"Rosa LUXEMBOURG (1871-1919) une Spartakiste" par Amadou Bal BA

Rosa LUXEMBOURG (1871-1919), une Spartakiste allemande et ses combats pour un monde de paix meilleur, plus juste et plus fraternel.

Rosa LUXEMBOURG (1871-1919) et ses combats pour un monde de paix meilleur, plus juste et plus fraternel

Journaliste, polémiste et révolutionnaire, Rosa LUXEMBOURG aura considérablement marqué l’histoire de l’Allemagne : une icône politique au début du XXème siècle. «Le monde est si beau malgré toutes les horreurs et il serait plus beau encore s'il n'y avait pas sur cette terre des pleutres et des lâches» écrit-elle. Théoricienne et militante socialiste, grande figure du mouvement ouvrier, polyglotte, cultivée, socialiste convaincue, Rosa LUXEMBOURG, très tranchante et parfois rude, n’hésitait pas de critiquer Lénine (1870-1924), Jean JAURES (1859-1914) et Karl KAUTSKY (1854-1938). Restée cette "étincelle incendiaire", Rosa LUXEMBOURG s’exprimait librement : «Si l'on étouffe la vie politique dans tout le pays, il est forcé que, dans les Soviets aussi, la vie soit de plus en plus paralysée. Sans élections générales, sans liberté de la presse et de réunions sans entraves, sans libre affrontement d'opinions, la vie de n'importe quelle institution publique cesse […]. Au fond c'est donc une clique qui gouverne. Il s'agit bien d'une dictature, mais ce n'est pas la dictature du prolétariat» dit-elle : «J'entends rester une idéaliste dans le mouvement» dit-elle. Redoutable polémiste, oratrice de grand talent, rigoureuse, Rosa LUXEMBOURG, dans un monde politique largement dominé par les hommes, fascine les foules et les électrise. Rosa Luxembourg invitait chacun d’entre nous à ne pas rester spectateur devant les injustices : «Ceux qui ne bougent pas, ne remarquent pas leurs chaînes» écrit-elle.

Née, à Zamosc, en Pologne encore sous domination russe, le 5 mars 1871, Rosa LUXEMBOURG, une juive laïque, d'une fratrie de cinq enfants, a fait ses études d’abord à Varsovie, puis à Zurich. Son père, Edward Eliasz (1830-1900) est marchand de bois, mais c’est sa mère, Line LOWENSTEIN, qui l'initie à la littérature : «Je ne sais pas moi-même comment un beau poème peut agir sur moi aussi profondément, Goethe surtout, à chaque fois que je suis émue ou ébranlée. C'est une réaction presque physiologique, comme si, les lèvres assoiffées, je buvais un liquide délicieux qui me rafraîchissait tout entière, guérissant et mon corps et mon âme» écrit Rosa LUXEMBOURG. Révoltée contre les injustices sociales, les invectives antisémites, et les violences qui les accompagnent, Rosa milite dès l'âge de 16 ans au sein du Parti du prolétariat de Pologne. Mais face à la répression et à son arrestation imminente, elle fuit à 17 ans à Zurich en Suisse, un grand centre du marxisme révolutionnaire où résident de nombreux exilés. «Où veux-tu en venir avec les souffrances particulières souffrances aux Juifs ? Pour moi, les malheureuses victimes des plantations d'hévéas dans la région du Putumayo, les nègres d'Afrique dont les Européens se renvoient les corps comme on joue au ballon, me touchent tout autant» écrit-elle dans ses «lettres de prison».

C'est en Suisse, et au contact avec les réfugiés russes, que Rosa LUXEMBOURG prend goût à la politique. En effet, en 1890, Rosa LUXEMBOURG fait la connaissance de Leo JOGICHES (1867-1919), militant d'origine lituanienne qui bénéficie déjà d'une forte réputation dans le milieu socialiste. Rosa LUXEMBOURG et Leo JOGICHES entament une liaison. Rosa abandonne, sous l'influence de son amant, l'étude des sciences naturelles au profit de l'économie, de la philosophie et du droit, et soutient le 12 mars 1894 une thèse sur «l’évolution industrielle en Pologne». Rosa LUXEMBOURG a constamment été animée par l’amour des autres «Pour moi aussi, l'amour était (ou est) toujours plus important et plus sacré que l'objet qui le suscite. Parce qu'il nous fait voir le monde comme un conte lumineux, parce qu'il va chercher dans l'être humain ce qu'il a de plus noble et de plus beau en lui, parce qu'il élève ce qui est le plus commun et le plus dérisoire, et le sertit de diamants, et parce qu'il fait vivre dans l'ivresse et dans l'extase» écrit-elle. Boitant de la jambe gauche, un long nez et une grosse tête, Rosa n’était pas la féministe que certains décrivent ; elle était disgracieuse, n’a jamais «été tentée de s’engloutir dans le culte de son image, de se faire objet, proie et piège : dès sa jeunesse, elle a été tout entière esprit et liberté», écrit Simone de BEAUVOIR (1908-1986) dans le «Deuxième sexe».

