Árpád Schilling, le théâtre de la résistance

Après l’écrivain Andreï Kurkov l’an dernier pour l’édition Kiev, c’est le metteur en scène Árpád Schilling qui parrainera la prochaine édition du festival Un week-end à l’Est consacrée à Budapest.

Árpád Schilling © Fondation Kretakor Árpád Schilling © Fondation Kretakor

 

Árpád Schilling est un artiste majeur du théâtre contemporain, et un artiste directement engagé dans son temps, que ce soit pour porter le théâtre dans la vie de ses contemporains ou dans un sens directement politique – il fait partie de ces artistes que le régime autoritaire hongrois a désignés non comme opposants, mais comme ennemis. La fin du régime communiste en Hongrie et l’échec de la transition démocratique désormais patent interroge la force de ce qui cimente la société, ce qui l’unit contre les dangers qui la guettent, ce qui la détruit de l’intérieur. Ceux qui aiment l’opéra pour le grand spectacle qu’il offre et que les metteurs en scène les plus modernes aiment eux aussi à construire seront déçus par son travail ; ceux qui aiment un théâtre à échelle humaine, et un théâtre riche de sens et d’émotion, seront comblés. Dominique Adrian, ResMusica, à propos de Lohengrin de Richard Wagner, présenté à l’Opéra de Stuttgart.

 

Né en à Cegléd, en Hongrie, Árpád Schilling appartient à la génération qui a grandi avec la fin du communisme, entre espoir et désillusion. Il a vingt ans lorsqu’il débute sa carrière de metteur en scène. Parallèlement à ses études à l’Université de Théâtre et de Cinéma de Budapest, il fonde, en 1995, le Théâtre Krétakör. Quelques années plus tard, sur l’invitation de Gábor Zsámbéki, il dirige le célèbre théâtre József Katona, à Budapest. En 1999, les choses s’accélèrent : il met en scène Platonov de Tchekhov, avec les élèves du Théâtre National de Strasbourg, qui est présenté au Festival de l’Union Théâtrale Européenne et, la même année, il remporte le Prix hongrois de la Critique de théâtre dans la catégorie “jeune professionnel prometteur” pour sa mise en scène d’Ennemi Public d’István Tasnádi. En 2001, il dirige La Nuit de Walpurgis d’Erofeïev, à la Schaubühne, théâtre mythique de Berlin et, l’année suivante, est donné son Richard III de Shakespeare, au Piccolo Teatro de Milan. Après avoir rejeté de nombreuses offres à intégrer des théâtres institutionnels, il transforme avec Máté Gáspár le Théâtre Krétakör en compagnie de théâtre permanente, dont l’oeuvre la plus emblématique est l’adaptation de La Mouette de Tchekov, jouée pour la première fois en 2003.

2008 est une année déterminante dans le parcours atypique de Árpád Schilling. Cette année-là, en effet, il restructure son équipe de créateurs et passe d’un système de répertoire à un fonctionnement basé sur des projets. Il retire également le mot “théâtre” à sa compagnie pour ne conserver que “Krétakör”. Il initie alors une expérimentation artistique d’une grande envergure, dont les lignes de force sont la pédagogie, le développement social et l’accompagnement de talent. Depuis, il a été directeur artistique pour de nombreux programmes culturels et d’éducation, que ce soit en Hongrie ou à Paris, Prague et Munich, allant, avec ses projets, d’écoles en petites communes, de banlieues éloignées en petites communautés en difficulté.

Ayant de plus en plus de mal à travailler chez lui, en Hongrie, Árpád Schilling anime de nombreux workshops dans des écoles et des universities européennes. C’est aussi hors de son pays qu’il a trouvé ces dernières années à exprimer le plus librement sa vision du théâtre. Ainsi, son Noéplanète a été présenté au Théâtre National de Chaillot, son Rigoletto de Verdi au Bayerische Staatsoper de Munich, son Lohengrin de Wagner au Staatsoper Stuttgart, en Allemagne.

Si la Hongrie malmène l’un de ses plus grands artistes, la reconnaissance internationale ne s’est pas fait attendre : Árpád Schilling a remporté de nombreux prix, dont le Prix Stanislavski de Moscou en 2005, la Légion d'honneur du Ministère de la Culture en 2008 et le Prix du Théâtre européen dans la catégorie “Nouvelles réalités théâtrales” en 2009. Krétakör a reçu de son côté le Prix Princesse Magriet pour la Culture de l’ECF pour son oeuvre artistique et sociale en 2016.

 


Trois rendez-vous avec Árpád Schilling dans le cadre du festival :

 

As far as the eye can see (Dokle pogled seze). Dernière création dirigée par le metteur en scène, présentée pour la première fois en France, cette pièce construit, à partir de l’histoire des acteurs réunis sur scène, une histoire plus générale de l’Europe de l’Est. « L'intérêt théâtral de Schilling, écrit Bence Bíró, est concentré sur une seule chose en ce moment : l'acteur. Il n'utilise pas de décors, pas de costumes ni même d'éclairage. Sur la scène, il n'y a que les acteurs, et l’histoire qu'ils racontent ». Le jeudi 22 novembre, à la MPAA / Saint-Germain, 20h

— « Le théâtre de la résistance », une conférence à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Le vendredi 23 novembre, Salon Roger Blin, 18h

— « Les indésirables, derniers remparts contre la dictature ». Un débat à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, avec la philosophe et sociologue Ágnes Heller, le cinéaste Béla Tarr et le philosophe Jacques Rancière. Conduit par Sandrine Treiner, écrivaine et directrice de France Culture, et ponctué de lectures par les comédiens Dominique Reymond et Mathieu Amalric. Le lundi 26 novembre, Grande Salle, 20h

 

Tous les détails sur notre site Internet : www.weekendalest.com

 


Pour aller plus loin :

 

Arte Journal : A/arpad-schilling-le-mouton-noir-d-orban/ 

Journal Sud-Ouest : arpad-schilling-et-la-scene-politique-hongroise

AFP/ Le point : la-hongrie-d-orban-une-democratie-vide-selon-arpad-schilling

Le Monde : arpad-schilling-nous-avons-atteint-le-sommet-de-l-apathie

 

 

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