Bibliothèques et médiathèques, invisibles des débats

Depuis juin 2020, les portes des médiathèques et bibliothèques, de nouveau ouvertes, remplissent leurs missions auprès de la population : information, alphabétisation, éducation et culture. Depuis, elles se sentent cependant oubliées des débats, qu'ils soient politiques ou culturels, ou qu'ils portent sur les conditions dans lesquelles les personnels y sont engagés.

Réflexion et réaménagement permanent des protocoles sanitaires depuis juin 2020 : calculs de jauges, mise en place de circulations, adaptations successives des horaires d'ouverture, click and collect, ouverture, click and collect, ouverture etc., respect des gestes barrières, gestion très lourde des quarantaines pour les documents, initiatives multipliées... Offre du plus grand nombre de services ouverts largement, tout est mis en place et réaménagé constamment afin de sécuriser les usages et usagers.

Réflexion et réaménagement permanents des horaires de travail, impossibilité de télé-travail en regard des tâches, présentiel accueillant et engagé, rassurant et souriant, sens du service public et conscience professionnelle doublée de celle d'écarter tout risque de contamination, port du masque durant des journées entières jusqu'à six jours par semaine, repas isolés, travail en open space, réunions, remaniements et adaptations successives, fatigue comme tout un chacun doublée d'une fatigue professionnelle due à la lourdeur de la tâche en temps de pandémie. Et comme dans chaque lieu recevant du public, risque de contamination permanent, malades et cas contacts.

Inquiétude partagée, soutien aux auteurs et artistes dès et autant que possible, engagement auprès de ceux-ci et auprès des techniciens du spectacle vivant comme auprès des diverses salles pour une reconnaissance des droits, une prise en compte des difficultés, des efforts et propositions de protocoles sanitaires, et pour la visibilité de la crise incroyable dans laquelle est plongée depuis un an la culture dans sa totalité. Les médiathèques et bibliothèques sont des lieux passeurs d'arts. Faut-il rappeler qu'elles sont ouvertes et à la fois privées, elles-aussi, de tout un pan de leur cœur de métier ? Celui de mettre en contact publics avec auteurs, artistes, intervenants divers, d'organiser pour tous les publics des lectures, des conférences, des spectacles, des concerts, des projections/débats, des expositions, des ateliers de création divers etc.

Serait-ce parce que la profession est majoritairement féminine ? Serait-ce parce qu'il s'agit de fonction publique ? Serait-ce parce qu'il s'agit de médiation culturelle et non pas du monde direct des auteurs, artistes, techniciens, salles diverses ? Comment un secteur tout entier actif sur le terrain en temps de pandémie peut-il être aussi invisible dans tous les débats ? Serait-ce juste une question d'habitude à ne pas ?

Cette pandémie révèlerait-elle que les médiathèques et bibliothèque ne sont pas des lieux de culture, d'éducation, d'information et d'alphabétisation ? De soutien à la population ? Un nouveau concept-19 de supermarchés de prêts et de retours peut-être ? Invisibles là encore puisque la reconnaissance en tant que caissiers n'y est pas non plus. Alors que sont-elles au juste ?

Alors que les écoles, collèges et lycées seront fermés, ainsi que les centres aérés, les médiathèques et bibliothèques resteront ouvertes et accueilleront les enfants, les adolescents et les adultes. Là encore, elles mettront tout en œuvre pour sécuriser après le moment d'hébétement lors de la dernière annonce à constater que personne ne s'interroge, en-dehors d'elles, sur le fait semblant énoncer que, comme pour le nuage de Tchernobyl, le Covid pourrait bien sans problème s'arrêter aux portes des bibliothèques et médiathèques durant toutes les vacances scolaires.

C'est étrange tout de même tout ce petit monde (car un grand nombre d'acteurs actifs en divers secteurs est partout sur le terrain) invisible à certains qui œuvre pourtant au quotidien en pleine lumière pour d'autres depuis juin 2020...

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