Côte d'ivoire: une opposition dépassée et incohérente.

L’opposition ivoirienne constitue une vraie curiosité voire une incongruité. Et pour cause. Alors que la date de l’élection présidentielle approche inexorablement et que le RHDP est engagé sur le terrain auprès des électeurs, l’opposition en est encore à batailler contre la révision de la constitution et à donner

Ambroise Tiétié

Journaliste professionnel

Au Quotidien ivoirien Le Rassemblement.

Refus systématique de la révision constitutionnelle, récusation de la CEI, gratuité de la CNI, etc.

Une opposition dépassée et incohérente

L’opposition ivoirienne constitue une vraie curiosité voire une incongruité. Et pour cause. Alors que la date de l’élection présidentielle approche inexorablement et que le RHDP est engagé sur le terrain auprès des électeurs, l’opposition en est encore à batailler contre la révision de la constitution et à donner de la voix pour exiger la gratuité de la CNI. De même qu’elle continue à récuser la réforme de la CEI pourtant endossée par la CADHP qui en avait recommandé la modification. De quoi s’interroger : Bédié et ses partenaires savent-ils vraiment ce qu’ils veulent ? Rien n’est moins sûr.

Ambroise Tiétié

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‘’On a trop parlé. Agissons maintenant, pour la réconciliation vraie, agissons maintenant pour exiger le retour du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé. Agissons maintenant pour la réconciliation vraie qui exige la libération des prisonniers politiques, civils et militaires. Agissons maintenant pour le retour de tous les exilés à la mère patrie. Agissons maintenant pour la reconquête du pouvoir avec le président Laurent Gbagbo en octobre prochain. Agissons maintenant pour des conditions d’élections justes et transparentes. Agissons maintenant pour une Commission électorale consensuelle, pour un code électoral consensus, pour des cartes nationales d’identité (CNI) gratuites pour tous. Agissons maintenant pour dire non au tripatouillage de la constitution’’, a martelé Georges Armand Ouégnin, président de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS). C’était le samedi 14 mars 2020, au meeting de la Jeunesse du Front populaire ivoirien (JFPI).  Passée maitre dans l’art oratoire, l’opposition ivoirienne manie avec une rare dextérité le verbe de l’incantation, de l’invective et de l’anathème. C’est ainsi que le 06 mars 2020, au lendemain de la décision historique du président Alassane Ouattara de ne pas briguer un 3ème mandat, elle s’est fendue d’une déclaration pour se ‘’féliciter de cette décision’’ d’une part et, d’autre part, exprimer son opposition à la révision constitutionnelle. ‘’L’opposition politique ivoirienne réunie dans les plateformes CDRP, EDS, FPI/ AFD, LMP et les partis politiques URD et LIDER, se félicite de la décision du chef de l’Etat de ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle.

Cependant, en ce qui concerne la révision de la constitution du 8 novembre 2016, adoptée par voie référendaire et qualifiée par le président Alassane Ouattara, lui-même de texte moderne, harmonieux, ayant permis de retirer tous les articles confligènes de la constitution de 2000, l’opposition politiqueivoirienne, réitère son refus de la révision de la constitution du 8 novembre 2016 et demande au chef de l’Etat, de laisser l’opportunité au prochain président de la République, d’initier toute révision constitutionnelle qu’il jugera nécessaire.Par ailleurs, l’opposition politique ivoirienne rappelle, au président Alassane Ouattaraqu’il ne lui appartient pas de ‘’transférer’’ le pouvoir d’Etat à ce qu’il qualifie de jeune génération qui aurait appris auprès de lui, mais au seul peuple souverain de Côte d’Ivoire, de désigner son président au suffrage universel direct.Enfin, l’opposition ivoirienne significative demande à tous les démocrates de Côte d’Ivoire de rester mobilisés et d’être à l’écoute des mots d’ordre afin de faire échec par tous les moyens démocratiques constitutionnels, au ‘’tripatouillage’’ de la constitution du 8 novembre 2016, décidé par le président Alassane Ouattara’’, a  fait savoir Ouattara Gnonzié, président du RPP. Parallèlement ou concomitamment, le PDCI-RDA fait campagne contre la réforme de la CEI qui ne serait pas à son goût. ‘’Le groupe des partis politiques de l’opposition ivoirienne conduit par le PDCI-RDA et les autres partis épris de paix est déterminé à  mener à bien toutes les actions nécessaires afin d’obtenir une réforme  profonde de la Commission électorale indépendante (CEI)’’, a affirmé Bédié.

