychorigidité.  Ca se passe toujours comme ça. Dès que quelque chose dérange notre confort, que ce soit un conflit intérieur ou une pression extérieure, on catégorise l'individu.

En psychiatrie on ne considère pas la parole du patient, c'est un réflexe. A partir du moment où on met en doute la santé mentale d'une personne. En fait sans le vouloir les psychiatres refusent d'inclure l'histoire personnelle

Arthur Noyer - Sous-officier du 13e BCA Arthur Noyer - Sous-officier du 13e BCA
  du patient (anamnèse), la réalité de son vécu et son contexte relationnel (systémie). Il s'agit d'un rejet inconscient. Après le mental cherche les mots soit pour expliquer, pour justifier le diagnostic d'un confrère, soit répondre à des obligations sociales ou préserver les institutions. Ce qu'il se passe c'est... Ce qu'on n'a pas vécu, les filtres qu'on se pose sont importants.  On se dit toujours quand on apprend certaines choses que c'est pas possible. Ce qui est sûr c'est que si les médecins pratiquaient une écoute inconditionnelle, sans interprétation, sans pression ni jugement d'aucune sorte : Lelandais ne se serait jamais exprimé ainsi. On est dans une enquête criminelle, vous comprenez. Quand on nous communique les mots-clés de la recherche internet de Lelandais sur son ordinateur c'était :  « décomposition d'un corps humain ». Rien ne démontre que Nordhal cherchait à faire disparaître un corps. Là on part dans l'interprétation pure et simple ! J'ai été contraint de faire exactement la même recherche pour les informations de médecine légale.

En fait vous êtes en train de nous dire que Nordhal n'a pas tué le caporal Noyer ?

C'est évident, à partir du moment on regarde les choses en face. Comment Nordhal peut-il assurer avoir causé la mort du caporal. Il y a eu une bagarre, ça on l'a compris. Mais comment peut-il prétendre avoir eu le dessus, tout seul, sur un militaire du régiment ? Et puis il y a un truc qui dérange toujours le public. Mais c'est normal en même temps... En médecine légale on sait que la décomposition d'un corps humain prend au minimum un an dans les pires conditions climatiques. Peut-être un peu moins à la limite si on l'expose à un fort taux d'humidité mais faut pas pousser. Même sans compter mon témoignage Arthur avait disparu depuis seulement 4 mois. On sait qu'il était vigilant ce soir-là après le vol de son mobile en discothèque. Arthur est un militaire, il est formé. C'est un professionnel. La seule reconstitution valable c'est ce jour où je l'ai vu, le 29 août à l'Esplanade. Arthur était un des meilleurs éléments de son bataillon. Il allait être promu. On peut pas mentir sur la compétence professionnelle d'un militaire du régiment juste pour le beau jeu de charger un prévenu. C'est du refus d'enquête. Au Code de Sécurité Intérieure l'une des premières missions c'est de préserver les vies humaines, d'entreprendre toutes les actions et enquêtes nécessaires en matière de criminalité. Les services judiciaires sont dépassés. C'est pour ça qu'ils ont tout verrouillé. Parce qu'ils n'ont pas d'explication. Et puis réfléchissez... On retrouve son corps, plutôt devrais-je dire on "voit" le corps d'Arthur seulement le 7 septembre ? Sur un chemin de randonnée, pas avant ? 

Je sais ce que j'ai vu. J'étais hyper-concentré sur ce que je vivais ce jour-là. Je pouvais pas commettre le moindre faux pas, pas en quittant un psychopathe. J'ai vu le chien, couché à l'arrêt. J'ai continué, instinctivement. Puis j'ai levé la tête et j'ai vu le jeune homme. Le visage clair, la coupe de cheveux et il avait la même expression. C'est son portrait-robot. Quand je cherche à remettre l'image dans ma tête je me souviens très clairement avoir regardé son visage et  lui aussi m'a observé attentivement. C'était Arthur je le sais. Sauf que du coup...Je pouvais pas lui parler.

