Jean Peyrelevade crache dans la soupe

Membre de l'élisphère, Jean Peyrelevade joue à l'esprit indépendant dans le Télématin d'aujourd'hui en demandant la suppression de l'ENA, en tirant sur les ambulances de Jean-Yves Haberer et d'Anne Lauvergeon, et en se présentant comme supporter du banquier ministre Macron.

Si rien n’est acquis dans cette élection présidentielle, la précipitation de certaines vieilles ganaches pour se positionner en précurseurs semble le signe d’un affolement des boussoles : la soupe de Bel-Ami Macron n’est ni préparée ni servie, mais on y court déjà pour être en première ligne. Comme en 2007 avec Bayrou.

 

Prenons par exemple Jean Peyrelevade. Ce brillant polytechnicien (un polytechnicien est toujours brillant, c’est une loi), fils d’un Normale Sup Lettres et d’une agrégée de lettres classiques qui plus est diplômée du conservatoire de piano, qui connaît bien de toute évidence les classes populaires, fait le choix de la carte du PS en s’approchant du numéro 2 de l’époque, Pierre MAUROY.

En 1981, il récolte le fruit de cet engagement altruiste en devenant le directeur adjoint du cabinet du Premier Ministre MAUROY. Concernant les enjeux de pouvoir des nationalisations, rien ne lui aura échappé à cette place privilégiée. Le tournant de la rigueur libérale pris, nous constatons qu’il en mesure toutes les conséquences, en particulier pour sa carrière : il s’en va bosser dans la Finance (son carnet d’adresses intéresse, forcément).

En 1988, ses amis de gauche le sollicitent : Michel Rocard le nomme Président de l’UAP contre l’avis de Mitterand (dit-on). En 1993, il perd sa place évidemment, mais comme peu de gens souhaitent prendre le « bâton merdeux », Edouard Balladur le nomme Président du Crédit Lyonnais : les ennuis d’un certain Bernard Tapie (nous n’avons aucune sympathie pour ce bonimenteur, ce capitaliste sans capitaux, etc.) vont commencer à peu près à ce moment-là.

Jean Peyrelevade va rester 10 ans à la tête de cette banque : pendant 5 ans, il usera de tout son savoir-faire pour maintenir l’indépendance de cette entreprise contre vents et marées et conserver ainsi son job. Quand il quittera le Lyonnais, il obtiendra une « retraite maison » qui lui assure un revenu annuel à faire pâlir d’envie bien des patrons en exercice.

En 2005, Monsieur Jean Peyrelevade publie un livre intitulé « le capitalisme fou » où il dénonce les plans de stock-options qui enrichissent les dirigeants d’entreprises, les indemnités somptueuses que s’octroient les mêmes dirigeants : « Il a fait partie de ce qu’il dénonce aujourd’hui », commente un grand patron (resté anonyme).

Dans l’affaire Executive Life, il fut inculpé de fausses déclarations et sous mandat d’arrêt international. Il aurait pu très tôt s’arranger avec les autorités américaines, mais pour lui, mentir pour être tranquille, pas question !  Pourtant, après le fiasco judiciaire de l’Etat français, quand il se retrouvera seul en ligne, il négociera son « plaider coupable » : une procédure rarissime, dite Alford Plea, qui consiste à négocier sa condamnation pour mettre fin aux poursuites sans admettre sa culpabilité. (Apprécions au passage toute la « rigueur intellectuelle et morale » de cette subtilité du Droit américain).

On le voit : Monsieur Jean Peyrelevade est un homme de principe, droit dans ses bottes. Mais son pragmatisme n’est plus à démontrer. Citons-le :

« Je m’adresse tranquillement à mes amis de gauche, aux électeurs de gauche : acceptez le principe de réalité. Lionel Jospin craint que le vote Bayrou n’empêche la gauche officielle d’être présente au second tour. Encore faudrait-il qu’elle mérite de l’être. (…) La seule question qui vaille est : lequel peut l’emporter face à Nicolas Sarkozy ? (…) Je pense que François Bayrou, au réformisme sérieux et cohérent, peut gagner dans la dernière ligne droite. Je vote donc François Bayrou. » (Libération 6 avril 2007, page 28)

A sa décharge, il n'était pas le seul pragmatique en ce début 2007 :

http://www.alexandreanizy.com/article-6409750.html

 

Hier, c'était Bayrou. Depuis plusieurs semaines, il se dit que Jean Peyrelevade est dans le cercle des conseillers de son candidat préféré d'aujourd'hui : Bel-Ami Macron.  La soupe doit être bonne. Cracher dedans n'est qu'une posture.

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