Mon signalement de Cogito'z Avignon à la mivilude

Il fut un temps ou je croyais que la France s'était dotée d'organes contre les dérives sectaires... il fut un temps également ou je croyais que Jeanne Siaud-Facchin était une psychologue compétente (puisque reconnue) dans le domaine de "la douance" (c'est le terme usité). Puis j'ai découvert amèrement la réalité...

Je partage ici mon second signalement à la miviludes du entre Cogito'z d'Avignon.

Courrier du 3 Novembre 2017

Madame, Monsieur,

Je me réfère à votre courrier du 01/09/2017, en réponse à mon signalement concernant le centre Cogito'z d'Avignon. Je vous remercie de cette réponse rapide, mais dois également vous exprimer ma grande déception concernant la nature de cette réponse.

En effet, il est premièrement au moins très maladroit de répondre à mon signalement, n'avoir reçu aucun signalement... Mais c'est anecdotique. Ce qui l'est moins, à mes yeux, est la légèreté avec laquelle vous avez répondu à celui-ci. Dans mon courrier, je vous informais ne pas avoir fait recours à une procédure judiciaire, car j'ai déjà suffisamment de difficultés à gérer ma vie actuelle d'adulte handicapé... C'est toujours le cas, et m'engager dans une telle procédure est complètement hors de mes forces comme de mes moyens. Le but de mon premier courrier était donc d'attirer une attention renforcée de votre part, afin de limiter le renouvellement de situations telles que je les ai vécues; tout en étant ainsi connu de vos services au cas où vous auriez besoin de témoins dans d'éventuelles procédures concernant cet établissement.

Sur votre site internet, vous indiquez : "Si la maladie est un point d’entrée facile pour les mouvements à caractère sectaire, toute dérive thérapeutique n’est pas forcément sectaire" en précisant ensuite quels éléments permettent de définir le franchissement de la limite, ce que je mettrai en lien avec mon récit. Bien que doutant l'émergence d'une quelconque procédure de la part de vos services, je me dois de tenter une fois encore d'attirer votre attention sur le lien entre vos critères d'évaluation et les faits problématiques que j'ai vécu. J'utiliserai en partie pour ce faire le texte de mon premier signalement, que je préciserai au besoin.

Je suis un homme de 35 ans, actuellement bénéficiaire de l'allocation pour adulte handicapé en raison d'un handicap psychique. Je suis suivi pour dépression et phobie sociale (troubles de l'adaptation) depuis environ 20 ans. J'ai connu une période de forte toxicomanie, désormais dépassée, pour ce qui est des consommations illégales. J'ai parallèlement la particularité de correspondre aux critères d'évaluation du "haut potentiel intellectuel" (HPI). Je vous donne ces éléments, car ils sont centraux dans la rencontre avec ces "professionnels en psychologie et neuro-psychologie" (termes qu'ils utilisent) que je dénonce comme appartenant à un groupe en dérive thérapeutique/sectaire.

J'ai fait un premier bilan psychologique en 2000 qui a révélé mon HPI. J'étais alors en échec scolaire et social total et je me suis ensuite enfoncé dans la toxicomanie, aggravant durablement ma dépression. Lors de ma dernière hospitalisation psychiatrique pour dépression sévère (fin 2015 et début 2016), ma psychiatre m'a accompagnée dans l'élaboration d'un projet stable, dans l'idée de trouver une issue à cette dépression devenue chronique. Mon état psychique nécessitait alors le recours à l'allocation adulte handicapé, car une activité professionnelle ne paraissait plus envisageable à court terme. L'objectif a alors été de trouver un cadre de soin qui prenne en compte ma maladie et ma spécificité (HPI).

Ayant été sans domicile fixe durant plusieurs mois avant mon hospitalisation, il était nécessaire de tout reconstruire autour du projet de soins. J'avais pris contact sur internet avec Mme Jeanne Siaud-Facchin, fondatrice de Cogito'z, présenté comme centre de neuro-psychologie et psychothérapie intégrative spécialisé pour les haut potentiels, afin de lui demander conseil. Ce qui m'a amené à envisager, avec le soutien de ma psychiatre, de m'adresser au centre Cogito'z d'Avignon pour des soins, à la fin de mon hospitalisation.

