L'enquête sociale continue pour une démocratie en état de marche

Un référendum ? Non. Les Gilets Jaunes n’en veulent pas. Un référendum ne servirait à rien dans le cadre institutionnel présent. Ce dont le pays a besoin ce sont d’enquêtes sociales régulières. De vraies enquêtes sur le  terrain, à l’opposé de ce que font les institutions qui en falsifiant le réel pour les besoins de l’Etat, empêchent d’appréhender l’état de détresse de la population.

La représentation politique n’est pas une représentation sociale. Dominique Rousseau rappelle que les députés ne représentent pas les citoyens mais la Nation. Il y a crise de la représentation parce que la représentation politique n’a cessé de s’éloigner de la représentation sociale et du revenu médian.

Un référendum ? Non. Les Gilets Jaunes n’en veulent pas. Un référendum ne servirait à rien dans le cadre institutionnel présent où les représentants politiques ne représentent plus les besoins des citoyens. Ce dont le pays a besoin c’est d’enquêtes sociales régulières. De vraies enquêtes sur le  terrain, à l’opposé de ce que font les institutions (notamment l’INSEE et Pôle Emploi) qui en falsifiant le réel pour les besoins de l’Etat, empêchent de mesurer avec précision l'état de détresse ou de bien-être de la population.

Dans une démocratie idéale où les députés représenteraient les citoyens, les députés devraient gagner un salaire rigoureusement identique à la moyenne nationale, c’est-à-dire 1700 euros. Au-delà, les élus s’enferment dans une bulle factice génératrice à l’infini de  taxes et de lois qui se superposent sans qu’un inventaire de ces taxes et de ces lois ne soit jamais fait. C’est ainsi que nos dernières factures d’électrité ou d’eau sont désormais constituées pour moitié de taxes.  

Cela nous renvoie aux débats du 19e siecle où les défenseurs des députés non rémunérés s’opposaient à ceux qui exigeaient des députés salariés

En novembre 1906, est votée l'augmentation de l'indemnité parlementaire qui passe de 9 000 à 15 000
francs. L'événement sans grandeur législative, déclenche pourtant, sous l'effet de campagnes de
presse, les passions : il peut être analysé comme un moment capital du processus de
professionnalisation politique, c'est-à-dire un de ces moments où le processus social long et diffus de
remplacement des notables par les entrepreneurs politiques est soudain révélé, et se prête donc
particulièrement à l'analyse. Faire de la profession politique une activité rémunérée à plein temps : la
revendication est dénoncée comme «corporatiste» par certains, jugée inavouable pour nombre de
députés qui tenteront de la légitimer tout à la fois comme condition de la démocratie et comme garantie
de la compétence de l'élu. 
https://www.persee.fr/docAsPDF/polix_0295-2319_1992_num_5_20_1546.pdf

L’équilibre qui permettrait une véritable empathie avec les électeurs se situe entre deux positions extrêmes. L'équilibre démocratique exigerait des salaires et des retraites équivalentes à la moyenne. Nous sommes bien loin de cette représentation égalitaire et empathique. A défaut de pouvoir l’instaurer, recueillons la parole du commun avec des enquêtes sociales régulières. Ces enquêtes sociales permettraient de recueillir la parole des citoyens sans fracas institutionnel. Ces enquêtes permettraient par la même occasion de rémunérer les étudiants, les doctorants et les retraités chargés de constituer une représentation réelle de la population et de ses perceptions.

La politique telle qu’elle est exercée aujour’hui, avec ses stratégies purement communicationnelles et des institutions supranationales encadrées par les groupes de pression, a expulsé les citoyens de l’arène décisionnelle. Même les préfets en sont exclus. Dans un article récent du Monde qui interroge les préfets sur l’action des Gilets Jaunes, ceux-ci se plaignent de ne jamais être consultés par un gouvernement qui ne s’intéresse ni à ce qu’ils ont à dire ni aux problèmes quotidiens de la population 

Dominique Rousseau propose une chambre citoyenne mais pour avoir des  institutions vivantes il ne faut pas multiplier les institutions qui fonctionnent toujours comme des satellites, loin des réalités de la population. Il faut  exiger que les institutions recueillent la parole des citoyens et fassent de véritables enquêtes sociales à large échelle qui relateraient ce qui se passe dans le pays.

Pas de sondages qui orientent la parole et les perceptions, pas de chiffres officiels faussés par Pôle Emploi ou l’INSEE pour embellir la réalité en radiant des chômeurs ou pour obtenir un indice des prix très réduit qui convient au gouvernement. Les enquêtes sociales permanentes seraient avant tout chargées de compiler un ressenti social.

Le pays basque espagnol l’a fait pour mieux comprendre la situation professionnelle de ses citoyens au début des années 2000. Des enquêteurs faisaient du porte à porte en demandant aux citoyens quels diplômes ils avaient et quel emploi ils occupaient. Les citoyens d’Irun avaient beaucoup apprécié ce dialogue entre élus et gouvernés.

Le dialogue devrait faire partie de  ces enquêtes sociales, proches des  études anthropologiques, pour permettre à la démocratie continue dont parle Dominique Rousseau d’exister. (Dominique Rousseau, Radicaliser la démocratie : proposition pour une refondation, 2015) https://www.franceculture.fr/oeuvre-radicaliser-la-democratie-proposition-pour-une-refondation-de-dominique-rousseau-0

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.