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Billet de blog 19 décembre 2017

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Macron, un destin à la Giscard ?

Loin d'être le président "tout beau, tout nouveau" que vend à l'opinion une partie de la presse écrite ou télévisuelle, Emmanuel Macron ne s'inscrit-il pas tout simplement dans une certaine tradition de la représentation théatralisée du Président sous la Cinquième République ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

       La prestation télévisuelle d'Emmanuel Macron en tant que Président de la République sur Antenne 2 dimanche 17 décembre dernier, comme elle n'est que la deuxième du quinquennat, a fait couler autant d'encre que l'exercice en méritait: commentaires admiratifs des zélotes et des organes de presse décidés à  l'avance à ne lui trouver que des qualités (aisance du ton, nouveauté de la posture-au sens propre, parlant debout, ampleur de la vision...etc); et commentaires critiques des secteurs de l'opinion qui lui sont hostiles, qu'il s'agisse des leaders des partis d'opposition (critiques forcément contradictoires puisqu'il y a des oppositions...opposées sur le fond) ou des journalistes réticents devant la déférence pour le moins appuyée de Delahousse (voir Libération , ou, ici, dans Mediapart, l'article cruel et mérité de Huertas).

     Mais restons-en à la place que le Président veut se donner dans la lignée des dirigeants de la Cinquième. Tout comme le candidat Macron était en partie parvenu à se présenter comme l'homme nouveau de l'élection présidentielle , magicien capable d'hypnotiser ses électeurs au point de leur faire oublier qu'il était déjà dans les couloirs de l'Elysée depuis cinq ans en tant que principal inspirateur de la politique menée, puis en tant que principal ministre mettant en oeuvre cette même politique, voilà le président Macron mettant en scène sa vision, ses décisions , son style , laissant les Français faire d'eux-mêmes  une comparaison cruelle avec le rêgne précédent.

      Est-ce si nouveau? Tous les présidents de la Cinquième république se sont affirmés en rupture avec leur prédecesseur, même quand il n'y avait eu aucune forme d'alternance dans le résultat de l'élection: Pompidou en 69 admet la continuité avec la politique gaullienne, mais seulement par le changement, Giscard englobe le gaullisme dans une nouvelle synthèse pour mieux le liquider (et liquider l'héritier historique du gaullisme de Résistance qu'était Chaban), Mitterrand réincarne une nouvelle gauche en dépit de son passé , Chirac est un jeune loup face à un vieil homme malade, avant de devenir lui-même le roi-fainéant vieilli d'un Sarkozy hyper-président, à qui on opposera un président "normal". L'exercice macronien se range donc dans une tradition aussi ancienne que le régime: l'héritage est mal porté, il y a de bonnes raisons à cela, et la solution de continuité est le mode normal de la transmission depuis 60 ans. On a assez dit que sous la Quatrième, la politique ne changeait guère quand les gouvernements se  succédaient à vitesse accélérée, pour ne pas reconnaître que la Cinquième a inventé un autre mode de permanence, sous les espèces d'une scène de théâtre où les "coups" (de théâtre) ne sont que des ressorts, qui ne sont dramatiques que pour le bon public berné à chaque fois.

      Sur cette scène, Emmanuel Macron est un jeune premier de talent, mais qui joue un rôle du répertoire, bien connu des spectateurs qui ont plus de soixante ans: ce rôle était déjà tenu par un acteur aujourd'hui très âgé et un peu oublié (totalement des plus jeunes), rappelons-nous Valéry Giscard d'Estaing. Lui aussi  jeune président, formé par l'ENA, brillant étudiant, issu d'une bonne bourgeoisie provinciale, jeune ministre de l'économie de ses prédecesseurs, se voulant lettré, il aimait Maupassant, doté d'une belle prestance physique, avant tout " moderne"(appelez-moi VGE), dans ses goûts proche du peuple (l'accordéon et le foot) et jusque dans sa salle à manger, s'invitant chez les Français moyens  ou "au coin du feu" sur le petit écran. Cela ne peut pas ne pas vous rappeler quelque chose...

     Et puis, après Giscard, l'homme du progrès, il y a eu d'Estaing, l'homme du "passif", celui qui décidait souverainement de changer le rythme de la Marseillaise et faisait servir ses hôtes étrangers par des laquais vêtus à la française, qu'on pouvait croire capable de se faire offrir des diamants par un potentat africain...Après l'adret, il y eut l'ubac, après les roses, les épines et, à peine sept ans plus tard, un homme aigri laissant un fauteuil vide devant la foule de ses ex-sujets, pour certains forts réjouis . Bien sûr, hors de la scène, il y a la ville: Giscard n'eut pas de chance, inscrivant son parcours entre deux crises pétrolières, Macron en aura-t-il plus en prétendant "en même temps"assurer la croisssance et étrangler l'investissement, donner une chance aux pauvres et de l'argent aux riches, se soumettre à l'Europe et en prendre la direction ?

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