Aux prémisses de la guerre des sciences: «mémoire de l'eau» & «Saint-Barthélémy»

Le monde se passionne pour la guerre contre le Covid-19. Le 24 juin, Raoult a soulevé le tapis au Parlement, et c'était peu ragoûtant. Moi, je continue d'être fasciné par Benveniste, mort en 2004. Son histoire en dit long sur le milieu de la recherche médicale, dont l'on redécouvre un à un certains acteurs-clés au fil de l'eau. Passage obligé: la guerre contre l'homéopathie, à partir de 1985.

Nous sommes en mars 1985 et le Dr Jacques Benveniste, cadre flamboyant de l'Inserm et grand amateur de courses de voitures, ne roule pas encore en Twingo. Avec son allure de golden quinquagénaire, le célèbre médecin immunologiste, à la tête d'une unité de recherche spécialisée sur l'allergie, participe à une émission de TF1 intitulée « Droit de réponse », consacrée aux formes de médecines parallèles. Sur le plateau également : le non moins célèbre rhumatologue Marcel-Francis Kahn. Tous deux se connaissent depuis l'internat, et ont mené côte-à-côte des luttes contre le Conseil de l'Ordre des médecins plus tôt dans leur vie. Ce sont des confrères au sommet, des amis de 30 ans.

Jacques Benveniste évoque les incroyables travaux sur lesquels planche son équipe depuis plusieurs années, avec l'appui des Laboratoires homéopathiques de France (LHF) et de Boiron : « les effets d'inhibition de la dégranulation des basophiles », provoqués selon lui par de hautes dilutions d'Apis mellifica, un produit obtenu à partir d'abeilles écrasées. Contenant notamment de l'histamine et de la mellitine, ce dernier a une action allergique. Mais selon les fondements de la chimie, de la biologie et de la physique classiques, à de tels niveaux de dilution et donc en l'absence de la moindre molécule, il ne peut plus induire d'activité moléculaire. Or, M. Benveniste affirme le contraire.

Un quart de siècle plus tard, ce dernier évoque la réaction de son confrère en 1985 : « Alors que je me borne à présenter les résultats inexplicables des expériences sur les hautes dilutions, Marcel-Francis Kahn me prend à partie avec une virulence qui m'étonne de la part d'un ami de longue date, ancien collègue d'internat. Elle ne m’étonne plus, maintenant que je sais qu’il ne s’agit pas d’un débat scientifique mais d’une guerre de religion. Pendant la Saint-Barthélemy, les cousins s'étripaient bien au nom de leur ectoplasme respectif, alors... Quant à mon état d’esprit à cette période, il est assez bien résumé par des propos recueillis par Le Monde : "J’assume totalement ces résultats." »


«Certains produits homéopathiques ont des effets biologiques». Le Monde, 6 mars 1985. © Le Monde «Certains produits homéopathiques ont des effets biologiques». Le Monde, 6 mars 1985. © Le Monde


Quand un chercheur de Clamart passe chez « l'ennemi »

Jacques Benveniste, membre du conseil scientifique de l'Inserm en quête d'un Nobel, est issu d'un cursus des plus classiques en médecine : il est passé par la réanimation avant de bifurquer vers la science, via les États-Unis puis Paris. On lui doit déjà une grande découverte en allergie. Il se dit totalement étranger au monde de l'homéopathie, forme de médecine douce très décriée par nombre de ses confrères qui, au mieux, n'y voient qu'un effet placebo, au pire une pratique rétrograde. Or, le voilà qui débarque avec un protocole susceptible, en plus de chambouler les sciences dures, de donner enfin une base rationnelle à cet héritage prégnant du XVIIIe siècle fondé sur les dilutions.

Problème : il n'est pas seulement membre du conseil scientifique de l'Inserm, mais aussi du PS. Lorsqu'il a démarré ses travaux, sous l'impulsion d'un étudiant, Bernard Poitevin, il était conseiller extérieur non rémunéré du ministère de la Recherche sous Jean-Pierre Chevènement pour la biologie et les médicaments. Or, qui dit médicaments dit enjeux financiers. « Les contrats passés avec Boiron et LHF, comme tous ceux, très nombreux, que mon unité a conclus avec l’industrie pharmaceutique, ont tous été cosignés par l’administration de l'Inserm. (Mais) des médecins hostiles à l'homéopathie (...) enragent de me voir collaborer avec "l'ennemi" », commente-t-il dans son livre.