Le PDCI est déterminé à faire aboutir une réforme profonde de la CEI

Et cela, ajoutera-t-il, conformément à  l’arrêt rendu par la Cour africaine des droits de l’Homme et des  peuples (CDHP). Cependant, il a fait observer à l’endroit des cadres et  militants que ‘’la seule et unique réforme de cette institution ne  suffira pas pour garantir une victoire éclatante’’ en 2020. Le  président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, s’exprimait notamment devant des  délégués communaux et départementaux ainsi que les vice-présidents de la  formation politique, à la Maison du parti, le siège du PDCI-RDA, sis à  Cocody, dans l’Est d’Abidjan.‘’Concernant  l’élection (présidentielle) de 2020, je tiens à vous réaffirmer que  notre parti veut des élections libres et transparentes, gage de l’unité  et d’une paix durable pour notre pays », a souligné Bédié, tout en  rassurant la base de son parti pour les joutes électorales à venir. ‘’Aussi, avons-nous l’obligation de faire mentir tous ceux qui disent à  tort que cette élection est déjà bouclée’’, a-t-il poursuivi, avant de  noter qu’’’ il nous appartient dès aujourd’hui d’être vigilants sur le  terrain pour dénoncer et décourager toutes les tentatives de fraudes’’.Pour  remporter avec panache cette élection, il faut, dira-t-il ‘’un  encadrement de proximité’’ par l’opération de redimensionnement des  structures de base, à l’effet d’assurer le fonctionnement des  délégations, l’immatriculation et le recrutement du personnel politique. Il  a en outre rappelé que ‘’l’année  2019 est décisive’’ pour la marche  harmonieuse du parti dans la reconquête du pouvoir d’Etat en 2020, tout  en encourageant ses lieutenants dans la conduite de leurs activités, en  persévérant dans les efforts afin que les actions collectives soient  couronnées de succès. Sur la question de la gratuité de la CNI, les opposants sont vent debout, exigeant du gouvernement d’offrir, au frais de la princesse, les CNI aux Ivoiriens en âge de voter.

Lors d’un meeting, Yasmina Ouégnin et les autres s’en sont donné à-cœur-joie. ‘’Le RHDP s’arroge tous les droits au mépris de notre Constitution à travers la décision d’instaurer une Carte nationale d’identité payante’’, a déclaré la députée Yasmina Ouégnin, porte-parole des groupes parlementaires de l’opposition, le PDCI, Vox Populi et Rassemblement. Elle a soutenu qu'’’il y a là une réelle possibilité d’empêcher une partie substantielle de l’électorat ivoirien de participer aux différents scrutins à venir’’, notamment à l’élection présidentielle d’octobre 2020 devant consacrer le renouvellement des dirigeants du pays. Dans ces conditions, dira-t-elle, ‘’ceux et celles qui seront élus demain ne pourront prétendre à une véritable légitimité, car ils auront été choisis seulement par une part infirme des votants’’, toute chose qui entraîne une ‘’déconnexion entre un peuple et ses dirigeants’’. Pour les parlementaires de l’opposition ivoirienne, il est venu le temps de la mobilisation car il faut impérativement faire entendre raison au pouvoir qui clame que ‘’l’élection présidentielle de 2020 est déjà calée, bouclée et gérée’’. ‘’Il nous faut donc leur faire entendre raison, à toutes ces personnes qui refusent de respecter les lois régissant notre institution, alors même qu'il ne saurait y avoir de réelle liberté sans loi juste et sans action pertinente pour le bien-être des populations’’, a poursuivi Yasmina Ouégnin. ‘’Le peuple de Côte d'Ivoire va leur démontrer que lorsqu'il est question de sa sécurité,  de sa paix, de sa dignité, de sa liberté, de sa stabilité et de sa prospérité, il est capable lui aussi de se lever et de passer en mode fixage, bouclage, calage et gérage’’, a-t-elle ironisé. Dans une motion lue par Yasmina Ouégnin, ces parlementaires estiment que ‘’le peuple est le détenteur ultime du pouvoir et qu'en dépit de tous les obstacles mis sur leur chemin par le régime RHDP, il a le devoir de s’inscrire sur les listes électorales et de participer aux échéances à venir’’. Voilà pour le ‘’folklore’’ politique de l’opposition. On voit donc qu’elle passe le clair de son temps en gesticulations, rodomontades, effets de manches et autres simagrées qui lui tiennent lieu de stratégie. Et là où sa démarche surprend et étonne, c’est sur la question de la révision constitutionnelle. De fait, depuis que le chef de l’Etat a émis le souhait de modifier la constitution sans donner plus de détails, les opposants y sont allés de toutes sortes d’hypothèses. Des plus loufoques aux plus alarmistes, tout y est passé. Tout. Certains ont longtemps fait courir le bruit que cette modification visait essentiellement à éliminer Bédié, Gbagbo et Soro de la course à l’élection présidentielle. D’autres ont laissé entendre qu’il ramènerait le scrutin présidentiel à un tour comme au Togo, ce qui justifiait, selon eux, le slogan selon lequel tout était ‘’calé, bouclé et géré’’. D’autres encore ont fait savoir qu’il ferait en sorte que la Présidentielle soit biaisée en faveur du RHDP.

