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Billet de blog 22 avr. 2017

Après Sarkozy en 2007 et Mélenchon en 2012, je choisis Benoît Hamon en 2017

Revenir aux fondamentaux pour un vote convoquant tant l'intellect que les affects, et pourquoi pas en réhabilitant les vertus cardinales de l'Antiquité grecque : prudence, tempérance, force d’âme et justice.

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Presque trentenaire, j’en suis à ma troisième élection présidentielle. Après avoir voté Sarkozy dès le premier tour il y a dix ans en 2007, puis Mélenchon en 2012, je voterai cette fois-ci pour Benoît Hamon, un vote d’adhésion et de conviction mûri par une décennie de déceptions, celles de la génération sacrifiée « Sarkozy Hollande ». 

Après le déferlement médiatique d’une campagne minée par les affaires, je crois nécessaire de revenir aux fondamentaux. La première leçon que nous enseigne la science politique, ce sont les différentes significations que revêt le vocable « politique » et qui devraient aussi constituer les déterminants de tout vote, de notre vote. 

LE, LES, LA POLITIQUE(S)

Premièrement, le politique (« polity ») au sens  de « fait politique » intrinsèque à toute communauté d’individus regroupés par le vivre ensemble. Il s’agit de la communauté politique qui peut être organisée en fonction de diverses conceptions idéologiques et selon différents critères d'inclusion, d’intégration et d'exclusion. Toutes les interprétations du politique découlent d’héritages et de traditions idéologiques, renouvelées, nouvelles, telle que nous l’apprend l’« histoire des idées politiques ». 

Deuxièmement, les politiques (« policies ») au sens des politiques publiques, c’est-à-dire la « mécanique » mais qui a son importance puisqu'il s'agit de la traduction opérationnelle d'un ensemble de décisions en programmes mis en place par la puissance publique avec des moyens alloués (budget et moyens humains) pour atteindre des objectifs. 

Troisièmement, la politique (« politics ») au sens de « vie politique », « classe politique » et parfois « politique politicienne » lorsque l’on veut y placer une connotation péjorative. La politique est forcément contingente, c'est l'exercice du pouvoir temporel, l’art de gouverner et de négocier, les mobilisations et les interactions au sein du système politique.  Elle est exercée par des femmes et des hommes nécessairement faillibles et imparfaits. 

Il faut reconnaître que le vote est souvent déterminé majoritairement par ce dernier critère, le plus subjectif et le plus passionnel, celui de la « rencontre entre une femme / un homme et un peuple » à laquelle / auquel on prête des vertus de « présidentiable ». C’est le vote d’instinct et de confiance qui convoque les affects, qu’il n’y a pas lieu pour autant de récuser à condition qu’il soit calibré ou complété par d'autres critères d'adhésion plus rationnels. 

Il faut reconnaître aussi que l'adhésion affective prend parfois des proportions délirantes sous la forme d’idôlatrie et de batailles d’écuries vaines à mesure que le système médiatique et la dictature des sondages favorisent une politique spectacle décuplée par la reprise des codes de la téléréalité.

On le constate dans la forme que prennent les pseudo débats, ponctués par des simulations d’entretiens d’embauche, rythmés en continu par des chiffres censés prendre le pouls de l’opinion sans que d’ailleurs la plupart d’entre nous ait jamais fait partie ne serait-ce qu’une seule fois de ces Français « représentatifs » sondés. Il est vrai que l’offre médiatique et sondagière s’adapte aussi à la demande quant elle ne tente pas de l’engendrer et de la nourrir. 

Les deux premiers critères, le rapport au politique et les choix de politiques publiques, se retrouvent souvent minorés par les débordements affectifs du troisième critère, rendant plus difficile l’appréciation rationnelle. 

Par exemple, comment peut-on qualifier d’incohérentes ou de fausses les politiques économiques proposées par différents candidats alors qu’elles sont souvent élaborées ou construites par des sommités ou du moins des personnalités reconnues de l’économie ? Cette élection a d'ailleurs été marquée par des prises de positions de la part de consortium d’économistes en faveur de tel ou tel programme économique, mais dont l'impact sur l'opinion publique demeure difficile à mesurer. 