Caporal Arthur Noyer - 13e BCA Caporal Arthur Noyer - 13e BCA
Qui me disait que ce jeune et le chien ne prévoyaient pas de s'en prendre à moi. David garde toujours des chiens. Il est très capable de droguer ses victimes. C'est pas un mec normal. Il traumatise les gens mais il peut aussi vous pomper toute votre énergie. D'habitude il s'intéresse justement aux personnes vulnérables. Là je pense qu'il a voulu dépasser une limite. Sauf que voilà, Arthur a une résistance psychologique. Il est militaire, il est entraîné. C'est ce jour-là qu'il a refusé de se soumettre quand il a entendu le ton monter. Pour moi c'est clair. Depuis son son enlèvement il a travaillé à observer l'ennemi jusqu'à ...Mais qui peut savoir ce qu'il s'est réellement passé ? J'aime pas spécialement le dire mais Maëlys a été enlevée le 26 et je rencontre Arthur le 29 août. Je sentais bien qu'il portait quelque chose intérieurement mais je pouvais pas comprendre sans savoir qui était ce jeune homme. J'ai été obligé de travailler seul. La police, les services judiciaires, les services sanitaires, je les connais à Grenoble. Tout le monde se renvoie la balle. Et si vous insistez ou que votre réaction ne leur convient pas, ils vous catégorisent comme personne dérangée. Ensuite quand je cherche à en savoir plus, tout ce que j'apprends c'est quand je lis la presse. J'ai vu le portrait d'Arthur seulement au moment où on venait de l'identifier. Dans l'édition du 21 décembre 2017 du Dauphiné Libéré de Grenoble.

Avez-vous un comparatif sur la consommation de drogues entre Nordhal et le suspect que vous dénoncez ?

Ah oui, ça c’est sûr. D’abord on dit que Nordhal a dealé de la cocaïne. Certes, mais il était beaucoup plus connu comme consommateur de cannabis. L’effet des deux drogues est totalement différent. Médicalement la cocaïne est une drogue dure. Par définition à dépendance physique immédiate. C'est un psycho-stimulant du système nerveux central. Son effet principal, à l’instar du crack, c’est une hyperstimulation intellectuelle avec sentiment d’euphorie, indifférence à la fatigue et à la douleur. J'ai été bénévole au Courrier de Bovet, en correspondance écrite avec des détenus. Bon je peux pas trop en dire mais ce bénévolat m’a appris en cas réel que les drogues dures peuvent sérieusement altérer, même annihiler, la sensibilité et la conscience humaine lors d’un crime.

Hors d’après un proche David consomme régulièrement de la cocaïne et du crack. De façon plus visible depuis la mi-janvier 2017. La cannabis, la marijuana, ça n’a rien à voir. Une drogue douce ne crée pas de dépendance physique. Parfois une dépendance psychologique mais c’est une consommation qui fait « planer », qui entraîne une somnolence chez les consommateurs. C’est plus le « deal » des drogues qui fait qu’on passe d’une consommation à une autre. Parce que la cocaïne ça rapporte plus financièrement. Mon observation depuis 2016 montre que David est facilement en possession d’alcool, de drogues (même cannabis, qu’il offre généreusement) mais aussi de cachets médicamenteux.

A l’époque le pote qui l’a hébergé voulait se sevrer de sa dépendance à l’alcool avec du Valium. Comme il s'était blessé à la cheville, David lui a donné un antalgique stade 2. Il a dormi complètement à l’envers, il n’a rien compris ce jour-là. A côté de ça David lui a aussi fait des propositions gênantes. Ca m’avait inquiété déjà. Après si vous voulez qu’on parle des drogues, les benzodiazépines, les anxiolytiques, les neuroleptiques ou les anti-dépresseurs c’est pas mieux. Tous ces médicaments entraînent des somnolences, des troubles de la mémoire, de la concentration, une dépendance physique & psychologique mais aussi des problèmes d’accommodation ou d’articulation quand on veut parler. On peut pas savoir ça si on n’a pas vécu ce genre de choses. Beaucoup de personnes témoignent sur les abus psychiatriques. Entre la pression des services d’enquête, du public et les abus de drogues...Il rame dans ses souvenirs Nordhal.

Vous avez une vision inquiétante de la psychiatrie française. Comment décrivez-vous la réalité du terrain ? 

