RWANDA; Négationnisme du génocide des tutsis : Le scandale de trop de Natacha Polony

La grande figure des médias Français Natacha Polony, directrice de la rédaction de l'hebdomadaire Mariane, va être poursuivie par le tribunal correctionnel de Paris pour «contestation de l ‘existence de crime contre l ‘humanité »

 

 

 Par Abderrazak Lejri * 

Tunis le 20  décembre 2020

La grande figure des médias Français Natacha Polony,  directrice de la rédaction de l'hebdomadaire Mariane, va être poursuivie par le tribunal correctionnel de Paris pour  «contestation de l ‘existence de crime contre l ‘humanité » pour ses affirmations tendancieuses pour diluer en les minorant les responsabilités entre dirigeants Hutus et  Tutsis dans le cadre d’évènements fratricides en exonérant la France de son  soutien au régime honni d’Habyarimana.

Les Français justifiaient ce soutien par l’existence d’accords militaires avant, pendant et après le génocide de 1994 au  cours duquel près d’un million de tutsis  et de hutus modérés furent massacrés à la machette en 3 mois en oubliant qu’ils ont armé les milices extrémistes du Hutu Power.

La responsabilité  de l’ONU, de toute la communauté internationale et en premier  lieu les dirigeants Français  est engagée et contrairement aux justifications tardives de l’opération Turquoise qui sous couvert d’arrêter le massacre était motivée par la protection des génocidaires dans leur exode vers Goma en RDC.

 

Pour avoir connu et séjourné épisodiquement depuis plus de 30 ans dans ce pays meurtri, j’apporte mon humble témoignage qui démontre la responsabilité du colonisateur Belge relayé par la France dans le plus grand génocide perpétré dans une indifférence criminelle de la communauté internationale.

 

Je connais ce beau pays LE RWANDA depuis 1989 où ma société a entamé son activité après avoir décroché un contrat d’automatisation de la CSR (Caisse Sociale du Rwanda) et jusqu’à nos jours j’y séjourne épisodiquement selon les missions.

Une des preuves de la ségrégation du régime d’alors est une politique discriminatoire envers la minorité Tutsi pour ce qui est des nominations aux postes administratifs, de l’école ou de responsabilité à telle enseigne que l’ethnie (hutu, Tutsi  ou Twa) en tant qu’attribut de l’identité d’un assuré social (y compris sur son badge) devait être mémorisée affichée et éditée.

La distinction ethnique a été introduite par le colonisateur Belge en 1922 auquel le traité  de Versailles a accordé un mandat. Après s’être appuyé sur la classe dominante traditionnelle de la communauté Tutsi le pouvoir a été cédé aux hutus lors de l’indépendance en 1962.

En pratique, la distinction est plus socio-économique car contrairement à d’autres pays subsahariens d’Afrique qui comptent des dizaines d’ethnies, le Rwanda  représente une nation depuis le 15 Ième siècle, la population  parlant la même langue et pratiquant les mêmes coutumes.

Le climat délétère a commencé à s’envenimer dès 1990 (début de la guerre civile) quand les réfugiés tutsis qui vivaient en tant que diaspora dans les pays limitrophes (Burundi, Kenya, Ouganda, Tanzanie.)  depuis l’exode lors de l’indépendance suite à la remise du pouvoir par les Belges à la «majorité Hutu» par souci « démocratique ?! » ont commencé à avoir des velléités de retourner dans leur patrie.

Bien entendu le régime dictatorial de Juvenal Habyramana s’y opposa arguant l’exigüité des terres (le Rwanda avec 26 300 Km2 est un des plus petits pays en surface).et a entamé sa propagande haineuse à l’aide de Radio 1000 Collines qui quotidiennement appela au meurtre de ces « cafards » de Tutsis.

Il faut se souvenir qu’après la prise du pouvoir en Ouganda par Yoweri Katuga Museveni avec l’aide des Tutsis, le chef d’état major Fred Rwigema fondateur du FPR (Front Patriotique Rwandais)  -dans le cadre d’un retour d’ascenseur- entreprit  une attaque en 1990 (début de la guerre civile) qui a échoué où il perdit la vie.

Le jeune Paul Kagamé  qui y était le chef de la sécurité militaire prit le relais et a  entamé son incursion par le nord du Rwanda jusqu’à atteindre la capitale KIGALI  où il a établi son QG au sein du bâtiment de l’assemblée nationale dont les impacts des combats à l’artillerie lourde perdurent jusqu’ à ce jour.et le contingent Tunisien de l’ONU eut la charge de leur sécurité.

Sous l’égide de l’ONU, des accords d’Arusha de 1993 ont été signés pour négocier un partage du pouvoir entre le gouvernement de Habyarimana et le FPR.

Je me souviens quand j’habitais à l’hôtel UMUBANO (ex Méridien construit par la Lybie) où feu mon compatriote le Colonel Mufti, qui se trouve être un proche né dans un quartier de ma ville natale Gafsa, nous partagions une boisson autour de la piscine occupée par les gros bras de l’armée Française et où le général canadien Roméo Dallaire Commandant de la MINUAR tenait ses réunions.

