La religion "républicaine"

Au fond, en France, la "République" n'est qu'un culte comme les autres, si ce n'est qu'à la différence des autres, il a le droit d'"attaquer".

Alain Bauer, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers et ancien grand maître du grand Orient de France, le dit explicitement : il existe bien une "religion de la République", dont le corpus dogmatique est constitué par la philosophie des Lumières et dont l'"Eglise" - ou plus exactement la "contre-Eglise" - se confond avec la franc-maçonnerie. L'action de cette "contre-Eglise" émancipatrice se déploie sur deux axes, un axe défensif, se protéger contre les religions concurrentes en les confinant (c'est le cas de le dire!) à la sphère privée, la sphère publique, elle, étant le domaine réservée de la religion républicaine et un axe offensif visant, sinon à éliminer, du moins à affaiblir les concurrentes. Longtemps ce fut la lutte contre l'Eglise catholique. La dernière "offensive", aux dires même de Bauer, eut lieu en 1984, lors de la tentative d'instaurer un "grand service unifié et laïc de l'éducation", dont l'idée émanait directement du GOF. Echec du fait de la mobilisation catholique. Alors il ne resta plus que le harcèlement, la moquerie...le blasphème!

Blasphemein, en grec, signifie "insulte". Théoriquement l'insulte n'est pas un droit, mais un délit. Seulement voilà, ce délit ne s'applique qu'aux personnes physiques, réelles, pas aux personnages fictifs. Ainsi l'on peut, en toute impunité, injurier l'inspecteur Javert des Misérables ou encore l'ignoble Iznogoud de la bande dessinée. Et, bien entendu, pour les athées, Dieu n'est qu'un produit de l'imagination, bref, un non être. Par conséquent, pas de limite, taïaut, taïaut! Toutefois, railler l'Eglise catholique ne paye plus, comme le dit Bauer : "on ne tire pas sur une ambulance"; reste l'autre concurrente, celle-ci en plein essor, l'Islam. Désormais, c'est elle qu'il faut attaquer, confiner, diminuer, c'est elle la nouvelle figure de l'obscurantisme croyant.

Alors, que les caricatures se déchainent sous l'égide de la liberté d'expression!...Mais quid du fameux "vivre ensemble"? Railler n'est pas rallier, diffamer n'est pas rassembler, médire n'est pas dire. L'injure sème la zizanie et non la concorde, la guerre civile et non pas ce que les romains appelaient l'otium, la paix entre les citoyens.

Non, la religion de la République ne fédère pas : elle divise! Que donc la laïcité redevienne ce qu'elle n'aurait jamais dû cessé d'être, une simple neutralité de l'état à l'égard du fait religieux.

 

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