J'ai été dans plusieurs associations proches des personnes concernées par la psychiatrie. Sur le terrain les psychiatres se déchargent le plus possible, les hôpitaux psychiatriques sont surchargés. Le plus souvent de simples cas sociaux, les dépendances à l’alcool, à la drogue parfois ou les troubles alimentaires, la dépression.... Sinon à force de se prendre pour les sauveurs ils servent eux-mêmes de décharge aux institutions qui se plaignent des personnes (locataires de bailleur sociaux, affaires familiales...). Tout ça vous le trouverez, c'est ce que dénonce le collectif Psychiatrie, quelle hospitalité on donne à la folie ? La psychiatrie a ce défaut d’infantiliser pas mal de concitoyens malheureusement.

En France la vraie maladie mentale vous la verrez rarement dans les hôpitaux psychiatriques. Vous verrez plus souvent des personnes ordinaires, hypersensibles, vulnérables parfois. Des personnes marginales aussi. Mais tout ça reste bien loin de la stigmatisation de dangerosité qu’on colle à la maladie psychique. J’ai déjà vu des psychiatres confondre la surdouance avec la maladie mentale. Même jusqu'à pousser des personnes au handicap ou leur faire perdre confiance en elles à force de temps. Les psychiatres sont principalement formés et forgés à rechercher toutes les anormalités de fonctionnement chez un individu. Ranger ça dans des cases. Puis attribuer à chacun la bonne molécule chimique. On n’est pas en thérapie ou en psychanalyse. On est face à des médecins qui veulent guérir l’âme en administrant au corps des drogues pharmaceutiques.

Un psychiatre ne voit son patient qu’une fois par mois en moyenne. Généralement ils gagnent mieux leur vie dans le privé qu’en milieu hospitalier, c’est bien connu. Les critiques émergent de plus en plus même dans le milieu médical. Beaucoup d'ouvrages existent à ce sujet. Avant que la psychiatrie soit reconnue comme profession médicale le Pr Edouard Zarifian avait été consulté par l'Assemblée Nationale. Dans son livre le Dr Sauveur Boukris évoque un long historique de remises en question. Après on a Boris Cyrulnik qui travaille sur la résilience, Peter Levine sur le traumatisme psychique et le Dr Marie-Noëlle Besançon avec son initiative citoyenne Les Invités au Festin pour réintégrer dans la société ceux qu'on a mis à l'écart.

Les personnalités criminelles - Evaluation et prévention © Catherine Blatier Les personnalités criminelles - Evaluation et prévention © Catherine Blatier

Dans son livre « Sept heures en avril » publié en 2009 Susanne Preusker a témoigné de son agression par l’un de ses patients dans une prison de haute sécurité en Allemagne. Comme elle l’indique, le personnel soignant a plus de mal à appréhender certaines personnalités criminelles. Lorsque je cherche à comprendre pourquoi, la réponse est évidente.

La sensibilité humaine, et c'est assez légitime, ne conçoit pas qu’on puisse faire du mal à autrui. C’est cette faille particulière que les profils psychopathologiques connaissent et dont ils profitent. S’ils n’ont pas la sensibilité à laquelle on tient, ils ont l’intelligence et un temps d’avance.

 

Témoignage de Susanne Preusker © Arte

Donc d’après vous, il y aurait un lien entre entre David et Nordhal Lelandais ?

Si vous voulez comprendre le lien entre Nordhal et David, il faudra les confronter l’un à l’autre. C'est la seule solution. Mais ça les services judiciaires ça leur fait peur. Parce qu’il faut d’abord l’attraper le gars ! C’est pas n’importe quoi quand vous avez affaire à un type de ce genre. Depuis le début on veut prouver la culpabilité de Nordhal parce qu’on l’a vu partir en voiture d’un mariage, parce qu’on a des éléments de suivi et qu’on l’a coincé. Mais Lelandais n’a ni l’expérience humaine ni l’intelligence d’un psychopathe ! Sinon il ne se serait jamais fait prendre aussi facilement. On dirait presque que c’est devenu une habitude chez lui tellement qu’il est connu des services de police. N’oubliez pas que Nordhal a fait des petits boulots sur Grenoble. D’après un proche de l’individu, David est basé sur Grenoble au moins depuis 2008. C’est à ce moment-là qu’il a lâché son tablier du jour au lendemain. Dès qu'il a vu qu'il allait être hébergé il a vécu sur l'héritage de ses parents. Il travaillait dans un restaurant du coin. Par contre je ...préfère pas vous les citer par discrétion pour l'enseigne.