Amie de Clara ZETKIN (1857-1933), initiatrice de la Journée internationale de la Femme en 1910, mais elle ne voulait pas être cataloguée comme une intellectuelle ne défendant que les femmes. Rosa LUXEMBOURG refusa de participer à la vie politique en tant que femme ; elle exigeait d’être comme les hommes. Soldat de l’égalité et de la liberté, la politique lui dérobait son temps, ses proches et ses amours. Le projet de sa vie est de changer ce monde où le capitalisme impérialiste menace la planète ; ce qui la pousse à quitter la Suisse. En effet Rosa LUXEMBOURG est persuadée que la révolution commencera en Allemagne, pays où le Parti social-démocrate est puissant. C'est donc là-bas qu'elle doit vivre. Elle décide de s'y installer en 1897. Et pour se faire, Rosa contracte un mariage blanc à Bâle avec le fils d'une amie, Gustav LUBECK (1873-1945), afin d'obtenir la nationalité allemande. C'est à Berlin qu'elle s'installe. Rosa LUXEMBOURG adhère alors au SPD, le parti socialiste allemand, pour libérer sa Pologne natale, encore sous domination russe.

Partisane d'un système anticapitaliste, pacifiste, Rosa LUXEMBOURG est également adepte d'un socialisme démocratique, avec une liberté de presse, syndicale et d’opinion. Rosa Luxembourg valorise l’autogestion des masses, et avait pour ambition de concilier égalité et liberté ; il faut respecter l'autre, dans son authenticité et sa dignité : «La liberté accordée aux seuls partisans du gouvernement, la liberté accordée aux membres d'un seul parti, quel que soit leur nombre, n'est pas une vraie liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement» dit-elle. Co-fondatrice du Parti communiste allemand avec Karl LIEBKNECHT (1871-1919), Rosa LUXEMBOURG, tout en saluant l’arrivée au pouvoir en Russie du parti bolchévique, une «force motrice de la révolution», s’est très faite critique à l’égard des communistes soviétiques, notamment concernant l’étouffement de la démocratie politique et la suppression des libertés publiques.

Le 4 août 1914, le SPD vote les crédits de guerre ; mais Rosa LUXEMBOURG fera tout de son mieux pour changer le SPD de l'intérieur. Radicale et intransigeante, Rosa LUXEMBOURG s'oppose au réformisme d’Eduard BERNSTEIN (1850-1932) une influente personnalité du SPD, prônant un passage au socialisme en douceur, par des réformes sociales.

Le Kaiser a été chassé du trône par les insurgés allemands et l’Empire allemand est dissous. Mais les Socialistes hésitent et sont divisés. En novembre 1918, les Spartakistes, prennent les armes et le 14 décembre 1918, Rosa LUXEMBOURG a rédigé le programme de cette organisation. Du 29 décembre 1918 au 1er janvier 1919 se tient le congrès du Parti communiste allemand Evoquant cette Révolution allemande : «Il s’agit aujourd’hui de porter la hache sur l’arbre de l’exploitation capitaliste elle-même. Le parlementarisme bourgeois, comme la domination de classe de la bourgeoisie, dont il est l’objectif politique essentiel, est déchu de son droit à l’existence. C’est maintenant la lutte de classes sous sa forme la plus dépouillée, la plus nue, qui entre en scène» écrit Rosa LUXEMBOURG. Les communistes allemands, encore faibles, ont pourtant déclenché une grève générale le 6 janvier 1919 ; leur tentative de soulèvement est écrasée par le ministre de la Défense, le social-démocrate Gustav NOSKE (1868-1946), au cours de la «Semaine sanglante» du 11 au 15 janvier 1919.

