Le discours anti-Linky peine à convaincre

De plus en plus, des maires, des journalistes, mais également des experts sortent du silence pour pointer du doigt les contrevérités de l'opposition au compteur Linky.

Depuis quelques années, la fronde anti-Linky met tout en œuvre pour empêcher l'installation du compteur communicant en France. Et force est de constater qu'elle a su acquérir une petite notoriété. Ceci grâce à une organisation en petits collectifs très actifs – sur la Toile notamment – ; des messages-clés très efficaces à transmettre au plus grand nombre et un passage de témoin entre activistes et politiques - la contestation ayant gagné le petit monde des mairies. Plusieurs d’entre elles, séduites par le discours alarmiste des détracteurs du compteur, ont d'ailleurs commencé à adopter des mesures pour freiner l'installation du boîtier.

Et certains n'hésitent pas à se jeter éperdument dans la bataille. « Si Enedis vient installer [Linky], nous verbaliserons, parce que nous l'avons interdit et nous porterons plainte. […] Derrière, il faut que les habitants refusent le compteur [et envoient] un recommandé […] On va faire en sorte de récolter un maximum de courriers », expliquait par exemple Arnaud Levitre, maire PCF d'Alizay (Eure), en décembre dernier. Alors que, dans le même temps, le groupe français Enedis (ex-ERDF) terminait l'installation du boîtier dans certaines villes de l'agglomération. Dont les habitants semblent plutôt satisfaits de l'arrivée du compteur vert pomme.

« Beaucoup de bruit pour pas grand-chose »

Une situation qui fait sourire d'autres responsables politiques communaux. A l'image de Richard Jacquet, le maire (PS) de Pont-de-l'Arche (Eure), qui pointe certains paradoxes dans la posture des anti-Linky. Le compteur émettrait des ondes électromagnétiques nocives et serait attentatoire à la vie privée des ménages ? « Ils [les opposants au boîtier, ndlr] ont presque tous Facebook, ils ont des cartes de fidélité et leurs téléphones sont localisés », raille-t-il. Ce dernier rajoute d’ailleurs que « leurs courriers ne pointent pas de problématique sanitaire, mais seulement la propriété des compteurs […] tous les arrêtés ont été attaqués et la majorité des communes a perdu ou retiré son arrêté. »

La raison est simple : « Les maires n'ont pas le pouvoir ni la compétence pour s'y opposer », estime François-Xavier Priollaud, maire (UDI) de Louviers (Eure). Les opposants à Linky ? « Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, notamment sur la question des ondes », selon lui. Une réalité que confirme le maire de Pont-de-l'Arche, Richard Jacquet : « je me suis plus attardé sur la question de la santé et de la sécurité. J'ai cherché à savoir s'il y avait vraiment une problématique et j'ai cherché des documents. » Les résultats de sa quête ? « Il n'y a rien de supérieur à la normale sur la question des ondes électromagnétiques », précise-t-il en se basant sur une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES).

« C’est très en deçà des normes. Pas plus que la Wifi ou des tas d'ustensiles qu'on a chez soi », affirme le maire de Pont-de-l'Arche. L'ANSES, ainsi que l'Agence nationale des fréquences (ANFR), ont en effet multiplié les rapports pour contrer la parole alarmiste des frondeurs. Récemment, cette dernière a même mis au point sa « Maison ANFR », une interface permettant de comparer le niveau d'exposition aux ondes de divers objets du quotidien. Résultat : Linky « rayonne » bien moins qu'un four micro-ondes ou que des plaques à induction, par exemple.

Transition énergétique

Les maires ne sont pas les seuls à avoir pris le contrepied des anti-Linky. La presse spécialisée et certains experts sortent du silence pour tenter d'apporter un peu de raison au débat. Comme le magazine Canard PC qui, en décembre dernier, a gentiment tourné en dérision les opposants farouches au compteur, en proposant « un patch anti-ondes gratuit à découper » à ses lecteurs. Sur Twitter, l'hebdomadaire a également cherché à dénoncer les intérêts que pouvaient avoir les opposants au boîtier d'Enedis. Les « études scientifiques » citées par Bioinitiative.org, par exemple ? Un « simulacre de méta-analyse […] édité par Cindy Sage, qui fait du business ‘‘anti-ondes’’ via son cabinet de consulting. »

Nicolas Goldberg, ingénieur spécialisé dans les nouvelles technologies notamment, a également donné de la voix. Cette fois-ci, pour dénoncer l'attitude du « numéro 1 » de la fronde anti-Linky, Stéphane Lhomme, conseiller municipal de Saint-Macaire (Gironde) et opposant historique à EDF. Qui a réussi à se faire éjecter de son propre réseau, « Sortir du nucléaire », pour sa « conduite humaine inacceptable » et, plus largement, pour ses engagements trop radicaux. M. Lhomme n'a d’ailleurs pas hésité à militer auprès des mairies pour les inciter à refuser le compteur – ce qu'elles n'ont donc pas le droit de faire.

Aujourd'hui, alors qu'Enedis continue bon an, mal an d'installer son compteur – qui a vocation, d'ici 2021, à remplacer 35 millions d'anciens boîtiers –, une « fronde anti-anti-Linky » se met doucement en place. Pour pointer du doigt les contradictions des opposants, mais également pour réaffirmer la nécessité d'un changement de paradigme énergétique, parfaitement représenté par l'arrivée de Linky dans les foyers français. Le compteur permet, pour rappel, de rationaliser sa consommation d'énergie et facilite le développement des énergies vertes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.