Contre l’extrême droite xénophobe ivoirienne, le devoir d’indignation morale.

Pour sauvegarder la démocratie en Côte d’Ivoire, il faut dénoncer l’imposture démocratique incarnée par le FPI et son « front du refus ». Au fil de ses déclarations identitaires et xénophobes, ce « front du refus » s’est avéré être un front du refus de la démocratie et de la République, un front d’appel à la guerre aux étrangers. Il importe de s'indigner moralement contre ses appels à la haine

Pour sauvegarder la démocratie en Côte d’Ivoire, il faut dénoncer l’imposture démocratique incarnée par le FPI et son, bien nommée, « front du refus ». Au fil de ses contradictions et de ses dernières déclarations identitaires et xénophobes, ce « front du refus » s’est avéré être un front du refus de la démocratie et de la République, un front d’appel à la purification ethnique, à la guerre contre les étrangers et les ivoiriens supposés tels.

Il importe, par conséquent, de dévoiler collectivement et publiquement sa nature de parti d’extrême droite, sa parenté idéologique avec les blocs identitaires racistes et xénophobes des pays occidentaux, notamment les alliances du  Front Populaire Ivoirien (FPI) avec le Front National Français (FN). Ce travail nécessaire de déconstruction des impostures démocratiques, doit s’intégrer dans un travail plus vaste de redéfinition précise des identités partisanes en Côte d’Ivoire et en Afrique Noire. Il faut pour cela s’indigner moralement des déclarations potentiellement génocidaires des responsables du « front du refus » ivoirien. Il faut dénoncer leur imposture à partir de la position des fondamentaux éthiques et moraux de la République et de la démocratie.

Il faut faire saillir au grand jour cette évidence aveuglante : Le FPI identitaire et son « front du refus » ne rejetaient pas la nouvelle Constitution ivoirienne  parce qu’elle consacrerait, selon eux, une dérive monarchique du gouvernement, parce qu’elle violerait les procédures et la substance de la démocratie, parce qu’elle mettrait en danger l’égalité et la liberté en Côte d’Ivoire. Cette posture démocratique était une imposture politique, un mensonge délibéré élaboré en vue de tromper les ivoiriens et le monde entier.

Le FPI et son front du refus rejetaient le nouveau projet de Constitution parce qu’il arrachait, selon eux, « la terre des ivoiriens », parce qu’il concrétisait « la colonisation de la Côte d’Ivoire les étrangers », comme ils ont fini  par l’avouer, eux-mêmes. C’est à l’aune de cette imposture politique, de ce mensonge colossal qui a servi à intoxiquer la population ivoirienne pour l’amener à refuser le référendum, mensonge soutenu sur le terrain par des actions concrètes d’empêchement,  que doit être appréciée la valeur politique du taux d’abstention. Le discernement des abstentionnistes a été obéré par des mensonges, par une intoxication mentale savamment organisée par la coalition de l’extrême droite xénophobe ivoirienne rassemblée dans « un front du refus » en vue de voler le référendum au peuple ivoirien.

Les ONG et les diplomates africains occidentaux qui ont décerné, aux membres de cette opposition d’extrême droite xénophobe ivoirienne, un brevet de démocrates et de républicains convaincus, au point de faire de leurs dénonciations un jugement normatif, devraient revoir leur appréciation face à cette réalité crue. Jugez-en vous-mêmes: « Nous ne voulons pas de cette constitution qui arrache les terres des Ivoiriens. Nous disons jusqu’à preuve du contraire que la terre appartient aux communautés » clame Odette Lorougnon. "Cette constitution concrétise la colonisation d'une grande partie de notre pays par les gens qui viennent d'ailleurs", déclare Innocent Anaki Kobena, ministre de Laurent Gbagbo.  

Dénonciation d’une prétendue « colonisation de la Côte d’Ivoire par des gens venus du dehors », diatribes contre une prétendue désappropriation foncière des ivoiriens par des étrangers, imprécations contre une prétendue invasion de la Côte d’Ivoire par les étrangers, redéfinition communautaire de la nation, défense prétendue de la propriété terrienne des communautés, protection de la pureté du sang du chef de l’Etat et des dirigeants ivoiriens, défense de la souveraineté du peuple ethnique et non du peuple citoyen : telles étaient donc les motivations profondes du rejet du nouveau projet de Constitution par le FPI et son front du refus et in fine de sa demande d’une assemblée constituante.

A CEDEA, nous ne fûmes jamais dupés par le simulacre d’opposition démocratique qui camouflait cette imposture démocratique. Le cirque d’indignations démocratiques, théâtralement mis en scène par le FPI et le LIDER à travers manifestations et slogans, pour circonvenir les consciences et l’opinion publique, n’a jamais réussi à tromper notre vigilance critique. Notre boussole interne nous permit de garder imperturbablement le Nord.

Ces déclarations extrémistes publiques et assumées des responsables politiques du fameux « front du refus ivoirien », rangent les partis politiques de ce front dans le cercle confiné des partis de l’extrême droite identitaire antidémocratique et antirépublicaine. Elles les classe en dehors de la catégorie politique des partis de la droite et de la gauche républicaine et démocratique.

Que cette colossale imposture, grosse comme une montagne, ait pu échapper à la vigilance de certains analystes politiques ivoiriens, fait ressortir l’exigence souvent  insatisfaite sous nos latitudes africaines, d’une perspective de lecture axiologique des situations de crises démocratique. Oubliant d’interroger la substance des réquisits démocratiques, ces analystes se sont préoccupés exclusivement des procédures pour dénoncer le choix contraint du gouvernement ivoirien, obligé de contourner les stratégies de blocage par la convocation décisoire d’un collège d’experts constituants. Pour éviter de tomber dans les pièges partisans, il est vital d’analyser les cas et les situations de crise selon le double point de vue complémentaire des procédures et de la substance, de la lettre et de l’esprit de la démocratie et de la République. Au risque d’errer, la lecture procédurale des situations doit toujours être éclairée par la perspective des valeurs démocratiques et républicaines.

Pour faire avancer la démocratie en Afrique Noire en générale et notamment en Côte d’Ivoire où elle se heurte à l’obstacle de la présence historique d’une extrême droite identitaire dure, camouflée sous le bouclier du socialisme, une aptitude à l’indignation morale est requise de la part de l’intelligentsia. Il importe que l’intelligentsia africaine et surtout ivoirienne se réapproprie, en sa grande majorité, les fondamentaux éthiques et les valeurs morales sous-jacentes de la démocratie et de république qui permettent de dénoncer l’imposture extrémiste. (A suivre) 

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