Puis y a un truc aussi c'est que... David est obsédé par les disparitions inexpliquées. Il lisait le magazine « Choc », j'en ai vu toute une pile ! Des revues c’est pas comme un téléphone ou un ordinateur. Ca laisse pas de trace, c’est plus discret. Faut savoir que David  se méfie énormément des téléphones. Il espionne les conversations et il les enregistre. C'est un jeu pour lui. D'ailleurs le certificat médical du jour où il a fait sa crise, il a pas disparu par hasard. Ce document mentionnait le terme médical de son état pathologique en date du 3 août 2017. J'ai même le nom de son médecin traitant de l'époque. C'est un docteur que je connais. Encore une autre coïncidence troublante. La première fois que j'ai vu David il était avachi par terre, avec une bouteille de Malibu devant la télé allumée. Il prétendait avoir des amis à Nice. Qui dit qu'il ne serait pas proche de certaines familles ou impliqué dans d'autres affaires de disparitions. David se déplace facilement. Sans le vouloir il me l'a révélé. Il connait le Sud du côté de Marseille et il connait un lieu d'accueil sur Lyon, La Péniche du côté de Perrache .

Vous pensez à la famille d'Ahmed Hamadou, disparu au Fort de Tamié, c'est ça ?

 Oui. Et à son frère malheureusement. La coïncidence est frappante. Mostapha a été assassiné de la même façon que le père de David. Puis je pense aussi à Malik Boutvillain. Malik sortait d'une histoire sentimentale quand il est parti courir. Mais ce sont les lieux qui me font écho. La Frange Verte à Echirolles, c'est désert là-bas le soir. On voit tout de suite la discrétion des lieux par comparaison avec le parc Guy Pape - Porte de France. Et puis on est en banlieue, c'est à l'écart. On se croirait au milieu de nulle part. Les enquêteurs depuis qu'ils tiennent Lelandais, ils passent au crible 

Malik Boutvillain - Echirolles - 6 mai 2012 Malik Boutvillain - Echirolles - 6 mai 2012
toutes les affaires de disparitions mais ils n'ont pas la moitié des éléments. Y a trop de familles qui réclament des explications. Quand je vois de mon côté comment je rame... D'être contraint de médiatiser ça, je m'étonne même plus. Vous imaginez ? Je ne pouvais pas prévenir les familles d'un truc pareil. Donc j'ai écrit aux avocats. Me Boulloud, Me Rajon, ils l'ont mon dossier. C'est à eux de bouger maintenant.

 

 

Et comment décririez-vous la psychopathologie de cet individu ?

Faut être clair. Un criminel psychopathe ne naît pas du jour au lendemain. Il y a un vécu derrière. Nordhal c’est le chauffeur. David c’est le psychopathe. Celui qui ne laisse aucune trace et qu’on ne soupçonnerait jamais parce ... « qu’il est gentil David ! ». Et je vous promets, encore une fois je ne fais que citer quelqu'un qui parlait d'un ton très épanoui, à l'excès même. David a des tendances homosexuelles mais il sera automatiquement le dominant. Je savais depuis le début qu’il se méfie des personnels médicaux, de police et de sécurité. Rien que son profil physique peut effrayer un enfant. Il sait se dissimuler, provoquer l’apitoiement ou toute réaction qu’il veut susciter chez autrui. David aime déstabiliser, changer de visage d’un seul coup sans prévenir. Il sait très bien mentir et il le fait. David est attiré par la promiscuité, il est à l'aise avec les insectes rampants. Et puis... Il voue une aversion pour les coutumes sociales alimentaires, pour la médiocrité, il est obsédé par la nourriture. Je me rappelle encore comment il s'est exprimé.

