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éducateur avec des adolescents, je vis à Paris depuis près de 40 ans, avec dans la tête un paysage de campagne.

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Billet de blog 7 mai 2017

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Pas dans le cul aujourd'hui

Un poème de Jana Černá, traduit du Tchèque en français par Barbora Faure, publié avec une lettre de l'auteure à Egon Bondy, par les éditions de La Contre Allée, en 2014.

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Pas dans le cul aujourd'hui
j'ai mal
Et puis j'aimerais d'abord discuter un peu avec toi
car j'ai de l'estime pour ton intellect
On peut supposer
que ce soit suffisant
pour baiser en direction de la stratosphère
Jana Černá
21.12.1948

Illustration 1

Tout ce que j'ai fait dans ma vie et dont j'ai eu honte, je l'ai fait parce que c'était raisonnable.
«  Un spectateur indifférent pourrait dire que si nous ne nous étions pas rencontrés, bien des choses nous auraient sans doute été épargnées, mais moi, je ne souhaite pas que me soit épargnée une seule de nos merdes communes ou un seul de nos malheurs – ou malheurs apparents – et c'est sans doute pour ça qu'ils ne m'ont pas épargnés, Dieu en soit loué.
Tu penses que ton côté sentimental me déplaît – comme tu te trompes, mon chéri, comme tu te trompes. Il me plaît beaucoup et j'en ai besoin, mais il m'a aussi fallu un grand nombre d'années pour y ajouter foi. Je le désire aujourd'hui, non que je trouverais un plaisir particulier à la sentimentalité, mais parce qu'elle vient de toi, qu'elle fait tout simplement partie de toi, partie de nous.
Je n'ai jamais été trop encline à me comporter de manière raisonnable, sans doute simplement parce que je ne suis pas du tout raisonnable ou parce que tout ce qui est sain et raisonnable me répugne de manière presque physique. Tout ce que j'ai fait dans ma vie et dont j'ai eu honte, je l'ai fait parce que c'était raisonnable. Le raisonnable, ce sont les affiches antialcooliques, la gestion d'État, les préservatifs et la télévision, c'est la poésie stérile qui sert la bonne cause  ; pour l'amour du ciel, épargnez-moi le raisonnable, j'ai assez de vitalité pour en supporter plus que n'importe qui d'autre, mais le raisonnable me ferait mourir en moins d'une semaine de la mort la plus triste qui soit, le raisonnable détruit en moi tout ce qui fait sens, il m'ôte toutes mes forces, qu'elles soient érotiques, intellectuelles ou autres. Donc je veux bien croire que ce n'est pas parce que je suis raisonnable que je me dis que si nous restons ensemble, ce ne sera qu'après une décision vraiment libre. Et c'est justement parce que je n'ai pas une miette de cette vanité si respectée et honorée dans ce monde irrationnel – (comme il est d'ailleurs bizarre que ce monde irrationnel s'appuie sur sa propre rationalité) que je ne sais pas m'imposer de limites, ou plus exactement que je refuse de m'en imposer. Elles ne sont pas de mon monde. Si je sens ton baiser, je veux un autre baiser et je me dis qu'il doit en être ainsi.  »
Petit extrait d'une lettre de  Jana Černá à Egon Bondy, écrite au début des années 60.

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