Ses contrats avec Boiron, qui rachètera quelques années plus tard les LHF et deviendra le numéro un du secteur, induisent une rémunération par l'entreprise de chercheurs et techniciens travaillant dans son laboratoire de Clamart. Mais la procédure est banale et ne concerne en rien l'homéopathie spécifiquement, branche somme toute extrêmement négligeable de l'industrie du médicament. Cette étiquette lui collera cependant au front jusqu'à la fin de sa vie. Il n'aura de cesse de tenter de s'en défaire, à l'instar d'un Didier Raoult avec Sanofi. En 1994 sur la BBC, il va jusqu'à affirmer qu'en entendant « homéopathie » la première fois, il a cru qu'il s'agissait d'une maladie sexuelle.

Publier dans la plus grande revue au monde, ou « périr »

Au printemps 1986, Jacques Benveniste cesse de faire la tournée des congrès et de la presse, et fait parvenir à Nature, la plus prestigieuse revue scientifique au monde, où il a déjà été publié quatre fois, un article cosigné par Bernard Poitevin, le fameux étudiant par ailleurs médecin homéopathe, ainsi que par les autres chercheurs de son unité. L'équipe de Clamart mélange une dose d'histamine à de l'eau, soumet ces solutions à de hautes dilutions, et les introduit dans des tubes contenant des globules blancs basophiles. Et d'y ajouter « des doses pondérales d'anti-IgE destinées à déclencher une dégranulation des basophiles ». Ils affirment que l'histamine à haute dilution inhibe la dégranulation des basophiles.

Voilà pour l'aspect technique. Pour le reste, c'est improbable ; cet effet ne devrait pas exister après dilution. Le rédacteur en chef de Nature, le physicien John Maddox, est donc naturellement sceptique, et sa réponse est pour ainsi dire négative. Sauf que Jacques Benveniste, qui n'est pas n'importe qui, insiste. S'engagent deux ans de questions-réponses âpres, tandis que l'équipe construit de nouveaux procédés. Les éditeurs de Nature envoient à Clamart les remarques de referees (les fameux relecteurs, procédure classique propre à la presse scientifique, dont les auteurs de l'article ne connaissent pas l'identité), et le Français ne se lasse toujours pas de répondre à Londres. Publish or perish, dit l'adage.

Son procédé évolue ainsi pendant ces deux années de perfectionnement. Ses expériences sont désormais axées sur l'activation de la réaction de dégranulation des globules blancs par de hautes dilutions d'anti-IgE, et non plus sur l'inhibition de la dégranulation par de hautes dilutions d'histamine : « Cela présente, dit-il, l'avantage de supprimer une étape expérimentale (celle de l’activation du processus par de l’anti-IgE à dose classique), ainsi que les multiples réactions "contrôles" correspondant à cette étape, et autant de risques d'erreurs. Nous renforçons par ailleurs la détection des causes d'artefact, c'est-à-dire les résultats obtenus par un accident opératoire ou un biais méthodologique. » Pour autant, M. Maddox reste dubitatif.

John Maddox, rédacteur en chef de la revue Nature, dans le documentaire Heretics (BBC, 1994). © BBC John Maddox, rédacteur en chef de la revue Nature, dans le documentaire Heretics (BBC, 1994). © BBC

Les sceptiques cherchent partout « l'erreur de méthodologie »

Le patron de Nature reçoit finalement une nouvelle version de l'article en provenance de Clamart, prenant en compte les expériences d’activation, et non plus d'inhibition, de la dégranulation. Il fait savoir à Jacques Benveniste qu'il ne sera accepté que si toutes ces expériences ont été préalablement reproduites. Plus de 15 ans plus après, l'amoureux des belles voitures s'en agaçait encore. « Cela constitue une extraordinaire entorse, une exorbitante exception aux usages en vigueur dans le milieu scientifique. Lorsqu'un article est soumis pour publication à une revue scientifique, les lectures et demandes de précisions effectuées par les referees suffisent », commente-t-il dans son livre.

