Jean-Luc Mélenchon, un suicide politique prévisible

En l'espace d'une semaine, le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a réussi un improbable triptyque en insultant tour à tour la justice, la République et les journalistes. De quoi placer le député dans une position des plus instables avec un début de scission au sein de son propre mouvement qui en étonne plus d'un. Pourtant, une telle débandade paraît logique au vu des éléments.

En s'en prenant aux forces de l'ordre et à un procureur de la République, mardi 16 octobre, en pleine perquisition des locaux de la France Insoumise (FI) puis en insultant des journalistes juste après avoir lancé en plein Live Facebook « ma personne est sacrée », Jean-Luc Mélenchon est devenu plus clivant que jamais, même au sein de son mouvement. Car, à force de critiquer la mise en orbite d'un Président de la République auto-proclamé Jupiter, l'un de ses plus farouches opposants, le leader de la France Insoumise, semble avoir, lui-aussi, décidé de se monter en divinité grecque. Mais face à la puissance calme de Jupiter, Jean-Luc Mélenchon a opté pour la fougue et la colère destructrice de Mars. Est-ce que cela a un rapport avec le surnom de la ville dont il est député ? Peu probable.

Pourtant, c'est bien à Marseille en septembre dernier, que l'Insoumis a entamé son entreprise d'auto-destruction. Dans une volonté d'attirer la lumière durant la rencontre entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, le 7 septembre dernier, Jean-Luc Mélenchon a rencontré ''par hasard'' le président français sur le Vieux-Port avant de lui mentir droit dans les yeux en n'assumant pas d'avoir traité Emmanuel Macron de « plus grand xénophobe que l'on ait ». Un mensonge qui passe mal dans la classe politique, Jean-Luc Mélenchon ayant lancé cette tirade face caméra. Ses propres militants commencent alors à avoir des doutes, leur chef de file, plébiscité tel un Leader Maximo, montre une faille qu'il n'est pas possible de colmater comme à l’accoutumée : Jean-Luc Mélenchon n'hésite pas à faire du populisme.
Si le début de tempête médiatique s'est vite calmé, les journalistes traitant vite d'affaires bien plus importantes, le député n'a lui pas décoléré des moqueries.

Aller toujours plus loin, quitte à se brûler les ailes

Encore à vif suite à sa défaite à la Présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon a besoin de garder ses militants chauffés à blanc afin d'être la principale force d'opposition de France. Mais l'ancien socialiste s'est fait prendre à son propre jeu. En voulant frapper toujours plus fort du poing, inquiété par des affaires judiciaires se rapprochant toujours plus et sentant son capital sympathie commencer à fondre, Jean-Luc Mélenchon a eu besoin de repousser les limites. Ainsi, lorsque dans le cadre d'une double enquête, sur de potentiels emplois fictifs et des comptes de campagne trafiqués, la police fait irruption, à l'aube, à son domicile, il n'hésite pas à dégainer son téléphone portable pour filmer en direct l'opération.

Mais, si ses plus fidèles partisans partagent son indignation, la grande majorité est choqué par la manière dont l'élu s'adresse aux représentants de la loi, n'hésitant pas à s'arroger incarnation même de la République. Quelques heures plus tard, même chose dans les locaux de son mouvement où Jean-Luc Mélenchon va même plus loin en poussant le procureur de la République. Un acte qui aurait envoyé en garde à vue toute personne autre que l'Insoumis, mais qui reste sans conséquences judiciaires. Du moins pour le moment. En revanche, l'image qu'il donne alors de ses méthodes à la France entière est calamiteuse et engendre une fronde qu'il n'avait pas anticipé. Dès le lendemain, plusieurs dizaines d'Insoumis – mais aucun élu – condamnent les propos et les gestes de leur leader et lance le mouvement des Insoumis Démocrates derrière la presque-frondeuse Clémentine Langlois. Dans le même temps, nombre des personnes ayant voté pour lui en 2017 se disent horrifiées par les manières de Jean-Luc Mélenchon et de ses proches, habituellement réservées à l'extrême-droite.

Les journalistes, ces "abrutis" qui gênent

Après deux années entières à utiliser la rage qui bouillonne en lui comme outil fédérateur, Jean-Luc Mélenchon ne se contrôle plus. Jusqu'alors ses dérapages avaient attiré la sympathie envers ce David se démenant devant le Goliath installé à l'Élysée, tandis que ses prises de bec avec ses camarades, le Picard François Ruffin en tête, avaient été savamment évacuées. Mais cette force à retourner des situations embarrassantes à son avantage ne semble plus assez importante. En s'attaquant à la Justice et en se proclamant être l'incarnation de la République, Jean-Luc Mélenchon est allé trop loin car personne n'a su lui faire entendre que le culte de la personne qu'il avait engagé (allant jusqu'à produire un film sur lui-même) allait le dépasser. Et ce fut le cas. Se sentant acculé, l'Insoumis a sorti sa meilleure arme, l'attaque. Mais ce coup-ci, il ne l'a pas utilisée contre les bonnes personnes puisqu'après avoir bousculé un procureur, l'élu s'est moqué avec mépris de l'accent d'une journaliste en utilisant une sémantique digne de Bruno Mégret avant de renommer ironiquement France Info en « France Infaux » suite à des révélations de la chaîne de radio sur les financements occultes de la France Insoumise. Une plainte a été portée contre Jean-Luc Mélenchon qui a écrit sur Facebook : « France infaux, radio d'État ment, truque, diffame à propos de mes comptes de campagne»  et surtout pour avoir traité les journalistes de la radio publique « d'abrutis »

Finalement, si on ne saura probablement qu'à la fin du quinquennat si Emmanuel Macron a l'envergure suffisante pour se prendre pour Jupiter, mais une chose est aujourd'hui certaine : le costume de divinité grecque enragée qu'à endossé Jean-Luc Mélenchon était bien trop lourd pour ses épaules et a fini par le couler aux yeux de la France.

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