Boeing : le crash de trop ?

Quelles conséquences pour Boeing suite au crash du 737 max 8 d'Ethiopian Airlines ?

Le 10 mars dernier, un Boeing 737 max 8 de la compagnie nationale éthiopienne Ethiopian Airlines assurant le vol ET302 entre Addis Abeba et Nairobi au Kenya a disparu des écrans du contrôle aérien. L’avion a été retrouvé à une soixantaine de kilomètres de l’aéroport ; les 157 passagers et membres d’équipage sont décédés dans le crash.

L’avion était un Boeing 737 max 8 livré à la compagnie en 2018. En octobre dernier, un autre Boeing 737 max 8 de la compagnie indonésienne Lion Air s’était abîmé en mer tuant 189 personnes dans des conditions très étrangement similaires, l’avion de la low-cost indonésienne était lui aussi neuf de quelques mois. 

Ce nouveau crash pose la question de la fiabilité de ce modèle du constructeur américain. L’Histoire aéronautique a montré que les constructeurs se sont toujours remis d’un crash aérien de l’un de leurs appareils. Mais cet accident est-il celui de trop pour la firme de Seattle ? 

Boeing 737 max 8 © pjs2005 sur flickr Boeing 737 max 8 © pjs2005 sur flickr
 

Premier élément troublant, le système anti-décrochage (MCAS) n’a pas été mis à jour après le crash de l’appareil de Lion Air, la Federal Aviation Administration (FAA) américaine, équivalent de la Direction Générale de l’Aviation Civile française a confirmé le 20 mars dernier la publication d’une future mise à jour de ce système. Pourquoi la mise à jour a-t-elle mis tant de temps à être publiée ? A ce jour, Boeing n’a pas donné de réponse à cette question.

Second élément inquiétant, les alarmes indiquant aux pilotes une défaillance du système MCAS anti-décrochage était proposées en option aux compagnies au moment de l’achat de l’appareil. Élément qui révolte les familles des victimes et qui a de quoi inquiéter : les compagnies ont donc le choix du profit ou de la sécurité. Pour bien comprendre l’importance de cette alarme, celle-ci est aussi importante que le voyant indiquant une défaillance du système de freinage sur une voiture. Autrement dit, elle est indispensable en cas de défaillance. 

Le Washington Post a publié le 21 mars un témoignage d’un pilote de la compagnie éthiopienne qui affirme que Ethiopian Airlines a privilégié la marge bénéficiaire à la sécurité. Allégations fermement démenties par la compagnie qu’elle qualifie de « diffamations sans aucune preuves ». Options qui ont rapporté (s’il est avéré que les appareils d’Ethiopian Airlines sont dépourvus d’alarmes de défaillance de MCAS) quelques millions aux compagnies tout en coûtant la vie à 346 personnes (nombre de victimes des crashs de Lion Air et d’Ethiopian Airlines)

  

Les conséquences pour Boeing se sont fait sentir dès le jour du crash. L’action de la firme a chuté très fortement à la bourse américaine dès le lendemain du crash : la valeur de Boeing a perdu plus de 8% en deux jours et environ 15% du lendemain du crash jusqu’au 22 mars dernier. 

Les conséquences économiques se font également sentir sur le plan des commandes : la compagnie indonésienne Garuda Indonesia a indiqué le 22 mars l’annulation de sa commande de 49 737 max 8. L’entreprise avait en effet commandé en 2014 50 appareils pour un montant d’environ 5 milliards de dollars.

Boeing devra également faire face aux conséquences judiciaires du crash. En effet, les actions des victimes et des compagnies contre le constructeur devraient se multiplier dans les prochaines semaines. Procès à l’issus desquels, Boeing devrait perdre beaucoup en dommages et intérêts. Selon le Seattle Times, le Federal Bureau of Investigation (FBI) serait d'ores et déjà impliqué dans l’enquête criminelle visant la firme américaine même si ce dernier ne l’a pas officiellement confirmé.

Le Sénat américain va, lui aussi, lancer sa propre enquête parlementaire en commençant par l’audition de fonctionnaires impliqués sur la certification du 737 max, il est également possible que des responsables de Boeing soient entendus par la chambre. Certains accusent en effet l’entreprise d’avoir trompé la FAA et la FAA de s’être laissé tromper par Boeing quant à la certification des 737 max. Notons que la certification des autorités est indispensable pour qu’un appareil puisse être commercialisé.

 

Boeing devrait donc avoir du mal à sortir indemne de ce crash, les semaines à venir s'annoncent déterminantes pour la gamme 737 max et pour la firme. Crash qui, pourra peut-être bénéficier à Airbus, qui, fort de son alliance avec le Canadien Bombardier pour la production de courts et moyens courriers, va peut-être voir les compagnies se détourner du Boeing 737 au profit de sa gamme A320.

 

A.R. 

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