« C’est une règle absolue », ajoute-t-il, minimisant sans doute un peu, ou pas du tout, que ce qu'il demande à John Maddox, de dix ans son aîné, revient ni plus ni moins à « croire à l'incroyable ». En 1994, dans le documentaire de la BBC, le physicien confie : « Quand Benveniste a envoyé son papier, cela semblait assez extraordinaire. Nous l'avons envoyé aux relecteurs. Ils m'ont tous dit que ce travail était très impressionnant, mais qu'ils n'en croyaient pas un mot. » Jacques Benveniste accepte les conditions posées par Nature : « Pour les besoins de la publication, je demande à trois laboratoires, situés en Italie, au Canada et en Israël, de reproduire les expériences menées à Clamart. »

« À Milan, l'un de mes anciens étudiants pratique la dégranulation des basophiles en routine. Quelques jours lui suffisent pour obtenir à haute dilution des courbes démonstratives. Les chercheurs de Toronto et de Tel-Aviv viennent à Clamart s’initier à la méthode et, avec plus ou moins de difficultés, ils parviennent finalement à des résultats significatifs. » De nos jours, les détracteurs de Jacques Benveniste agitent encore le fait que sa collaboratrice Élisabeth Davenas, dont le travail d'opératrice consiste à compter les basophiles à l'aide d'un microscope (en aveugle), doit alors se rendre en Israël pour aider. Ils n'ont, semble-t-il, rien à redire en revanche sur les expériences menées au Canada et en Italie.

Prouver encore et encore, la fameuse « reproductibilité »

Un autre laboratoire, selon Jacques Benveniste, lui communique par ailleurs des résultats en provenance de Marseille. « Le "grand patron" d’allergologie qui le dirige passera sous la table au premier coup de vent », constatera-t-il par la suite, amer. « Beaucoup plus tard, écrit encore le scientifique, j'apprendrai que, sans que je sois au courant, un laboratoire situé dans l'est de la France a obtenu des résultats plutôt meilleurs que les nôtres. Le responsable de ce labo, pourtant très médiatisé, n'en fera état qu'en janvier 1989, en petit comité et dans l’indifférence générale. » Aujourd'hui encore, plus de 15 ans après sa mort, on lit que les travaux du « réprouvé » ne sont toujours pas reproductibles. Or, pour le moins, cela peut se discuter.

Tous ces faits brandis par l'intéressé conduiront-ils les actuels sceptiques de la « zététique » à revoir leur position, lorsqu'ils en viennent a posteriori à expliquer que ces expériences en laboratoire n'ont jamais marché ? À l'aune de l'actualité récente, qui a démontré l'attachement viscéral de certains d'entre eux au corps majoritaire, avec ses dogmes car la science en abrite bel et bien (quid des arrières-pensées d'ordre pécuniaire ?), rien n'est moins sûr. Peut-être, si certains se manifestent en-dessous de cet article, pourrons-nous en discuter dans les commentaires, qui resteront ouverts. Ce serait l'occasion, pour le grand défenseur de M. Benveniste qu'est resté Bernard Sudan, de parler avec eux de « double-aveugle », un vieux serpent de mer.

Ancien chef de labo, ce dernier a effet publié il y a peu une nouvelle note de blog, ici dans le Club de Mediapart, pour réaffirmer sa position en la matière. Car il est notable que les vidéos et articles sont légion, qui tentent de démonter plus ou moins honnêtement les théories de Jacques Benveniste en affirmant qu'il n'a jamais reproduit son expérience en double-aveugle, un peu comme Didier Raoult. Une « imposture qui, selon M. Sudan, perdure depuis bien trop longtemps pour favoriser les intérêts de l'industrie pharmaceutique motivée pour des profits colossaux au détriment de la santé publique et des patients ». Une question qui renvoie à la nature différenciée des sciences, au fond.

«Une base scientifique pour une discipline contestée? Les "molécules fantômes" de l'homéopathie», Le Monde, 29 mai 1988. © Le Monde «Une base scientifique pour une discipline contestée? Les "molécules fantômes" de l'homéopathie», Le Monde, 29 mai 1988. © Le Monde


Le Monde et le « souvenir » des molécules : « mémoire de l'eau »

Entre 1987 et sa publication dans Nature en 1988, Jacques Benveniste, Élisabeth Davenas et Bernard Poitevin publient deux articles sur les hautes dilutions dans le European Journal of Pharmacology, l’une des deux meilleures revues de pharmacologie au monde, ainsi que dans le British Journal of Clinical Pharmacology. Il n'ont, affirme le chercheur, jamais été « ni contestés ni contredits » depuis lors. « Pourtant, le premier dépasse de beaucoup le cadre des expérimentations in vitro ». Il s'agit en effet d'expériences menées sur des globules blancs de pauvres souris en aveugle. Des travaux traités par les deux revues selon les règles habituelles de la déontologie académique, sans aucun problème.