Rosa LUXEMBOURG qui s'était réfugiée dans un hôtel, est sauvagement assassinée par des milices d'extrême-droite, les «Freikorps» ou «Corps-francs», le 15 janvier 1919. Frappée à coups de crosse en plein visage, Rosa s’écroule. Son corps est transporté dans une voiture jusqu’au canal Landwehrkanal. Un militaire lui tire une balle dans la tête, tempe, côté gauche. Les soldats lestent de pierres ce petit corps sans vie, puis le jettent du haut d’un pont. On entend la voix d’un militaire : «Voilà la vieille salope qui nage maintenant». Son corps défiguré n’a été retrouvé que cinq mois après cet odieux assassinat.

Au cours de ses 48 années d'existence bien remplies, Rosa LUXEMBOURG aura passé 48 mois en prison. Et pendant ces années de privations de liberté, Rosa LUXEMBOURG n'a jamais cessé d'interpeller notre conseiller par ses écrits et ses prises de position :  «Je me sens chez moi dans le vaste monde partout où il y a des nuages, des oiseaux et des larmes” écrit-elle dans «ses lettres de prison». Toujours en lutte contre l'injustice, mais avec espoir et sérénité : «Rester un être humain, c'est jeter, s'il le faut, joyeusement, sa vie entière, sur « la grande balance du destin, mais en même temps se réjouir de chaque belle journée de soleil, de chaque beau nuage. N'oubliez pas qu'il faut prendre la vie avec sérénité et joie, quoiqu'il arrive» écrit-elle.

En 1968, les étudiants grévistes l'ont réhabilitée. Une statue a été érigée en son honneur et une place porte son nom à Berlin. Il existe, au 63 quater, rue Riquet, à Paris 18ème, un jardin Rosa LUXEMBOURG qui avait séjourné en France.

 Très sommaires références bibliographiques

 1 – Contribution de Rosa Luxembourg

LUXEMBOURG (Rosa), ENGELS (Friedrich), Comprendre le Capital, Paris, Bureau d’éditions, 1936, 126 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), J’étais, Je suis, Je serai ! Correspondances 1914-1919, sous la direction de Gilbert Haupt, Paris, François Maspero, 1977, 430 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), L’accumulation du capital : contribution à l’explication économique de l’impérialisme, Paris, Librairie du Travail, 1935, 195 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), L’école du Socialisme, traduction de Lucie Roignant, postface de Michael Krätke, Marseille, Agone, 2012, 268 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), La crise sociale de la Social-Démocratie, Paris, L’Altiplano, 2009, 289 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), La question nationale et l’autonomie, traduction et présentation de Claudie Weill, Pantin, Le Temps des Cerises, 2002, 264 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), La Révolution russe, traduit et présenté par Gilbert Badia, Montreuil, Le Temps des Cerises, Petite collection rouge, 2017, 131 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), Le but final, Paris, Spartakus, 2016, 266 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), Le socialisme en France, présentation de Daniel Guérin et Lucie Roignant, traduction du polonais par Aleksander Jousselin, Marseille, Agone, 297 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), Lettres de prison, traduit Michael Aubreuil, Paris, Berg International, 2012, 71 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), Réforme sociale ou Révolution ?, présenté par François L’Yvonnet, Paris, L’Herne, 2016, 87 pages ;

LUXEMBOURG (Rosa), Vive la lutte : textes de 1891-1914, par Claudie Weill, Irène Petit et Gilbert Badia, Paris, François Maspero, 1975, 422 pages.

2 – Critiques de Rosa Luxembourg

BADIA (Gilbert), Rosa Luxemburg, journaliste, polémiste, révolutionnaire, Paris, éditions sociales, 1975, 930 pages ;

CASTELLAN (Georges), «A propos de Rosa Luxembourg», Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1976, pages 573-582 ;

GUERIN (Daniel), Rosa Luxembourg et la spontanéité révolutionnaire, Paris, Les Amis de Spartacus, 1999, 188 pages ;

LOWY (Michael), Rosa Luxembourg, l’étincelle incendiaire, Montreuil, Le Temps des Cerises, 2019, 145 pages ;

MAZAS (Léon), «Rosa Luxembourg, une vie», Ballast, du 9 mars 2015.

Paris le 28 février 2021 par Amadou Bal BA -

 

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