Bombardements d’hôpitaux en Syrie : la fin du droit de la guerre ?

L’hôpital civile Al-Quds, à Alep en Syrie, est le dernier en date à voler en éclats.

Le modeste établissement de santé - 34 lits – était niché aux niveaux inférieurs d’un appartement de 5 étages dans le quartier de Sukkari, à Alep. Sacs de sable aux fenêtres, entrées barricadées, l’immeuble fortifié était sous haute surveillance. Dans la nuit de mercredi, des témoins racontent avoir aperçu un avion de chasse volant à basse-altitude bombarder directement l’hôpital.

27 personnes, dont le pédiatre Mohammed Wassim Moaz, sont décédées suite à la frappe aérienne.

La localisation de l’établissement était connue à Alep. Et c’est justement ce qui inquiète les observateurs. « Au cours des dernières années, les attaques directes et ciblées sur des établissements de santé, qui sont clairement des installations civiles, ont augmenté considérablement », explique le Dr Michael Van Rooyen, médecin urgentiste et directeur de l’Harvard Humanitarian Initiative, au média NPR, « et la Syrie en est l’exemple le plus notoire. »

Les frappes aériennes qui touchent les établissements médicaux sont une violation claire de la Convention de Genève. Ces attaques ont rendu la dispense de soins extrêmement dangereuse en zone de conflit. « De plus en plus de cliniques sont forcées de s’établir sous terre » explique le médecin. « Le seul endroit où les médecins peuvent travailler, c'est aux sous-sols des hôpitaux, ce sont presque des bunkers, les conditions sont vraiment difficile. »

L’attaque d’al-Quds, hôpital bombardé à Alep dans la nuit de mercredi, est elle beaucoup plus significative. L’établissement possédait une salle d’urgence et un service de pédiatrie de huit lits.

Van Rooyen, dans son livre récemment publié, observe un changement dans la perception des humanitaires. Ces derniers étaient auparavant considérés comme impartiaux et bénéficiaient d'un certain niveau de protection au sein des zones de conflits. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, et le danger ne se limite à la destruction d'un hôpital. La menace qui pèse sur le personnel médical impacte les communautés locales.

Certaines zones de conflits sont inaccessibles, aggravant la situation d'une population civile déjà bien exposée aux affres de la guerre. "Les populations n'ont plus accès à la vaccination, ils ne peuvent pas obtenir de traitements pour leurs enfants atteints de pneumonie ou diarrhée. C'est la privation des ressources médicales de base qui tue de manière disproportionnée les enfants et femmes enceintes " explique le directeur de l'Harvard Humanitarian Initiative.

Au cours de la seule année 2016, sept hôpitaux, cliniques ou structures médicales ont étés bombardées selon Sam Taylor, porte-parole de Médecins Sans Frontières à Amman, en Jordanie.

La Syrie n’est pas l’unique victime de l’inquiétant phénomène. Sur les six derniers mois, quatre installations tenues par Médecins Sans Frontières ont été touché par des frappes aériennes au Yemen.

Personne n'assume la responsabilité du drame d'Al-Quds pour l'instant, les deux seules entités possédant des avions dans la région sont le régime syrien et les forces russes.

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