Le coronavirus et la révolution écologique

Nous avons un problème d’incompatibilité de plus en plus flagrant entre notre modèle économique, qui sous-entend aussi nos comportements, nos manières de vivre individuelles et collectives, et les ressources naturelles qui sont à notre disposition. Le coût marginal écologique de notre modèle économique est insoutenable.

Les écoles fermées, une partie du secteur économique à l’arrêt, des mesures de confinement de plus en plus drastiques, des appels du corps médical nous demandant, nous suppliant : « restez chez vous ! ». Qui aurait pu imaginer il y a 3 mois que nous serions dans cette situation ?

La crise sanitaire due au Covid-19 est temporaire et nous espérons vaincre ce virus. Mais pour certains pays, très peuplés avec des systèmes de santé peu développés, les conséquences du Covid-19 pourraient être dramatiques.

A ce jour, nous sommes à environ 14 000 morts, près de 1 milliard de personnes confinées à travers la planète. Cependant, même si nous prenions les chiffres les plus alarmistes en termes de vies perdues en raison du Covid 19, nous serions qu’à un infime pourcentage par rapport aux dégâts causés par les bouleversements climatiques, le dérèglement des écosystèmes, la disparition du vivant.

En Chine par exemple, la diminution radicale de la pollution due à la baisse de la production industrielle provoquée par le Coronavirus aurait sauvé plus de vies que les morts causés par le Covid-19.

Alors qu’est ce qui explique qu’en tant que consommateur, citoyen ou simplement humain, nous sommes plus heurtés par le Coronavirus et ses conséquences que les bouleversements climatiques ?

Tout d’abord, si la mobilisation actuelle est si importante et les mesures prises par les gouvernants acceptées, c’est que nous sommes conscients que chacun de nous et de nos proches pourraient être touchés par le virus. A contrario la menace climatique est ressentie de façon plus diffuse, dans le temps et dans l’espace, ce qui ne mobilise pas assez les citoyens, amoindri leur capacité d’acceptation des décisions prises et n’incite pas les gouvernants à prendre des décisions fortes.
Ensuite, pour vaincre le Coronavirus, nous savons que les mesures prises sont limitées dans le temps avec un effet immédiat et qu’après, nous reviendrons dans notre routine. Alors que pour l’urgence écologique et climatique, les décisions seront fortes, inscrites dans le temps, sans grande possibilité de retour et les résultats se verront à moyen et long terme. Même si, sur ce dernier point, on pourrait être surpris de voir à quel point la nature peut reprendre rapidement « ses droits », lorsque que l’empreinte écologique de l’homme diminue.
Enfin, nous pensons que les mesures actuelles contre le Covid-19 sont subies par nécessité absolue, alors que celles prises pour l’urgence écologique et climatique sont un choix.

Cependant, au vu de l’urgence climatique, nous passerons rapidement de mesures choisies à des mesures subies car la crise du Covid 19 est une propédeutique de ce qui nous attend et de ce que nous devrions faire pour l’environnement et contrer les bouleversements climatiques. Plus nous attentons, plus la montagne à franchir sera haute.  

Que ce soit sur le Covid-19 ou l’urgence écologique et climatique, nous avons plusieurs trains de retard, ce qui économiquement est plus couteux et décrédibilise nos gouvernants qui prennent les décisions dans l’urgence et à postériori. On ne construit pas des digues efficaces pendant les périodes de crues. 

Pour le Coronavirus, nous pouvons dire que nous ne savions pas, pour l’urgence écologique et climatique, nous n’aurons pas cette excuse.

Nous avons un problème d’incompatibilité de plus en plus flagrant entre notre modèle économique, qui sous-entend aussi nos comportements, nos manières de vivre individuelles et collectives, et les ressources naturelles qui sont à notre disposition. Après la seconde guerre mondiale, le capitalisme s’est développé avec un coût marginal écologique de plus en plus important et insoutenable, et ce modèle ne pourra plus se développer à l’infini.

Dans ses différents rapports, le GIEC indique qu’en 2040, la température moyenne aura augmenté de 2°, ce qui aura des conséquences incalculables : pas assez de nourriture pour tout le monde, des écosystèmes détruits, un effondrement du vivant, des terres disparues sous les eaux, des réfugiés climatiques de plus en plus nombreux,…
Le GIEC indique par exemple que « l’élévation du niveau de la mer augmentera la fréquence des valeurs extrêmes », c’est-à-dire que « les évènements qui se produisaient précédemment une fois par siècle se produiront chaque année d’ici 2050 dans de nombreuses régions. »

Comme face au Coronavirus, l’urgence écologique et climatique touchera d’abord les plus fragiles.
Face au Coronavirus, quels sont les actifs qui prennent les plus grands risques ? Ceux qui y font face et ceux qui ne peuvent pas télétravailler. D’abord les personnels soignants, admirables de courage et de dévouement, puis toute une partie des ouvriers, salariés, actifs précaires, du BTP, des transports, des industries, les caissières de Carrefour, les éboueurs, les agents de nettoyage, les livreurs de chez Uber-eat et j’en oublie tellement.
Face à l’urgence écologique et climatique, il en est de même, ce sera les plus fragiles qui sont touchées et qui le seront de plus en plus.

Nous devons aller de suite vers un modèle économique avec un coût marginal écologique zéro.

Pour répondre à ce défi, il faut un retour des collectivités, d'un Etat et d’une Europe stratèges et d’un changement important voire radical de nos comportements individuels et collectifs.
Désormais, les questions économiques, sociales, écologiques et humaines sont liées et doivent être traitées d’une manière globale. Ces questions doivent être traitées non pas comme si « nous avions hérité de la terre de nos parents mais comme si nous l’avions empruntée à nos enfants ».
Nous devons rendre compatible notre modèle économique, nos comportements individuels et collectifs avec le climat, la nature sous toute ses formes et un partage équitable.
Le PIB ne doit plus être le seul indicateur de mesures de la richesse. Nous devons inventer de nouveaux indicateurs mesurant le progrès et l’épanouissement, en donnant un nouveau sens au mot progrès, qui doit placer les hommes et la nature, sous toutes ses formes, au centre de ces indicateurs.
Ces métamorphoses dans notre modèle économique et nos comportements individuels et collectifs ouvrent des perspectives immenses dans la créativité et l’innovation. De ces contraintes, nous pouvons en faire des opportunités extraordinaires. 

Ali MOHAMMAD

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