A ma sortie de la clinique, début 2016, j'ai été hébergé par mes parents (près de Lyon). J'ai alors pris contact avec Cogito'z comme convenu avec ma psychiatre. Lors de ce premier rendez-vous, mon interlocutrice (coordinatrice du centre) m'a indiqué que le bilan psychologique que j'avais passé en 2000 ne convenait pas et qu'il me fallait en repasser un (430 €) avec une psychologue du centre Cogito'z, ce qui a donc été planifié pour 2 mois plus tard. Le bilan passé, sa restitution ne m'a pas été faite par la psychologue qui l'a effectué, comme c'est le cas usuellement, mais par ma première interlocutrice (coordinatrice du centre), qui s'est contentée de lire le rapport du bilan. Ceci en raison d'un changement de rendez-vous dont le centre avait omis de m'informer, alors même que j'avais fait le trajet en train de Lyon à Avignon pour celui-ci. Légitimement, j'ai à nouveau exprimé mes attentes quant à un suivi psychologique. La dame a alors évoqué la méditation comme "seul moyen efficace" pour vraiment faire évoluer mon état psychique. Nous étions alors fin juin 2016 (en raison du délai entre deux rendez vous). Chaque rencontre étant facturée 75€, non remboursé, mes frais se montaient alors à 580€ avant même d'avoir eu un premier rendez-vous thérapeutique. Les "grandes vacances" arrivant, la dame m'a informé qu'un rendez-vous me serait proposé en septembre. Je rappelle que je sortais six mois plus tôt d'une hospitalisation pour dépression sévère et phobie sociale.

Il n'existait à l'époque que trois centres Cogito'z (Paris, Marseille et Avignon), mon choix s'est porté sur Avignon car c'était le moins inquiétant par rapport à ma peur des gens et des grandes villes. De plus, c'est ce centre que m'avait conseillé Mme Siaud-Facchin lors de nos échanges sur Internet, car elle ne connaissait pas de structures ou de professionnels équivalents près de Lyon. Pour aller mieux, j'étais près à quitter ma région natale, ce d'autant plus que j'avais lu les livres de Mme Siaud-Facchin, ce qui m'avait donné confiance en son travail.

Selon votre site internet,  "La dérive thérapeutique à caractère sectaire s’accompagne donc d’un mécanisme d’emprise mentale destiné à ôter toute capacité de discernement au malade et à l’amener à prendre des décisions qu’il n’aurait pas prises normalement. Sa dangerosité tient essentiellement au fait que sa mise en œuvre peut amener le patient à une double rupture : avec sa famille et ses proches, avec son milieu de soin habituel, avec ses traitements conventionnels."

Je rappelle donc qu'au cours de l'été 2016, je suis parti pour une ville et une région inconnue avec tout ce que cela implique en regard de la problématique pour laquelle je suis suivi, avec comme seul soutien celui de mes parents et de ma psychiatre (que j'avais demandé au centre Cogito'z de contacter), ainsi que les "encouragements" de la coordinatrice de Cogito'z Avignon qui m'avait dit que mon suivi serait mis en place en septembre. Accompagné par mes parents, j'ai donc cherché durant l'été un logement près d'Avignon, et ai pu emménager le 10 septembre dans un appartement à Entraigues sur la Sorgue. J'avais informé le centre Cogito'z lors de mon entretien au mois de juin de mon projet de déménagement afin de pouvoir être suivi à Avignon. N'ayant eu aucunes nouvelles personnalisées du centre Cogito'z à fin septembre (je ne recevais que les régulières newsletters tout venant par mail), j'ai écris fin septembre un mail à Cogito'z pour réitérer  mon souhait de fixer rapidement le rendez-vous convenu et pour les informer de l'évolution de ma situation (notamment en terme de logement).

