Drogues: Castaner organise une mise en scène policière

Castaner et le gouvernement orchestrent un spectacle dangereux à Marseille. Alors qu'il s'agissait surtout de remplacer le service de police OCTRIS décomposé par les scandales et la corruption, le ministre proclame un plan de "lutte contre les drogues" exclusivement répressif , en l'absence de la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Ce plan se résume à un volet policier et à la mise en place d'un " Office" nommé  OFAST qui ne résoudront aucun des problèmes posés par la consommation de produits psychoactifs et qui risquent au contraire d'aggraver la violence qui l'entoure.

Le gouvernement français se trouve ainsi à l'opposé des réflexions qui se font jour partout en matière de dépénalisation, légalisation, régulation notamment pour le cannabis.

A Marseille même un appel pour oser la légalisation a été publié dès 2017.  Les 150 premiers signataires Marseillais,  médecins addictologues, généralistes, urgentistes, psychiatres, infirmiers, éducateurs spécialisés, policiers, magistrats, avocats, élus sont des experts reconnus et des intervenants de terrain. C'est la démarche inverse que choisit le gouvernement, au lendemain des déclarations d'Emmanuel Macron annonçant un tournant autoritaire notamment contre les demandeurs d'asile . La coïncidence n'est certainement pas le fruit du hasard. 

 Du point de vue de la Santé publique il faut légaliser le cannabis et exercer un contrôle public sur sa commercialisation. Mon expérience personnelle de médecin spécialiste de la prévention des addictions, y compris comme conseiller au sein de du Ministère de la santé, m'a convaincu de l'absurdité criminelle de la prohibition.

Je mets d'ailleurs au défi n'importe quel ministre ou député  qui soutient la situation actuelle interdisant et criminalisant la consommation de cannabis de venir expliquer sa position devant un public de jeunes et notamment de justifier la différence de statut avec l'alcool. Le statu-quo que réaffirme le gouvernement est d'autant plus choquant que la consommation d'alcool est quant à elle banalisée voire valorisée par Emmanuel Macron et son ministre de l'Agriculture et lobbyiste des viticulteurs Didier Guillaume ( voir ici) .  

 

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L'alcool provoque 45 000 morts par an, la tabac 66000 par an , sans compter les autres effets, notamment pour l'alcool, les violences de tous ordres. Quid du cannabis?  

La distinction entre les produits addictifs légaux et illégaux, tels que le cannabis, ne répond pas à des raisons médicales ou de santé publique mais à des postures répressives et prétendument protectrices de la jeunesse. Le rapport du Conseil d'analyse économique a le mérite de souligner l'échec total du cadre actuel. 

La prohibition a en effet comme conséquence de pousser les consommateurs de cannabis vers un recours à des fournisseurs issus de l'économie criminelle et d'utiliser des produits dont personne en connaît la composition réelle.

De plus la situation actuelle empêche tout discours audible sur les dangers qui peuvent exister lors de consommation excessive de cannabis ainsi que sur l'utilisation de la voie fumée tel que le joint. 

 

cannabis

 

La prohibition constitue une impasse complète. La demande et la consommation sont très élevées, dans un cadre de clandestinité et de trafic. Les règlements de compte font des dizaines de morts et déciment des quartiers. L'absurdité et la perversité de la "guerre contre le cannabis" sont  illustrées par les méthodes de la haute hiérarchie policière. Pour attraper les trafiquants on développe et encourage les trafics, sans prévenir la justice.

Tout un appareil, délinquant d'une part et policier d'autre part, est construit autour de la prohibition du cannabis et la criminalisation de son usage. On notera une fois de plus que la France qui a les lois les plus sévères en la matière, a aussi la consommation la plus élevée en Europe etcompte le plus de fumeurs de joints : 5 millions de consommateurs réguliers ou occasionnels. 17 % de lycéens consommateurs réguliers ou occasionnels.

Or une autre voie existe : la situation aux USA montre que la légalisation dans certains Etats y fait chuter la criminalité. En même temps la possibilité d'utiliser légalement du cannabis y diminue fortement le recours aux opiacés et donc la dépendance et la mortalité qui en découlent  Qu'attend-on pour sortir de la législation archaïque et répressive actuelle? 

Il est temps de dépénaliser et de légaliser l'usage du cannabis en l'accompagnant de mesures de santé publique: régulation de l'usage, prévention et réduction des risques avec par exemple une vaste campagne à propos des joints et autres bangs qui représentent la pire méthode de consommation. 

Il est temps aussi d'ouvrir un grand débat sur les drogues et leur usage.  

 

 

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