S'il ne fait aucun battage de ces publications très sérieuses, Jacques Benveniste va par la suite faire des erreurs qu'il regrettera. Il participe, alors qu'il sait qu'il va être enfin publié dans Nature, à un congrès d’homéopathie organisé à Strasbourg, au printemps 1988. Le journal Le Monde, qui suit l'affaire depuis des années, va en faire un compte rendu et employer l'expression « souvenir » de l'eau. « Ai-je employé les termes "mémoire de l’eau" ? Je ne m’en souviens pas », balaie le chercheur. C'est néanmoins possible, car à l'époque, il redouble de métaphores pour tenter de décrire un phénomène qu'il ne comprend pas du tout. Les articles se multiplient, John Maddox est manifestement agacé par cette médiatisation.

Le courroux tombe : le Britannique contacte le Français et lui dit que son article paraîtra à la fin du mois de juin 1988. Mais il lui demande d'accepter le principe d'une mission d'expertise chargée de vérifier la qualité de ses expérimentations dès le mois suivant à Clamart. Coincé, se sentant près du « but », Jacques Benveniste accepte, non sans être « de nouveau surpris par cette exigence inouïe ». L'article de sa vaste équipe désormais internationale - car des membres des laboratoires israélien, canadien et italien l'ont rejointe -, est intitulé « Dégranulation des basophiles humains induite par de très hautes dilutions d'un antisérum anti-IgE ». Il paraît dans le numéro 333 de la revue Nature.

Affrontement de deux écoles irréconciliables dans « Duel sur la 5 »

Dans l'éditorial de ce numéro du 30 juin 1988, pour accompagner cette bombe que Jacques Benveniste comparera dès lors à la redécouverte de la rotondité de la Terre - il ne croit peut-être pas si bien dire car il sera par la suite ostracisé alors que des chercheurs de très haut niveau continueront de soutenir ses travaux -, John Maddox annonce clairement la couleur. On lui demande de « croire à l’incroyable » ? Dont acte ! « Le principe de réserve qui s'applique ici veut tout simplement que, quand une observation inattendue implique qu'une part substantielle de notre héritage intellectuel soit abandonnée, il est prudent de se demander plus attentivement qu'à l'habitude si l'observation n'est pas incorrecte », écrit-il.

Ce n'est qu'à la fin de l'article de l'équipe Benveniste que la véritable « réserve éditoriale » est annoncée : des enquêteurs vont bel et bien se rendre à Clamart pour tout re-re-revérifier. Jacques Benveniste est sans doute encore loin d'imaginer qu'on enverra sur place un magicien qui a arrêté ses études au début du lycée, et un scientifique déjà controversé à l'époque (nous verrons cela dans un prochain article). Mais déjà, la folie de la « mémoire de l'eau » a gagné le monde. C'est un tremblement de terre chez les scientifiques, il faudrait tout repenser. La presse s'emballe, les homéopathes aussi, d'autant que certains des leurs sont signataires. Les pourfendeurs de cette pratique fulminent. Parmi eux, l'ami de 30 ans.

Pour Axel-Francis Kahn, qui n'est que l'arbre cachant la forêt, l'affaire est entendue : Jacques Benveniste est désormais clairement téléguidé par l'homéopathie. Or cette dernière relève au mieux de « la patamédecine », son expression favorite, au pire de « l'obscurantisme ». Le rhumatologue est un rationaliste, sorte de religion de ceux qui n'en ont pas : le serment d'Hippocrate, oui. Mais toute manifestation relevant de ce qu'il considère comme un retour au passé, certainement pas. Quitte à insulter l'avenir ? Là est toute la question, au fond. Car il est tout à fait envisageable que Jacques Benveniste avait raison. L'affrontement trouve son paroxysme le 4 juillet 1988, dans l'émission « Duel sur la 5 ».

→ Archive INA en vidéo : le débat entre Jacques Benveniste et MFK - cliquer ici 

Duel sur la 5: Jacques Benveniste et Marcel-Francis Kahn. Animé par Jean-Claude Bourret. © Institut national de l'audiovisuel (INA) Duel sur la 5: Jacques Benveniste et Marcel-Francis Kahn. Animé par Jean-Claude Bourret. © Institut national de l'audiovisuel (INA)

Benveniste tombe sur un os : ses confrères ne lui feront pas de cadeau

Ma position personnelle sur l'homéopathie, en tant que patient, citoyen et journaliste professionnel doté de la carte de presse ? Qu'il s'agisse d'un effet placebo ou d'un mécanisme biologique utilisé de longue date car potentiellement explicable scientifiquement, au fond cela ne change pas grand-chose à mes yeux. La médecine est selon moi d'abord une relation de confiance entre le praticien, devant exposer les avantages et inconvénients de sa science avec honnêteté, et le patient, auquel revient in fine le choix de sa thérapie. Qu'elle soit remboursée me choquerait éventuellement si cela concernait d'autres échelles. Comme cela me choque parfois, que certains médicament puissent être remboursés...