La réponse fut encore une fois décevante... et pour le moins surprenante, avec l'évocation de la "méditation de pleine conscience" (mindfullness) comme préalable à tout suivi. Soit, en fait, le même discours que dans les newsletters de Cogito'z, c'est-à-dire, je cite: "comme préalable à toute amélioration de l'état psychique d'une personne HPI en difficulté"... Me renvoyant donc à une réunion payante (50 euros) de présentation de cette méthode par M. Alain Facchin, mari de Mme Siaud-Facchin. Les messages dans les locaux de Cogito'z Avignon, les newsletters, le dernier livre de Mme Siaud-Facchin, évoquant tous cette "nouvelle" méthode miraculeuse, ainsi que mon besoin d'aide thérapeutique ont eu raison de mes réticences envers la méditation et je décidais de m'inscrire pour cette présentation.

Présentée par M. Facchin comme récente, laïque, américaine, tout juste validée scientifiquement et médicalement, cette méthode était évoquée comme thérapeutique dans le cadre des tocs et de la dépression. Ayant donc été très fortement encouragé à cette pratique par Cogito'z, je me suis inscrit au protocole d'Alain Facchin, qui n'appartient pas lui même à Cogito'z et ne participait pas aux séances dont il avait fait la promotion lors de sa présentation. C'est pourtant bien à son nom qu'il me faudra régler les près de 600€ que coûteront cette "formation" (8 séances de 2h30, la réunion de présentation et une journée en silence) de méditation.

Ces séances étaient encadrées par une dame prénommée Nathalie, formée par M. Facchin. La méthode en elle-même n'est pas scandaleuse, ni laïque. Disons que pour une personne intéressée par la méditation, cette méthode en vaut très certainement une autre (vous trouverez facilement la méthodologie "pleine conscience" (mindfullness) sur internet si besoin). C'est sûrement le contexte qui était le plus perturbant. Le groupe était constitué d'une institutrice, de quelques (6-7) personnes plutôt âgées ou proches de la retraite, apparemment dépressives ou semblant un peu perdues, ainsi que de personnes ayant vécu un burn-out durant leur vie professionnelle, et/ou se reconvertissant en coach, hypnothérapeutes, énergéticienne (3 ou 4 personnes). Après en avoir discuté avec d'autres membres de ce groupe, je sais que ma mémoire au sujet des personnes présentes n'est que partielle... Seules les personnalités les plus marquées me sont restées en mémoire, lorsque je me suis mis à écrire, après environ un an. Cependant, même si ma mémoire n'est pas exacte, voir quelque peu caricaturale, au sujet des membres du groupe, l'image que j'en garde reste assez proche, dans les grandes lignes, de la réalité de sa composition. Je conserve cette description, malgré ses imperfections, car elles n'impactent pas le fond de mon propos, en donnant une idée du cadre somme toute assez réaliste. A ma grande surprise, la psychologue de Cogito'z, m'ayant fait passer le bilan, participait également à ces séances, comme personne "en formation".

Lors de la dernière séance, j'ai une nouvelle fois renouvelé l'expression de ma perplexité à avoir participé à ce "protocole". Les personnes travaillant au centre Cogito'z connaissaient mon mal-être depuis plusieurs mois et j'avais déjà exprimé la difficulté que représentaient pour moi ces séances (en particulier du fait de la pratique en groupe), ainsi que mon souhait et mon besoin d'un suivi thérapeutique psychologique. Il faut savoir que ce "protocole" est sensé être une formation "qualifiante" pour coachs (mais que faisais-je donc là?) qui pourraient par la suite exercer à leur tour à condition de "valider" ensuite deux "journées de méditation en silence". A noter qu'il m'a été proposé, ainsi qu'aux autres personnes psychiquement fragiles du groupe, de participer à la formation supplémentaire susmentionnée. Il va sans dire que je ne me suis alors désinscrit de cette journée en silence.

