Vivement lundi!

Le débat télévisé de mercredi 3 mai entre Macron et Le Pen, une caricature révélatrice du délitement de la Vème République. Les vrais débats reprendront après la fin de l'élection présidentielle

      Mercredi soir, le débat opposant les deux candidats au deuxième tour de la présidentielle sur plusieurs chaînes de télévision devait être, comme le répètent tous les cinq ans les media, le point d'orgue et le reflet sublimé du débat qui agite le pays depuis six mois au moins. Et de nous rappeler les grands moments des anciens duels.  Oui, mais cela ne marche plus.

     Non seulement, les deux candidats n'ont pas débattu sur le même terrain, l'une se contentant d'une stratégie d'aggressivité permanente sans jamais dérouler la moindre vision d'ensemble, l'autre ne lui répondant que par les manifestations d'agacement condescendant de l'énarque favori des sondages et "connaissant ses dossiers" (par coeur puisqu'il n'avait pas besoin des fiches multicolores de l'autre). Est-ce que quelqu'un a pu être surpris une seule fois par la teneur des propos ? Tout avait été dit d'avance depuis des semaines et aucun des deux n'avait rien à rajouter pour gagner le coeur ou la raison de ceux, une grosse  majorité, qui n'avaient pas voté pour l'un de ces deux-là  le 22 avril. Tout au plus se contentaient-ils d'avancer bien masqués: Marine Le Pen enveloppant son discours xénophobe et hyper- autoritaire (qui a jailli pourtant quand on en est venu au thème de la sécurité) de multiples protestations de défense du peuple méprisé par ses élites (des mots parfois justes mais empruntés sans vergogne à d'autres ); Emmanuel Macron déroulant un programme fondamentalement libéral, européo-fanatique et tourné vers les gagnants de la mondialisation mais l'ornant de touches de compassion pour les élèves en difficulté , les handicapés, les travailleurs du bas (les "illettrés" qu'il faudra bien aider), prétendant sans convaincre qu'il allait faire du neuf avec ce qui a été fait depuis cinq ans et plus, et qu'il n'avait pratiquement pas conseillé à l'Elysée ni gouverné à Bercy . Sans parler des questions carrément évincées: l'environnement, la culture... Franchement, un débat entre ceux qui sont arrivés juste après eux dans le Quarté du 22 avril, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon, aurait été probablement plus intéressant sur le plan des idées, plus clair quant au choix des orientations, et plus relevé dans le choix des arguments....

    Alors, en éteignant le téléviseur, on ne pouvait que se dire qu'on n'avait envie de voir aucun de ces deux-là au pouvoir lundi prochain, mais que le jeu absurde des institutions de la Cinquième République en déliquescence avancée ( auquelles aucun des deux ne trouve à redire), allait nous obliger à accepter que l'un d'eux nous impose de force plutôt que de gré, à coups d'ordonnances, de coups de menton ou de coups de bâton, d'avaler des pilules dont nous ne voulons plus.

     Il y aura encore, dimanche soir, probablement des commentaires enamourés sur la jeunesse du nouveau Chef de l'Etat, sur les larmes de bonheur de Brigitte, sur le choix du restaurant où il ira fêter sa victoire inattendue , je ne suis pas sûr qu'on verra les foules danser à la Bastille en pull gris marqué EM, avec un peu de chance il pleuvra. Et enfin ce sera lundi, on pourra recommencer à débattre de choses sérieuses, la vraie campagne pourra reprendre, plus ouverte qu'elle n'a jamais été...     Vivement lundi!

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