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Billet de blog 9 août 2019

Alcool dans les stades: la nouvelle offensive du lobby.

Nouvelle offensive du lobby des alcooliers allié à celui des clubs de foot: ils veulent obtenir la vente d’alcool en permanence dans les stades au lieu de dix fois par an.

albert herszkowicz
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 Edit du 10 aout 2019: Agnès Buzyn,  ministre de la Santé proclame son opposition à la proposition des députés LREM sans les nommer. Espérons qu'elle gagne cette manche (voir ci-dessous d'autres exemples). Le lobby de l'alcool va de toute manière poursuivre sa bataille, dans la perspective de deux événements majeurs à ses yeux en termes de sponsoring: la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et les JO en 2024. Restons vigilants.

Permettre la vente d’alcool en permanence dans les stades, c'est ce que proposent 105 députés LREM, au détour d'une proposition de loi perversement intitulée "Faire de la France une nation sportive". Le lobby des alcooliers est particulièrement puissant à l'Elysée, au gouvernement et chez les députés LREM. Mais il est aussi trans-partis, comme l'a montré la remise en cause de la loi Evin déjà obtenue en 2015 par la conseillère actuelle de Macron Audrey Bourolleau  suite à une manoeuvre tordue du groupe PS de l'époque 

Didier Guillaume ancien dirigeant du PS et actuel ministre de l'Agriculture et du pinard en est un exemple typique. Il  insiste: "je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du Côtes-du-Rhône, du Crozes-Hermitage, du Bordeaux ou du Costières de Nîmes"

Or la ministre de la santé Agnès Buzyn, médecin cancérologue, avait exprimé exactement le contraire:  "L'industrie du vin laisse croire aujourd'hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c'est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence." 

Et la ministre d'ajouter: "On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu'il apporterait des bienfaits que n'apporteraient pas les autres alcools. C'est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre."  

En réalité dans la sortie de  Guillaume, il s'agit d'une nouvelle manifestation du lobbying en faveur de la filière du vin, dont le pouvoir est installé au coeur même de l'Etat.

Comme d'autres médecins de santé publique, j'y ai été confronté durant mes fonctions à la direction générale de la santé (DGS). A chaque fois qu'il a été question de politiques fortes et novatrices afin de contrer le discours des industriels et producteurs de ce domaine, le dossier "remontait " au cabinet du ministre et se retrouvait bloqué. Ce fut notamment le cas quand les publications scientifiques et institutionnelles (OMS) ont montré que le risque accru de cancer se produisait y compris avec des consommations modérées d'alcool.

Derrière Didier Guillaume il y a Emmanuel Macron qui donne le plus mauvais exemple en la matière. 

Sa conseillère agriculture Audrey Bourolleau est une  représentante connue du lobby du vin. 

Déléguée générale de l’organisme de lobbying bien connu "Vin et société"  elle avait obtenu l'affaiblissement de la loi Evin par le Parlement en 2015.
L’un de ses principaux faits d’arme a en effet été d’obtenir, lors de l’examen de la loi santé en 2015, le détricotage de la "loi Evin" qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991. Les parlementaires avaient alors fortement assoupli les conditions dans lesquelles il était possible de faire la promotion du vin, en dépit de l’opposition de la ministre de la santé Marisol Touraine. La mesure avait reçu la bénédiction de François Hollande et de son ministre de l’économie  d'alors... Emmanuel Macron.
L’actuelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, alors présidente de l’Institut national du cancer, s’était dite « très inquiète » de cette volonté de changer la législation. « C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies, avait-elle assuré dans un entretien à L’Humanité, estimant que « clairement, les industriels [avaient] gagné cette bataille sur le front parlementaire ».

Audrey Bourolleau avait par ailleurs piloté en 2015 une campagne de communication malfaisante . Sous le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », cette opération était censée donner aux Français les « repères de consommation » de vin, baptisés « 2.3.4.0 ». Soit deux verres maximum par jour pour une femme, trois verres pour un homme, quatre en une seule occasion et 0 un jour par semaine

L'officielle Haute autorité de santé( HAS) avait alors dénoncé une « campagne publicitaire qui détourne un outil médical de lutte contre les dangers de l’alcool ».

Soulignant que « la consommation d’alcool représente un problème de santé publique majeur », l’autorité avait jugé que « la campagne publicitaire orchestrée par Vin et société transforme des seuils de consommation à risque nécessitant une prise en charge médicale en “repères” pour une consommation “acceptable” d’alcool ».

La consommation excessive d'alcool est responsable de 49 000 morts par en France et également de très nombreux actes de violence, notamment contre les femmes. Il s'agit donc d'un mauvais coup porté dans un des domaines-clé de la santé publique en France. Macron qui déclare vouloir mettre au premier plan les actions de prévention est en totale contradiction avec cet engagement; il doit annuler cette nomination."

Non seulement Macron a maintenu Audrey Bourolleau mais il a multiplié les déclarations promouvant la consommation quotidienne et excessive  d'alcool. Il se promeut en modèle et se vante de boire du vin plusieurs fois par jour. De plus lors de la présentation de son plan santé le 18 septembre, il a mentionné le tabac comme facteur de risques mais a soigneusement omis l'alcool. Macron cherche à combattre l'image de président des villes, éloigné de la "France des territoires et des terroirs", particulièrement dans le contexte de la mobilisation des Gilets jaunes. 

Il a donc choisi de favoriser les chasseurs et les producteurs de boissons alcoolisées.

Ainsi le plan gouvernemental sur les  addictions récemment publié en catimini ignore le risque alcool et ne propose aucune mesure forte en la matière, au point que la presse a noté cette victoire du lobby correspondant . 

Pour nous il ne s'agit pas de promouvoir une illusoire abstinence mais de permettre une véritable politique de prévention et de réduction des risques, sans se plier aux diktats de l'industrie alcoolière.

Une fois de plus c'est la santé publique qui doit être au poste de commande et pas les lobbys.  

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