L’EXEMPTION CONTRARIÉE AU COVID-19

L'immunité individuellement acquise, après avoir dompté le mystérieux coronavirus sorti de la boîte de Pandore, disparaîtrait malheureusement en quelques mois, selon une récente étude britannique, écrasant de la même massue la perspective d'un vaccin actif à long terme.

Les résultats annoncés de l’étude du King's College de Londres portent sur la réponse immunitaire de près de 100 cas avérés, dont 72% à l’aide de dépistages virologiques. Jusqu’à preuve examinée à la loupe du microscope éditorial, ils révèlent que les taux moyens d’anticorps, en mesure d’anéantir le COVID-19, ne restent combatifs que trois semaines environ dès l'apparition des premiers signes diagnostiques, avant de décliner subrepticement au ras des pâquerettes. Seuls 17% des patients préservent de forts niveaux d'anticorps neutralisants, deux mois après le début des symptômes.

L'étude précitée semble aussi contredire la stratégie banale de l'immunité collective, présumée naturellement protectrice par simples contacts interhumains, une fois que 50% à 75% des résidents d’une communauté territoriale sont contaminés. À telle fin que de raison, cette stratégie ordinaire de l’immunité grégaire, qui fut longtemps un poncif de la doctrine épidémiologique virale, revient désormais à jouer à la roulette russe, au risque d’enfler abruptement la vulnérabilité de la population dans les pays têtus.

Dans le Tiers-monde au dos large, notamment en Afrique meurtrie par la prévarication élitaire, il y a lieu de se faire du mouron, faute de ressources suffisamment dédiées à la prévention contre un impénitent compagnon de longue route, manifestement bienveillant à tout marchand d’orviétan. Aussi ne faut-il pas réveiller la bête micro-organique par un éventail à bourrique, mais se la jouer fine par un renforcement des mesures de prudence et de distanciation sociale, en l’absence durable de thérapies et de vaccins probables.

En effet, le SARS-CoV-2 demeure majestueusement inconnu, depuis son vagabondage initial en Chine continentale. Nos connaissances sont si chancelantes et si perméables à l'incertitude qu'elles finissent par faire désespérer la science et prospérer la nescience. Malgré l'engouement légitime pour cerner et maîtriser le minuscule prédateur, dont la taille est vingt fois inférieure à celle d'une bactérie nocive, nous continuons à compter des morts, sans lueur crédible de vaccination contre l'infectieux sectaire et sans garantie aucune d'une post-infection immunitaire.

Dans cet état exacerbé d'impuissance, ce que nous croyons fondamentalement acquis sur la nature et le vivant affiche lamentablement son insignifiance par rapport à l'immensité de notre ignorance sur les manifestations systémiques. Apprenons humblement les leçons de la microscopique poussière active, afin de nous départir des représentations rétroactives et de nous tourner vers l'intelligence collective qui fonde un monde humain plus sain, à l'abri des hallucinations de ceux qui croient dur comme fer au traditionalisme immunitaire des pathologies virales.

En attendant la modestie et l'embellie sur le terrain controversé d'Hippocrate, parions sur les comportements-barrières et sur les armures multiformes qui ont fait leurs preuves depuis l'Antiquité contre des vagues successives d'épidémies. Faute d'être innovatrices, ces mesures élémentaires de défense constituent des boucliers primaires qui sont accessibles à tous. En l'occurrence, évitons l'entêtement vaniteux qui confine au pronostic hasardeux et renvoie au rien miteux. Lavons-nous d'abord les mains et masquons-nous ensuite la figure face au front d'airain et à la poudre de Perlimpinpin !

Alain Boutat
Épidémiologiste,
Économiste et Politologue,
Lausanne

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