Start up: cachez cette faillite que l'on ne saurait voir

Certains patrons de start up se gavent de subventions publiques et de l'argent des investisseurs avec des produits mal pensés ou sans étude de marché au préalable : c'est l'envers de la Start Up nation. En France, 90% des startups créées font faillite, malgré un environnement économique favorable. La faute, le plus souvent, à leurs dirigeants.

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En mars 2018, Theranos, une start-up qui prétendait révolutionner les tests sanguins, tombe de son piédestal. Dans un acte d’accusation au vitriol, la Securities & Exchange Commission (SEC), le gendarme américain de la finance, décrit la « fraude élaborée » et les années de mensonges et de subterfuges qui ont permis à l’entreprise de « lever plus de 700 millions de dollars auprès d’investisseurs ».

Car depuis quinze ans, la CEO de Theranos Elizabeth Holmes ment au public et aux actionnaires en promettant l’ubérisation des tests sanguins grâce à la mise en place d’une technologie disruptive, peu chère et fiable. Au-delà de cette histoire trop belle pour être vraie (la jeune pousse avait pourtant été valorisée à 9 milliards de dollars), l’incident est symptomatique d’un écosystème parti en roue libre, dans lequel l’entrepreneur, véritable Néron des temps modernes, met le feu à son entreprise et évacue ses responsabilités derrière des grands discours marketing autour des « vertus de l’échec ».

 

L’envers de la Start-up Nation

Les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir été emportés par la vague start-up. Le milieu politique français, conquis par ce discours vantant l’entreprenariat, soutient massivement les créations d’entreprises. Non sans échecs.

Car selon une étude de l’INSEE parue en 2016, 90% des start-ups en France échouent. Ce taux d’échec record est d’autant plus marquant que les pouvoirs publics font tout pour soutenir la montée en puissance des start-ups. Entre déversement massif d’argent public et petits arrangements législatifs, la « Start-up Nation » fait tout pour favoriser l’entreprenariat agile.

Mais le plomb ne se transforme pas toujours en or. Nombreuses sont les jeunes pousses qui échouent. Les raisons sont nombreuses, mais dans la majorité des cas, 42% d’entre elles disparaissent parce qu’elles ne trouvent pas de marché. Dit autrement, en omettant le BA-BA d’une étude préalable et se fiant uniquement sur la certitude que leur produit rencontrera forcément des clients (ce que l’on appelle le « risque de projection affinitaire »), les dirigeants ont foncé droit dans le mur.

 

Hubris patronal

Pourtant, même quand le marché est mûr et que le produit est solide, une jeune pousse peut échouer lamentablement dès lors qu’elle est laissée aux mains de dirigeants immoraux, inexpérimentés ou toxiques.

En France, les exemples pullulent.

Le cas le plus emblématique est certainement celui de Heetch, un service de transport entre particuliers fondés par Teddy Pellerin et Mathieu Jacob. Les deux hommes ont été lourdement condamnés pour leur vision très élastique du droit du travail. Le tribunal les accusera par ailleurs d’avoir entretenu la « précarisation » et « l’angoisse » des chauffeurs de taxis. Résultat : Heetch est KO debout et ses patrons ont frôlé de peu l’interdiction de diriger une entreprise. Avant, il est vrai, d’opérer un rebond assez spectaculaire quelques mois plus tard, en s’appuyant cette fois sur un board expérimenté.

Autre cas d’échec retentissant ? Celui de Permigo, une start-up lyonnaise créée par Grégory Giovanonne et Serge Haroutiounian qui est partie en redressement après seulement un an d’existence. Au-delà d’un modèle économique bringuebalant, c’est la surabondance de frais qui finira de plomber l’entreprise : achats de coûteux locaux dans le 16ème, recrutement d’une soixantaine de moniteurs salariés… le tout en moins d’un an d’existence. Bref, les dirigeants ont vu trop gros, et trop vite. Les principales victimes ? Les clients qui ont déboursé près de 800 euros qu’ils ne reverront jamais.

Heureusement, certaines entreprises ont su arrêter les frais à temps. C’est le cas de WiJet, une startup qui a révolutionné le voyage d’affaires… mais qui a bien failli mourir de ses dissensions internes. Comme pour Heetch, la présence d’un board sérieux a permis à Wijet de rebondir. Quant à Corentin Denoeud, il s’est reconverti depuis peu dans la blockchain.

 

Passer du start-upper au chef d’entreprises

Mais alors, tout est-il à jeter dans le monde faussement idyllique de la start-up ? Pas exactement, nous expliquent les auteurs et sociologues Nicolas Menet et Benjamin Zimmer.

Dans leur livre « Start-up, arrêtons la mascarade » paru en février 2018, le duo distingue ainsi deux profils d’entrepreneurs : le start-upper et le chef d’entreprise. Le profil du premier est désormais bien connu : celui d’« un homme blanc, ingénieur, diplômé d’une grande école et câblé innovation ». Si ce dernier invente des modèles nouveaux, il est en revanche bien incapable de faire vivre une entreprise. C’est à ce moment-là que se pose la question : « Ou c’est l’exit et il [le startupper] part en laissant la place à un chef d’entreprise ou il devient lui-même un chef d’entreprise » explique ainsi Nicolas Menet pour la Tribune.

Mais le capitalisme ayant horreur du vide, et nombreux sont les patrons qui se sont inventés une nouvelle vie, sans jamais que cela remette en cause le mythe fondateur du Steve Jobs moderne. Des collectifs se créent pour défendre une « nouvelle vision » de l’entreprenariat, à l’image des « Rebondisseurs », ces patrons qui prétendent se remettre en selle après leur fiasco et dont Corentin Denoeud (encore lui !) est devenu l’illustration ambigüe. Le tout servi par un discours marketing rôdé, teinté d’américanisme bienveillant sur les vertus de l’échec.

Une drôle de façon de retourner les responsabilités…

 

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