En même temps David ne va pas jusqu'au bout d’une démarche sociale de logement. Un proche l'a incité à démarcher. Quand le service social SATIS a répondu à sa demande David a refusé de visiter les logements qu'on lui proposait. Parce qu'en choisissant de ne pas s'intégrer, on saura pas où le chercher. Après l'avoir observé c'est évident. Surtout David méprise totalement sa sécurité comme celle d’autrui. Et sauf si on est attaché à lui, on discerne bien qu’il n'éprouve aucun sentiment réel. Pendant une période il a campé au bord de l’autoroute. Une autre fois il a construit une cabane près d’Intermarché. Avec tous les éléments que j’ai observés, son vécu, les drogues, les différentes appréciations, force est de constater qu’on a affaire à une personnalité antisociale (DSM-IV – TR) et/ou dyssociale (CIM 10, terme équivalent). C’est une des personnalités criminelles les plus dangereuses. Les sociopathes n’ont peur de rien. En comparaison un antisocial se place en confrontation, dans une provocation volontaire. Il veut exercer son pouvoir envers autrui et le système. 

Témoignage événement du 29 août 2017 © Alain Tauvernel (protection du témoin) Témoignage événement du 29 août 2017 © Alain Tauvernel (protection du témoin)

Avant de témoigner, il a bien fallu que vous alertiez ? Comment avez-vous procédé pendant tout ce temps ?

Dans la sécurité on est formés à la prévention, donc on alerte. On est entraînés à la vigilance. Surtout on est formés professionnellement. Il y a une enquête de moralité avant qu’on travaille à la base. On est formés à observer et noter rigoureusement les faits. A consigner les choses, sans interpréter, à évaluer le danger et à ne pas prendre de risque. Rester à l’abri, rendre compte. Là c’est clair que les pouvoirs publics ont vraiment un problème. Ils forment des gens pour en faire des professionnels mais ils ne les respectent pas. Jusqu’à un certain stade j’avais pu donner le change lorsque je croisais l’individu, lui masquer mon intérêt et ma suspicion, me donner l'air bête quoi. J’ai été diagnostiqué surdoué. Ca signifie que je fonctionne pas comme une personne ordinaire. Mon profil me donne un avantage non négligeable parce que je ne raisonne pas de façon linéaire. Je fonctionne par pensée arborescente, avec une vision globale. C’est aussi une divergence que les institutions n’apprécient pas, mais pour anticiper ça aide carrément.

Vous avez eu des suites ou des réponses après votre témoignage en justice ?

Depuis que j’ai communiqué mon témoignage aux avocats des familles, Me Corinne HERRMANN confirme l’avoir bien reçu (ndlr avocate et criminologue au cabinet de SEBAN). Dans un courrier du 9 novembre 2018 elle m’informe transmettre le dossier LYS à la juge d’instruction de Chambéry chargée des disparitions d'Arthur et et de Jean-Christophe Morin. J’ignore ce qu’il s’est passé après son arrivée au tribunal. Ce qui a été entrepris ou pas à son sujet. Je sais seulement ce que j’ai recommandé en termes de sécurité : la capture de David par une équipe d’élite puis son placement à l’isolement en observation médicale sous haute sécurité. On ne peut pas placer cet individu dans nos prisons françaises. On doit le condamner au soin psychiatrique pour le canaliser et à l'isolement. On ne peut pas le confronter à d'autres personnes, c'est trop risqué.

Le soir du 10 décembre 2018 David m’a recherché et il m'a suivi. En réalité il a profité du détournement des lignes de tramway. On avait un feu de poubelle au carrefour Jean Jaurès/Alsace Lorraine. Des agents de police surveillaient les lieux. Mais quand j'ai questionné des voyageurs autour de moi on m'a répondu qu'il n'y avait aucun manifestant. J'ai récupéré le tram à Condorcet. Soudain j'ai vu David à 2 mètres de moi. Il est entré en trombe avec une capuche sur la tête. Il babillait à toute vitesse les mains enfermées à l'intérieur de son blouson gris foncé. Il simulait un appel téléphonique pour pas attirer l’attention des voyageurs. Moi j'étais déjà sur mes gardes. Dès que je l'ai vu... En 1/4 de seconde je me suis relevé jusqu'à la porte du tram ! Après je l'ai pas quitté des yeux mais il a tiqué. Il n'a pas arrêté de me fixer en clignotant des yeux. Je pouvais pas le regarder sans qu'il tique. Je le reconnais son visage avec sa barbe, ses yeux.