Un bref retour aux fondamentaux nous rappelle que l'économie, entendue comme la science de la gestion des ressources de la maison (« oikos », la maison en grec ancien), n’est pas une science exacte mais décline des théories en fonction de différentes conceptions idéologiques du politique. Aucune politique économique n’a donc l’apanage de la vérité par rapport à une autre. 

Pour revenir aux trois acceptions du vocable « politique », c’est aussi et surtout notre rapport au pouvoir qui est en jeu : le politique symbolisant le fondement du pouvoir intrinsèque, inaliénable et atemporel du peuple, les politiques publiques entendues comme capacités de faire et d'agir, la politique correspondant au pouvoir contingent, circonscrit et temporel des élus qui représentent et/ou agissent au nom du peuple. 

UN VOTE REPOSANT SUR LES TROIS ACCEPTIONS DU VOCABLE "POLITIQUE"

Pour ma part, c’est davantage le rapport affectif fondé sur la troisième acception, celle de la politique, qui m'a conduit à voter Sarkozy en 2007 puis Mélenchon en 2012, guidé, je m'en rends compte avec le recul, d’abord par l’attrait pour le bonapartisme et la rage sécuritaire court-termiste pour l’ancien jeune de ZEP et ZUS que j’étais, et cinq ans plus tard, par la verve à la Robespierre et la rage sociale. 

Aujourd’hui, c’est la première fois que je peux prétendre à un vote qui repose de manière équilibrée sur les trois acceptions de « politique », ce que s’efforce de mettre en avant Benoît Hamon qui ne prétend pas et même réfute la thèse de l’« Homme providentiel », assumant l’héritage socialiste des valeurs du parti de Jean Jaurès au détriment du jeu de « la » politique dans un style contrastant avec la communication simpliste de notre temps. 

En réalité, au cours de cette campagne, seuls deux candidats ne se sont pas conformés, dans leur style, aux impératifs de la communication médiatique de notre temps. Il s'agit, en l’occurence, des deux candidats des deux « partis de gouvernement », en profonde déliquescence : Fillon et Hamon, mais chacun dans des registres différents. Fillon, déconnecté, hors sol et hors du temps présent, dépassé par les codes actuels parce que définitivement embourbé dans le passé. Hamon, rejetant délibérément les diktats de l'immédiateté du buzz, résolument tourné vers l’avenir, peut-être trop pour certains, aussi bien dans la forme que dans le fond. 

Dans la forme, usant d'une communication moins « punchline », plus proche des parcours individuels, faisant la promotion de valeurs qui ne sont pas forcément dans l'air du temps telles que la bienveillance, la discrétion, l’intelligence humble, mais aussi l’équilibre et la tempérance, à l’heure où seuls les discours et les comportements radicaux ont le vent en poupe. 

Dans le fond, en osant proposer des expérimentations nouvelles, et ainsi en admettant la perfectibilité de ses propositions, en s’inscrivant davantage dans le temps long du politique que le temps court de la politique, dans le retour d'expérience et l'évaluation des politiques publiques, en élevant le débat pollué par les affaires et les punchlines. Je pense bien-sûr au revenu universel d’existence, à la contribution sociale sur la robotisation, à la lutte contre les perturbateurs endocriniens, à la déconcentration des médias, au 49-3 citoyen. 

En privilégiant le politique à la politique, en restant fidèle à ceux qui l’ont porté aux primaires de la Belle Alliance populaire, c’est-à dire la base citoyenne, sans céder aux chantages et trahisons des hiérarques, Benoît Hamon a surtout démontré concrètement une vertu indispensable pour un chef d’Etat : le courage. 

Et ce sont ces qualités là qui le placent dans une position de Président capable demain de dire non, de tenir tête aux lobbies de toutes natures, aux puissances de toutes parts, de défendre ses positions, de proposer des mesures assumées et constructives fondées sur un imaginaire positif, écologiste et désirable de notre avenir. 

Pour revenir encore une fois aux fondamentaux : prudence, tempérance, force d’âme et justice, telles étaient les vertus cardinales sous l’Antiquité grecque et que nous gagnerions à réhabiliter avec  Benoît Hamon.  

Alain P.

Fonctionnaire international, politiste et juriste de formation, trente ans en 2017

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