Certains avaient fait courir le bruit que la modification visait à éliminer Bédié et Soro

Mais, ô surprise, le 05 mars 2020, face aux députés et sénateurs réunis en Congrès, à Yamoussoukro, le président Alassane Ouattara a, enfin, dévoilé les modifications qu’il voulait apporter à la constitution de la 3ème République. Il y en a un bon paquet, mais 3 sont véritablement importantes. La 1ère réforme concerne le statut du vice-président de la République. Celui-ci sera nommé et non élu sur un ticket en même temps que le président de la République. Il devra toutefois être un élu (député, sénateur) pour avoir de la légitimité. La 2ème réforme a trait au système législatif. Elle est relative à la continuité parlementaire. Plus exactement, s’il est impossible d’organiser les élections législatives dans les délais légaux prescrits par la Loi fondamentale, le Parlement demeure en fonction jusqu’à l’organisation des prochaines élections. La 3ème parle du système judiciaire. Elle consacre la Cour de cassation et le Conseil d’Etat comme institutions de la République au même titre que la Cour des comptes. Ainsi, la Cour de cassation, le Conseil d’Etat et la Cour des comptes deviennent les 3 institutions juridictionnelles du système judiciaire. Cette réforme qui a pour conséquence immédiate et directe la disparition de la Cour suprême répond au souci  de rationalisation institutionnelle en vue d’un meilleur fonctionnement des institutions judiciaires. Au final, on peut donc dire, parlant de l’opposition,qu’il y a beaucoup de mousse et presque pas de bière ! Tout ça, pour ça ! Elle aurait donc dû se satisfaire de ces modifications a minima qui sont visiblement en deçà de ses craintes, et passer à autre chose. Mais, non, elle continue de surfer sur le rejet de la révision constitutionnelle en exigeant, en sus, un referendum en lieu et place de la voie parlementaire. Or, la constitution contient elle-même les dispositions pour sa révision. ‘’Le président de la République peut soumettre la proposition de révision au Parlement. Une majorité des 2/3 est suffisante à cet effet’’, est-il stipulé. Dès lors, on peut se demander si l’opposition a bien lu la constitution avant de manifester. C’est inouï. Comment ne pas dénoncer une opposition ‘’aveugle’’, systématique et incohérente qui agit de manière compulsive plutôt que réfléchie ?

De toute évidence, Bédié et ses pairs semblent dépassés et du passé. Une opposition incapable d’innover et de prendre des initiatives hardies. Comme s’il suffisait de crier ‘’on veut pas’’, ‘’on veut pas’’ pour avoir gain de cause. Comment s’en étonner ? Puisque cette opposition est conduite par un homme qui s’est embourgeoisé, fume des cigares et boit du champagne millésimé. Naturellement, elle ne peut offrir que le spectacle auquel l’on assiste. Velléitaire et amorphe, elle fait plus de l’incantation que de l’action. Pendant ce temps, le parti au pouvoir qui aurait pu dormir sur ses lauriers, s’organise, met ses militants en mission et se donne les moyens de l’emporter au soir du 31 octobre prochain. Et après, la même opposition qui a oublié qu’au-delà de tout, une élection se gagne sur le terrain, là où sont les électeurs, viendra crier ‘’à la fraude’’ et ‘’à la parodie’’.En pure perte.

AMBROISE TIETIE

 

 

 

 

 

 

 

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