J'ai une photographie de l'individu et j'ai son identité. Ca fait trop longtemps que je l'observe. J'ai bien vu qu'il n'était pas content et je sais qu'il est capable de tout. Je suis resté debout, j’ai guetté l’arrêt du tram et je me suis enfui vers les commerces les plus proches. Un arrêt de plus et j'aurais rien pu faire. Je vis en planque depuis ce jour-là. J'ai pas le choix.

C'est pas très réjouissant, il faut l'avouer. Et du coup vous attendez quelle réaction de la part des pouvoirs publics ?

C’est simple. Le 15 décembre j’ai déposé plainte contre les services de police bien sûr. Mais c’est pas que moi qui suis en danger. C'est tout le monde maintenant. Ca fait des mois que le Procureur de la République est alerté. J’ai relancé à plusieurs reprises et ça n’a servi strictement à rien. Donc j'ai pris sur moi. Du coup j'ai informé le Colonel Devigne à la caserne du Roc Noir pour demander à ce que le caporal Noyer soit décoré de la Légion d'Honneur. Bien sûr je lui ai communiqué le dossier mais c'est pas sûr que l'armée puisse intervenir dans une affaire de police. J'ai également transmis une copie du dossier LYS au chef de service psychiatrique du CMP Bonnafé. Bon je vous rassure, ils ne m'ont pas interné, c'est déjà ça. Mais j'ai aucun retour des personnes compétentes. Aucune communication ne m'a été faite respectablement. Silence radio, la totale. Les services judiciaires connaissent mes doléances. Ce que j’attends aujourd’hui c’est des réponses et des réponses positives ! A partir du moment où ma vie est menacée que ce soit comme témoin ou autre, que les services publics destinés à nous protéger et à rendre justice méprisent les victimes et les familles... Croyez bien que je ne céderai à rien. 

Maintenant ce que j’exige des pouvoirs publics français c’est la création d’une structure spécialisée dans les cas de disparitions. Comme en Belgique et aux Etats-Unis avec Child Focus ou le NCMEC. Le père de la petite Estelle, Eric Mouzin garde ce projet sous le bras depuis trop longtemps. Depuis l'instauration du dispositif Alerte Kidnapping en fait. Après je vois très bien comment David est devenu criminel. C'est dans la même veine que cette vieille histoire en Angleterre, les crimes de Mary Bell en 1968 (ndlr Une si jolie petite fille de Gitta Sereny). En me documentant j’ai appris le scandale des enfants placés à l’ASE. J'ai d'abord lu le témoignage de Lyes Louffok (ndlr "Dans l'enfer des foyers"). Il y a celui d'Adrien Durousset aussi. On a encore François qui poursuit l'Etat en justice après avoir été placé. On les apprend toutes ces histoires de placements abusifs, de maltraitance, les abus sexuels sur mineurs et les institutions qui ferment les yeux. Au final je suis tombé sur la mobilisation du collectif #LaRueA18ans. C’est en tant que citoyen et en tant qu’agent de sécurité que je réclame l’adoption du projet de loi n°-1081 de Brigitte Bourguignon. La concertation a été lancée par M. Adrien Taquet le 27 mars dernier autour de la protection de l'enfance. Maintenant il nous faut des réponses. Nous ne pouvons pas permettre dans notre pays de droits que la dignité ou la sécurité de nos enfants, quels qu’ils soient, soit menacée par l’incompétence des pouvoirs publics et des institutions locales. Pire, on ne peut pas consciemment former des terroristes ou des assassins (ndlr Chérif Chekatt est un ancien enfant placé de l'ASE). On est censés vivre en communauté dans un monde civilisé. Il serait temps non ?

Le père d'Estelle Mouzin attaque l'État - C à Vous - 09/01/2018 © C à vous

J'espère que vous ne m'en voudrez pas mais il faut que je vous pose une dernière question. Le Dossier LYS** et tous les documents que vous m'avez fournis sont conséquents. En étudiant, en le lisant c'est vrai qu'on se retrouve face à une réalité enfin...C'est une vérité qui nous dépasse et qui pourrait dans une certaine mesure déranger nos concitoyens.

Comment pensez-vous que le public va réagir ?