Quand advint le 6 avril 1994 l’évènement exceptionnel  suite auquel l’avion du président Habyarimana fut abattu lors de l’approche de l aéroport de Kigali, entrainant la mort de celui-ci et du président du Burundi qui l’accompagnait..

Ce tragique évènement changea l’histoire car il fut le déclencheur des massacres (spontanés ou prémédités)  des tutsis et dont les médias diffusaient dans une indifférence inqualifiable les effroyables atrocités cent jours durant.

Longtemps et jusqu’ à ce jour, on ignore  l‘origine du missile qui a été tiré pour abattre l’avion présidentiel, la thèse officielle Française en en imputant la responsabilité directe ou indirecte au FPR et son président KAGAME.

Cette thèse –contestée- défendue par le juge Français Jean-Louis Bruguières va ensuite envenimer davantage les relations entre KAGAME et les gouvernements successifs de la France sous les régimes successifs  de tous bords (de droite  comme de gauche).

La brouille devint si importante que le Rwanda n’as pas depuis de relations diplomatiques avec la France et l’anglais devint avec le Kinyarwanda la première langue officielle du pays.

Nul ne peut nier que la France est fortement impliquée dans les massacres massifs car elle a outrepassé ses engagements du seul cadre d’assistance et d’encadrement militaire vers l’armement direct des milices extrémistes hutus et des officiers ont été observés sur les différents barrages où le contrôle  d’identité permettait des regroupements identiques à ce que pratiquaient les nazis avant le massacre systématique, sauf que cette fois-ci c’était à la machette.

Tout le monde a vu durant plusieurs jours les images insupportables  des cadavres massacrés charriés par les eaux des rivières  de Kigali et d’autres régions.

Qu’est ce qu’il vous faut Mme Polony pour vous convaincre que le génocide de1994 est une réalité criarde et concrète où la responsabilité de votre pays est engagée et non un sujet d’interprétation et d’élucubrations intellectuelles philosophiques où il est question de méchants et gentils, de bourreaux et victimes ou de salauds et moins salauds !

Les succès du RWANDA d’aujourd’hui :

Nul ne peut contester les énormes progrès en 20 ans de ce pays meurtri sous l’égide du patriote Paul Kagame..

Comparativement à d’autres pays Africains où l’opposition  après des années d’exil et de contestations a fait pire que les régimes corrompus et autocratiques décriés, une fois au pouvoir (les exemples sont légion : Mali, Burkina-Faso, Guinée et les deux Congo) qui pensent davantage aux mannes que leur procure le pouvoir qu’à leur peuple.

J’invite quiconque conteste ces progrès d’étudier comparativement le pays qui est le plus proche et équivalent  qu’est le Burundi.

Paul Kagame, malgré les dérives autoritaires dont on l’accuse, a réalisé un miracle concret que plusieurs autres pays dont les richesses naturelles sont dix fois plus  importantes doivent prendre comme modèle à l’instar des immenses progrès réalisés dans d’autres continents à Taiwan, Singapour ou la Corée du sud.

Comparativement à mon pays  la Tunisie qui s’est enfoncée depuis 10 ans dans une forte régression après une révolution dévoyée par l hydre islamiste,  le Rwanda a réussi des réformes majeures qui lui valent un taux de croissance à 2 chiffres par :

  • L’éradication de la corruption
  • Une politique de la femme d’avant-garde (les députés femmes sont majoritaires)
  • Une position notable de l’indice « Doing business »
  • Une numérisation généralisée qui a rendu l’administration une des plus efficientes d’Afrique
  • L’éradication drastique de la criminalité (une personne peut se balader à 3h du matin sans être inquiétée)
  • La suppression de l’économie informelle et de la fraude fiscale notamment grâce au TIN Number (Identifiant unique) qui permet de relier via un réseau télécom et un simple boitier tout opérateur économique quel que soit sa taille au système de la direction des impôts
  • L’élimination des privilèges des grands responsables et du parc véhicules de l’Etat quand la Tunisie recule devant la rationalisation de plus de 100 000 véhicules de l’état objet d’abus répétés et coûteux
  • L’appel à candidature systématique pour le choix d’un grand commis de l’Etat y compris parmi les étrangers
  • Une transparence exemplaire des procédures des marchés publics via le système UMUCYO
  • Une sécurité routière intransigeante comparativement au laxisme tunisien de port du casque, de l’alcotest, et la discipline en matière du code de la route
  • Une pratique endogène de réconciliation des protagonistes (bourreaux et victimes) grâce notamment à la justice traditionnelle (Les Gacaca) quand 10 ans après la révolution, aucune disposition concrète n’est rentrée en vigueur en Tunisie
  • Le bannissement du plastique qui rend les artères les plus propres d’Afrique dans le cadre d’une vision globale écologique avec une pratique de protection de  la faune et la flore parmi les plus avancées
  • Une diplomatie intelligente ouverte sur tous ensembles économiques (Comesa, etc..) le bannissement des visas à tout Africain et contre toute attente la présidence de la francophonie !
  • Une politique monétaire rigoureuse et souple qui fait du Franc Rwandais une devise respectable
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* Responsable d'une entreprise exportatrice de logiciels en Afrique subsaharienne.

http://blogs.mediapart.fr/blog/abderrazak-lejri

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