Johnny : le cri de l'âme dans un monde sans âme

Afin de comprendre l'ampleur de l'émotion provoquée par la mort de Johnny, il faut se plonger dans l'événement fondateur de sa popularité à l'aube des "yéyés"

Ce retour aux origines s'impose avec le concert de la place de la Nation en 1963 qui réunit des centaines de milliers de jeunes enthousiastes.

Dès cette époque s'entremêlent une forme de révolte internationale de la jeunesse et son immédiate récupération par ses prédateurs, ici en l'occurence Europe 1 et Salut les copains.

Afin de maîtriser et tirer profit des aspirations de la nouvelle génération, ceux qui ont compris le phénomène s'attacheront donc à maintenir l'ambiguïté et le "malentendu" permanents.

Celles-ci accompagneront ce chanteur  tout au long de sa carrière en jouant de ses origines populaires et de ses "malheurs", de ses chutes et de ses rédemptions.

On peut d'ailleurs espérer que la mémoire de Johnny Hallyday vienne au secours d'une politique plus raisonnable en matière d'usage de drogues En effet un hommage national et étatique à été organisé  de A à Z par la présidence de la République et en l'occurence par un Emmanuel Macron qui entend ainsi se donner une image proche du peuple. Or  on a magnifié et montré en exemple celui celui qui a, à de nombreuses reprises, mentionné et même revendiqué ses usages, notamment de cocaïne.  Ainsi dit-il dès 1989: " ... Mais la cocaïne, oui, j'en ai pris longtemps en tombant de mon lit le matin. Maintenant, c'est fini. J'en prends pour travailler, pour relancer la machine, pour tenir le coup. Je ne suis pas le seul d'ailleurs. La poudre et le hasch circulent à mort chez les musiciens. Il n'y pas à s'en vanter, je n'en suis pas fier, c'est ainsi, c'est tout. Mais il faut bien savoir que nos chansons, on ne les sort pas forcément d'une pochette-surprise. »
Johnny Hallyday in « Le Monde » 7 janvier 1998. 

 Bien sûr, comme son "copain" Sarkozy, les défenseurs acharnés de "la guerre aux drogues" et surtout aux usagers de drogue argueront de la spécificité des artistes...

Mais au fond cet hommage populaire et institutionnel souligne le caractère hypocrite, dépassé , dangereux, des politiques de prohibition actuelles.

Cette vie faite de la mise en scène d'une mise en danger permanente  aide à comprendre l'incroyable succès de celui qui n'est inscrit dans aucun territoire ni terroir français et qui change même de pays au gré de ses évasions fiscales. Il est pourtant perçu comme "un des nôtres" par des millions de fans d'origine très populaire qui contribuent sans limites à la construction de sa légende et de sa fortune. L'amour de Johnny représente ainsi la forme sécularisée et spectaculaire de la formule du "cri de l'âme dans un monde sans âme" que Marx utilisa à propos de la religion. On notera d'ailleurs que les chanteurs deviennent à leur tour des demi-dieux, des " idoles des jeunes" dont on organise le culte.

A remarquerr pour un contrepoint de bêtise crasse, le très réactionnaire Philippe Bouvard qui écrit quelques  jours après le concert de la Nation dans Le Figaro du 24 juin 1963 : "Quelle différence entre le twist de Vincennes et le discours d'Hitler au Reichstag ?"

On se félicite d'un un bon point pour la famille de Johnny, qui  à refusé la présence de Marine Le Pen lors de la cérémonie de la Madeleine, ce qui met en rage le FN qui voudrait revendiquer sa proximité avec Johnny et surtout son public. Au même moment la comédienne Mimie Mathy assène une superbe claque anti-fasciste à Dupont-Aignan qui a tenté de la manipuler afin de dénoncer la GPA. On enregistrera ce score de 2 à 0 au crédit de Johnny, décidément éternel "idole des jeunes"

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