Autrement dit, au lieu de m'aider, on m'a fortement incité à suivre une formation afin de devenir coach en méditation de pleine conscience. Alors je vous le demande, comment peut-on qualifier cette pratique de méthode thérapeutique? Dois-je rappeler mon parcours une fois encore ou n'est-ce pas nécessaire pour réaliser l'inadéquation entre mes besoins de patient au bénéfice d'une allocation pour adulte handicapé et le "suivi" proposé par le centre Cogito'z?

Le plus difficile arrivera ensuite. Lors de ce qui se révélera être mon dernier rendez-vous chez Cogito'z Avignon, la coordinatrice d'établissement m'a dit que j'avais des capacités et que je trouverai ma voie si je m'accrochais (!). Je rappelle que je suis traité pour dépression sévère. Il m'a alors été précisé que si je semblais réfractaire à la méditation, il n'y avait plus vraiment d'autres possibilités d'accompagnement au centre. Sans me proposer d'autre rendez-vous, cette dame m'a dit que je pouvais revenir une ou deux fois par trimestre, si j'en ressentais le besoin... Mais qu'en même temps, je cite a nouveau: "on allait pas se mentir, qu'elle et moi savions bien que le travail psychologique, avec les hauts potentiels, ne marchait pas" (!). Elle m'a serré la main puis je suis parti sans un mot... Circonspect et incrédule, ne parvenant pas à comprendre ou à croire que je venais bien de vivre cette scène.

Je n'ai donc croisé (comme patient) une psychologue qu'une fois au centre Cogito'z: durant la passation du bilan. Je l'ai cependant ensuite côtoyée (la même psychologue donc) à mes côtés comme participante au "protocole" de M. Facchin, étant donc ma co-promotionaire, d'une formation "qualifiante" de coach en méditation.

En résumé, le centre Cogito'z se présente comme la référence nationale de l'accompagnement des personnes à "hauts potentiel"(HPI), mais n'a d'autres solutions de soins à proposer qu'un protocole pour devenir coach en méditation. Ceci en ayant connaissance de mes difficultés psychiques et sociales et après m'avoir encouragé à quitter famille et thérapeutes pour m'installer à proximité (cf. Mme Siaud-Facchin me disant qu'il n'y a pas de structure similaire ou équivalente à Lyon). Cela pour ensuite m'entendre dire de vive voix par la coordinatrice d'établissement que leur domaine d'activité est un leurre ("ça ne marche pas"), me laissant quitter le centre sans accompagnement sérieux à proposer, me laissant loin de ma famille, de mes anciens soignants, sans conseil ou suggestion, si ce n'est un "accrochez vous, ça va aller" lancé entre deux portes.

De plus, j'ai appris dans l'intervalle que Mme Siaud-Facchin a participé au Festival pour l'école de la vie à Montpellier en 2017 (voici le lien de la publication qu'elle a fait a ce sujet, pour l'exemple: https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10154906993370777&id=704830776 ) qui me semble être également connu pour des pratiques fort douteuses. Je trouve cela d'autant plus inquiétant, bien que je n'en sois absolument pas surpris. J'ai d'ailleurs les éléments qui démontrent que sa précédente volonté d'y participer, non réalisée, vous avait déjà été signalée.

Je ne compare pas cette dérive thérapeutique et/ou sectaire aux agissements d'organismes tels que la scientologie par exemple (présente également, pour information, au festival pour l'école de la vie, cité au dessus). Cependant, l'emprise psychologique qui leur a permis de m'extraire du peu de sociabilité qu'il me restait est indéniable. Il m'ont laissé m'enfoncer au fil des semaines alors même qu'ils savaient que je sortais d'hospitalisation pour dépression sévère. Ceci pour finalement me signifier cyniquement qu'il n'y avait pas de solution. Le tout m'ayant accessoirement coûté plus de 1200€, ce qui est loin d'être anecdotique pour une personne en situation de handicap. Ces faits sont graves et me semblent précisément entrer dans les critères de votre organisme... Malgré votre précédente réponse.

Je reste donc dans l'attente d'une seconde réponse de votre part, que j'espère moins succincte, et vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Clerjon Alban

 

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