Si vous voulez...La police, la justice, toutes nos institutions fonctionnent comme une machinerie. Une fois lancés dans une direction, ils ne réfléchissent plus. Ils ne se remettent pas en question. On suit les procédures même si on sait plus pourquoi à l'origine. On agit ainsi parce qu'on croit protéger le plus grand nombre. C'est un système qu'il faut comprendre. Dans notre société la majorité des gens fonctionne en mode linéaire. Mais un système est composé d'êtres humains. On n'accuse pas un système, c'est une aberration. Le système c'est tout le monde, c'est une notion. Ca ne fait que reporter la culpabilité sur autrui. C'est pas comme ça qu'on va se responsabiliser ou que les choses vont changer. Accuser c'est ce que tous le monde fait quelle que soit la classe sociale. Quand les personnes réagissent, je l'ai vu déjà autour de moi ce que ça donne. Les seules qui réagissent de façon saine c'est ceux qui me connaissent déjà dans la vie. Ma famille j'ai été obligé de les prévenir. Au moins mon oncle parce que lui il a bossé dans la sécurité pendant 15 ans. Il avait plus cette capacité d'appréhender les choses. Par contre vous en aurez d'autres qui ne passeront pas le cap. Qui le prendront mal et ça on peut rien faire.

Oui je comprends...Du coup qu'auriez-vous à dire aux lecteurs ?

Respecter la vérité. J'ai pas la prétention de donner des conseils ou de vous dire qui vous êtes. Mais qu'on me dise pas qui je suis, ce que je suis ou ce que j'ai vécu. La vérité pour la respecter on doit d'abord l'assimiler. Vous vous avez tous les éléments, je vous ai documenté. C'est ce qui vous a permis de comprendre. Mais je pourrai pas aller voir les gens, leur parler, leur prouver tout ça ou qui je suis juste pour les sortir de leurs peurs inconscientes. Ils devront faire ce travail tout seuls. Je suis pas responsable de la réaction des gens. Je cours déjà beaucoup trop de risques et depuis un bon moment. La seule chose que je peux dire c'est pour ceux qui cherchent vraiment à comprendre. Il vous faut inclure tous les éléments qui composent la réalité.

En psychologie on parle du champ d'indices dominant. On parle de ça quand on veut cerner une tâche à accomplir. L'enquêteur idéaliste on l'imagine facilement comme le gars qui va vous laisser sa carte et vous dire "Si vous vous souvenez de quoi que ce soit, même un détail, rappelez-nous."  Dans la réalité personne ne fait ça. Un crime, une disparition, c'est toujours quelque chose d'impensable. Entre ce que vivent les familles, ce qui est rapporté, ce qui se dit et ce qu'on imagine. Tout ça c'est des émotions, et trop d'émotions ça fait trop de pression. La police fonctionne plus souvent par le champ d'indices dominants, pour faire des recoupements, travailler au maximum de façon objective. Et puis s'informatise maintenant. Bon je dis pas ... Certains logiciels, le répertoriage ou le classement des données ça aide forcément.

En réalité rien n'efface la défaillance humaine. Rien ne peut remplacer non plus la complexité de l'imagination et de la pensée humaine. Trop d'éléments sont mis de côté. Là on est en plein dans une histoire humaine. Donc ça touche déjà à différents milieux et avec la pression en plus ça s'arrange pas. Pourquoi toutes ces insultes ou ces menaces, d'un côté, de l'autre.. Franchement j'ai préféré rester à l'écart de tout ça. On en a déjà assez non ? C'est horrible de devoir rappeler ce genre de choses mais dans l'affaire Marc Dutroux. Lui aussi il avait un chauffeur.... Pour la petite Sabine Dardenne on avait le témoignage d'une enfant qui avait vu la camionnette blanche au moment de l'enlèvement. Pourquoi on ne l'a pas écouté ?

Infrarouge - Les Disparues de l'A26 - Me Corinne HERRMANN © France 2

 

NOTES

*hormis les noms des personnes disparues ou de certaines sources vérifiables, l'identité de toutes personnes citées a été préservée, certains prénoms, noms, ont pu être modifiés ou masqués pour le droit à la vie privée et aucune information ne sera communiquée sur le témoin ou les différentes sources ayant permis la rédaction de cet article. Merci de votre compréhension

**Dossier LYS = Lapin aux Yeux Sanglants - référence au double visage de l'individu d'apparence innocent/gentil/charmeur puis subitement agressif ou violent

 

Entretien-reportage recueilli par Alain TAUVERNEL

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.