Pas de fond de solidarité pour nombre d'entreprises touristiques de Guadeloupe

En dépit du "quoiqu'il en compte" annoncé, beaucoup de petites entreprises du secteur du tourisme en Guadeloupe ne perçoivent aucune indemnité depuis janvier 2021. Les professionnels s'interrogent sur les raisons de ce blocage ; volonté politique, bug informatique, absence de fonds, malversations ? En l'absence de réponse de l'administration fiscale et des pouvoirs publics les hypothèses fusent.

Nos appels à l’aide restent sans réponse !

Entrepreneurs touristiques de Deshaies, nous sommes abandonnés à notre sort, comme de nombreux entrepreneurs indépendants Guadeloupéens. Nous avons décidé de nous rassembler pour réclamer les aides promises par l’Etat.

Combien de petites entreprises indépendantes n’ont toujours pas touché les aides promises par l’Etat ? A Deshaies, entre voisins « giteurs » et acteurs de la vie touristique guadeloupéenne, nous  avons constaté que nous étions nombreux à subir le même refus systématique de versement des aides aux entreprises, sans aucune explication.

Nous nous appelons Anne-Sophie, Delphine, Xavier, Catherine, Nicolas... nos établissements ne reçoivent plus personne depuis plusieurs mois et nous implorons chaque jour les services fiscaux de nous expliquer pourquoi nous sommes exclus de l’aide promise aux entreprises en difficulté malgré une situation en règle par rapport aux conditions d’attribution. Aucune réponse.

Des messages automatiques.

Quelques rares entretiens téléphoniques avec un agent se terminant toujours par une réponse mystérieuse : un bug informatique, une erreur de codification, un manque d’effectif à cause du travail à distance... rien ne va plus dans l’administration, personne ne semble capable d’expliquer pourquoi les aides sont bloquées : « refaites votre demande en fin de semaine, ça devrait passer... ».

Et puis rien. À nouveau cette notification de refus, quelques heures après avoir renouvelé la demande.

Désespérés, nous avons décidé de continuer à lutter ensemble. Beaucoup de nos collègues ont baissé les bras dès les premiers refus. Ils ont l’impression que c’est perdu d’avance.  Le formulaire qu’ils ont envoyé pour demander une explication est resté sans réponse depuis des semaines, malgré la promesse d’un délai de cinq jours.

Nous les encourageons pourtant à poursuivre leurs demandes !

Il n’y a aucune raison pour qu’autant de personnes soient aléatoirement exclues de l’aide.

Combien sommes nous dans cette situation intenable financièrement ? Peut-être la moitié des gîtes et professionnels du tourisme de Guadeloupe !

Certains d’entre nous ont réussi à joindre un responsable du service financier, il a expliqué que le système informatique avait rejeté automatiquement des milliers de demandes et qu’ils étaient obligés de traiter les dossiers au cas par cas, ce qui a été rendu quasiment impossible par le travail à distance.

Autre explication : suite à des versements trop massifs et difficilement vérifiables en décembre, l’administration a décidé de resserrer les vis, et depuis plus rien ne passe ! 

Quand on a la chance d’avoir un interlocuteur, on nous réclame des justificatifs, que nous fournissons. Ou bien on nous conseille d’indiquer notre chiffre d’affaires moyen sur l’année, plutôt que le chiffre réel du mois, plus facilement vérifiable par les service fiscaux... Sans résultat. Des centaines de professionnels indépendants, peut-être des milliers en Guadeloupe, sont littéralement abandonnés en comptant sans doute cyniquement sur leur découragement. 

Certains propriétaires de gîtes se sont vus proposer de mettre fin à leur entreprise... quelques jours plus tard, ils recevaient des propositions de rachat à bas prix de leur biens !

Nous refusons d’être les victimes d’un système à bout de souffle. Nous conseillons à tous les entrepreneurs touchés par ce fléau des promesses non tenues de se rassembler, par petits groupes et de continuer à s’informer mutuellement en envisageant des actions en justice. Nous sommes en droit de connaître la vérité sur cette non assistance et de bénéficier de l’aide promise.

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