Notre Dame: la supercherie de l'aumône des mécènes.

Nous n'avons pas besoin de mécénat, qui est une forme d'aumône, mais de justice dans la répartition des richesses et de choix d'interêt public, élaborés et décidés démocratiquement.

 

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 La reconstruction de Notre Dame et la supercherie de l'aumône des mécènes.


La vague de dons de grandes entreprises et de leurs très riches patrons pose deux questions fondamentales: d'une part le régime des réductions d'impôts très avantageuses qui reviennent à faire payer ces "dons" par les contribuables.

Ainsi par exemple pour le géant Total, l'opération sera fort rentable . Avec son don prévu de 100 millions d'euros, le groupe peut prétendre à une réduction d'impôts de 60 millions d'euros, alors qu'il n'a payé que 30 millions d'euros d'impôts sur les sociétés en 2016. La loi lui permet même de reporter l'excédent sur les 5 années suivantes. En clair, si le montant de son impôt sur les sociétés est toujours de 30 millions d'euros par ans, Total pourrait ne payer aucun impôt sur les sociétés pendant deux ans.

Au delà de cet aspect particulièrement choquant, c'est le système du "mécénat d'entreprise" lui-même qui est a remettre en cause. Les profits souvent astronomiques des grandes entreprises s'appuient sur le travail de leurs salarié.e.s et sur les prix imposés aux consommateurs.

Le mécénat participe au marketing publicitaire des marques, selon leurs choix arbitraires, tout en étant ainsi financé par leurs salariés et consommateurs, ainsi que par les contribuables. Si les entreprises ainsi que les classes riches et dominantes ont les moyens de jouer les mécènes, c'est donc que leur contribution fiscale est beaucoup trop faible. Du coup l'Etat et les collectivités ne disposent pas des ressources nécessaires pour assumer des dépenses d'interêt général et doivent faire appel au mécénat. On nous explique que l'Etat manque de moyens, mais en réalité il se prive de ressources par une politique fiscale injuste. L'exemple de l'ISF ( impôt de solidarité sur la fortune) le prouve abondamment. Sa suppression injustifiée par Macron a d'ailleurs conduit à une chute très importante des dons qui servaient à réduire les paiements de cet impôt. Contrairement à ce que déclare Edouard Philippe, le problème n'est pas dans une prétendue "exaspération fiscale" mais dans une réelle exaspération face à l'injustice fiscale. Il faut donc d'autant plus rétablir l'ISF et baisser au contraire les taxes injustes qui frappent les dépenses contraintes des plus pauvres.

Nous n'avons pas besoin de mécénat, qui est une forme d'aumône, mais de justice dans la répartition des richesses et de choix d'interêt public, élaborés et décidés démocratiquement.

 

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