Je me garderai donc bien de m'exprimer sur le mystère de la neuvième dilution décimale, objet de passion de ceux qui, n'étant pas à un argument près, combattent à la fois Jacques Benveniste et l'homéopathie tout en affirmant que même si les travaux de l'un avaient un fondement, ce qui n'est pas le cas selon eux, cela ne prouverait pas l'autre. Je ne dirai pas si les principes que Jacques Benveniste estime avoir observés vérifient les principes de cette pratique, contre laquelle je n'ai, somme toute, ni animosité ni intérêt. L'argent n'est d'ailleurs ni l'alpha ni l'oméga de mon bonheur non plus. Ce qui m'intéresse dans cette vidéo, sont les deux conceptions de la science et de la médecine qui s'y affrontent.

C'est du haut niveau. Les deux hommes commencent par exprimer l'estime qu'ils ont l'autre pour l'autre. Mais au fil de l'échange, ils se tendent et découvrent le flanc. Jacques Benveniste affirme d'abord, après s'être étonné que MFK accorde tant d'importance à des travaux qu'il ne peut pas comprendre selon lui, que l'homéopathie n'est pas son sujet. Puis il finit par exprimer l'idée que ses expériences, une fois cela dit, en valident plusieurs principes. Marcel-Francis Kahn affirme d'abord qu'en science, la rationalité doit l'emporter sur la croyance, puis il revendique tout bonnement le droit d'avoir une idéologie. Donc, il ne changera pas d'avis de sitôt. La question est posée : en serait-il même capable ou le voudrait-il ?

« Délire psychotique », « fraude inconsciente », « distorsion »

Pour Marcel-Francis Kahn, Jacques Benveniste est face à un artefact, et il faut donc trouver ce dernier. Point à la ligne. Ce sera donc la guerre des sciences, loin de toute ouverture d'esprit. Que son ami se refuse à passer à autre chose des années durant, renonce aux belles voitures pour une Renault, et se retrouve isolé dans la profession jusqu'à devoir poursuivre ses recherches dans un pré-fabriqué sur le parking de son ancienne unité, avec ce qu'il lui reste de collaborateurs, est loin de l'émouvoir ou d'ébranler sa certitude. Bien au contraire, en 1997 dans Le Monde, il l'enfonce carrément, parlant à son sujet de « délire psychotique », de « fraude inconsciente », et de « distorsion de sa perception du réel ».

« Je n'ose imaginer quelle pourrait être son appréciation s’il ne s’agissait d’un ami ! », répondra l'intéressé, ajoutant que MFK n'a « de sa vie jamais réalisé la moindre expérience de biologie » et qu'il n'est pas psychiatre. Puis de se déporter sur le terrain de l'adversaire, lapidaire : « La rhumatologie est une discipline médicale immobiliste (...). Les techniques et les médicaments disponibles sont exactement les mêmes que ceux que j’utilisais il y a 35 ans lorsque j’ai œuvré dans ce domaine en tant qu’interne des hôpitaux : cortisone et anti-inflammatoires. Les traitements des maladies auto-immunes comme la polyarthrite évolutive ou le lupus érythémateux n’ont fait aucun progrès sensible. »

Aux yeux de l'un, le fait que l'autre s'acharne, « avec autorité, hauteur et componction », est révélateur d'un milieu sclérosé. De fait, l'étrange M. Kahn continuera, après la mort de « Jacques » - incroyable procédé rhétorique -, de s'exprimer sur son sujet. Dans une note embrouillée, l'âge et les rhumatismes n'aidant peut-être pas, on sent poindre le sentiment, en 2019. Mais implacable, il trouve encore la force d'écrire, en réponse à une énième note de blog : « Je fus avant qu'il ne divague un ami de Jacques et j'ai tout tenté pour le retenir dans son délire ». Conclusion de cet article appelant une suite : les gens qui soignent sont des gladiateurs. À ce sujet, boire sans modération Albert Jacquard.

Albert Jacquard et Edmond Blattchen dans l'émission «Noms de dieux», TRBF. © RTBF

→ À suivre : Renvoyé au statut de pseudo-scientifique, Benveniste dérive seul (ou pas ?), vers la physique quantique et les ondes électromagnétiques. En attendant, l'intervention de Didier Raoult devant la commission d'enquête parlementaire, c'est ici

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