LES FUNÉRAILLES PAR TEMPS DE CORONAVIRUS

La pratique solennelle des funérailles semble progressivement tomber en désuétude dans plusieurs parties du globe, alors qu’elle est plutôt restée vivace dans les communautés africaines en général, et dans les traditions ethniques de la région subsaharienne en particulier. Qu’en est-il à l’ère sombre du nouveau coronavirus?

La veillée funéraire est ordinairement censée précéder les obsèques, accompagner l’esprit du défunt à sa dernière demeure et, par analogie, rappeler aux participants le terminus inévitable de leur parcours destinal sur terre. Procédant d’un culte religieux, d’un usage social ou d’une coutume ancestrale, elle est également un moment crucial d’hommage formel au disparu et de communion sentimentale avec sa famille endeuillée. Cette cérémonie funèbre va-t-elle aussi aller vers le déclin en Afrique, sous les coups de boutoir de l’épidémie coronavirale?

Rumeur folle et infondée

Il devient, en effet, de plus en plus affligeant de voir des images de personnes décédées du Covid-19, incinérées immédiatement ou enterrées hâtivement, sans que leurs proches puissent les assister dans les formes et les règles usuelles d’un cadre religieux ou socio-culturel de célébrations rituelles. Y aurait-il une justification fondamentale, un argument primordial ou une gêne principale qui pousseraient à ce débarras précipité des corps victimes de l’effroyable maladie?

À partir du moment où les précautions requises sont convenablement prises, il n’y a aucune raison de craindre que le micro-organisme malfaisant se propage, en passant par des individus qu’il aura préalablement réussi à anéantir. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), «À ce jour, il n’existe aucune preuve que des cadavres transmettent la maladie aux vivants [...]».

Nonobstant, une rumeur folle et infondée continue de se répandre sur la contagiosité et la nécessité de se déprendre rapidement de ceux qui succombent aux pathologies virales contagieuses, à l'instar du Covid-19. En guise de réponse à cette curieuse rumeur, l’OMS rappelle que «la dignité des morts, leurs traditions culturelles et religieuses, ainsi que leurs familles, doivent être respectées et protégées en tout temps»!

En principe, le décès d’une personne infectée par n’importe quel virus, à quelques exceptions près, met corrélativement fin à la funeste villégiature du micro-vagabond délinquant qui s’est incrusté par effraction dans son organisme d'immunité affaiblie, en y reproduisant une descendance éminemment prolifique et manifestement horrifique.

Combat décisif et cruel

À l’inverse d’une bactérie qui peut exister en permanence, de manière autonome, tout virus est entièrement dépendant de son bailleur involontaire, dont il s’évertue à parasiter la cellule hébergeante par filouterie patrimoniale génétique. Il s’ensuit une bataille sans pitié qui peut se terminer par l’anéantissement définitif de la garde immunitaire hôte et l’arrêt subséquent de l’infectivité du vainqueur sans domicile fixe.

Dans ce combat décisif et cruel, à l’issue fatale pour le protagoniste vaincu, l’arrêt de l’infectivité du protagoniste vainqueur n’est pas absolu. Il subsiste, en effet, certains risques de contamination dans les rares cas de fièvres hémorragiques à filovirus (Ebola, Marburg), à travers un contact direct avec le macchabée, tant soit peu infecté le sang en fuite hors de ses vaisseaux.

De fait, en réaction au stress intense que subit, en rendant l’âme, le combattant vaincu, ses cellules sanguines peuvent exceptionnellement s’auto-réparer et poursuivre désespérément une activité de transcription génétique plusieurs heures après trépas. En ce qui concerne précisément le SARS-CoV-2, il n’est guère établi qu’un corps terrassé par la vilaine maladie reste contagieux post-mortem, sachant que le de cujus ne respire plus, ne parle plus, n’éternue plus, ne tousse plus, n’embrasse plus...

En conséquence, la pratique solennelle des funérailles n’est pas déconseillée par temps de coronavirus, mais à la condition évidente de ne point flirter avec la dépouille endormie pour l’éternité, de se protéger le faciès vulnérable comme dans un bal masqué et d’observer la distanciation sociale pendant les séquences cérémonielles!

Alain Boutat
Épidémiologiste,
Économiste et Politologue
Lausanne

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