"Mali Choguel MAIGA, axes Transition" par Amadou Bal BA

Transition au Mali : Le premier ministre Choguel MAIGA s'engage vers un gouvernement de rupture, en quatre axes : renforcer la sécurité, promouvoir les réformes politiques et institutionnelles, organiser des élections transparentes, crédibles et inclusives, ainsi qu'une bonne gouvernance et son Pacte de stabilité.

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Mali et transition : Le premier ministre Choguel MAIGA s'engage vers un gouvernement de rupture

Nommé premier ministre de transition le 7 juin 2021, M. Choguel MAIGA est venu, le vendredi 30 juillet 2021, livrer sa vision de la transition, avec «un sens des responsabilités et une exigence de l’engagement» dit-il. Le Mali se trouvant à la croisée des chemins, «il faudrait déblayer la voie pour prendre le chemin du salut. Depuis plus d’une décennie le sort n’a cessé de s’acharner contre nous» dit M. MAIGA. «La gravité de la situation exige des pratiques nouvelles, une rupture avec le passé, l’exemplarité dans les actes et les comportements» aussi bien pour les gouvernants que les gouvernés dit M. MAIGA. Il est temps prendre en compte l’aspiration légitime des Maliens au changement.

Le plan d’action est décliné en 9 objectifs, assortis d’un chronogramme de mise en œuvre, avec un coût de 2050 360 000 000 FCA, soit 313 032 061 € (sécurité, politique, social). «Le Mali est un grand malade, nécessitant une thérapie de choc» dit le docteur Choguel MAIGA, faisant appel ainsi à des termes médicaux. Aussi, devant le Conseil national de transition M. Choguel MAIGA, premier ministre, a dégagé un plan d’action de transition inspiré par quatre orientations majeures.

1er axe : Le renforcement de la sécurité sur toute l’étendue du territoire malien

Les séquelles de l’invasion demeurent encore (extrémisme, terrorisme, insécurité). Par suite, il existe «une aspiration profonde, à la quiétude, au bien-vivre ensemble» dit M. MAIGA. Le gouvernement s’engage à mettre tous les moyens matériels et humains nécessaires à la disposition des forces de sécurité. Les effectifs seront renforcés de «façon dense», leurs équipements modernisés, le parcours du recrutement amélioré, de meilleurs formations et entraînements, avec une stratégie de désarmement, de démobilisation et de réinsertion. Des opérations militaires d’envergure seront menées, sur l’ensemble du territoire national, avec un maillage dense, pour un retour de l’administration et des services sociaux dans les territoires.

M. MAIGA prône une relecture «intelligente et consensuelle», des accords d’Alger pour la paix et la réconciliation nationale, avec une «appropriation collective» et une dimension «inclusive». Une relecture de certaines dispositions, en raison de l’écoulement du temps, sera nécessaire.

2ème axe : Les réformes politiques et institutionnelles

Le Mali a besoin d’une profonde refondation, pour un retour à une vie constitutionnelle normale : «les réformes politiques et institutionnelles constituent l’épine dorsale du dispositif de transition, en raison de l’insatisfaction générale à l’encontre de l’Etat qui ne rassure pas, n’inspire pas confiance» dit M. MAIGA.

Par conséquent, il faudrait rénover en profondeur le cadre politique au Mali, notamment les textes fondamentaux, mais aussi doter le pays d’institutions fortes, légitimes permettant une stabilité politique.

Il sera organisé des «Assises nationales sur le refondation», mais ce n’est pas une assise de plus ; «ce cadre de dialogue s’appuiera sur les recommandations et résolutions des dernières années. L’approche consiste à donner la parole, sans censure. Les recommandations issues de ces assises seront exécutoires, aussi bien pour les autorités de transition que les pouvoirs à venir.» dit le premier ministre, M. MAIGA.

3ème axe : L’organisation d'élections générales transparentes, crédibles et inclusives

Les élections doivent être «transparentes, crédibles et inclusives, en vue de conduire à un ordre constitutionnel normal. Ces élections seront le baromètre de réussite de la transition, et conditionneront l’avenir de la démocratie malienne. Les élections ne sont pas un objectif en soi ; il faut les réhabiliter» dit M. MAIGA.

Il sera institué «un Organe unique de gestion des élections» au Mali. C’est une demande permanente formulée par la classe politique malienne. Cet organe politique posera les jalons politiques et institutionnels d’une réforme de la démocratie malienne.

Par conséquent, le système électoral doit aussi être réformé en profondeur, dans un cadre inclusif. Les réfugiés et les déplacés doivent pouvoir participer aux élections.

Par conséquent, le système électoral doit aussi être réformé en profondeur, dans un cadre inclusif. Les réfugiés et les déplacés doivent pouvoir participer aux élections.

 Le calendrier de la transition, établi le 15 avril 2021, reste maintenu, à savoir :

  • 31 octobre 2021 tenue d’une élection référendaire ;
  • 26 décembre 2021, élections des conseillers communaux, régionaux, et du district de Bamako ;
  • Elections présidentielles et législatives couplées : 1er tour le 27 février 2022, et second tour les 13 et 20 mars 2022.

4ème axe : La promotion d’une bonne gouvernance et l’adoption d’un Pacte de stabilité

«Nous nous sommes engagés dans une gouvernance de rupture et d’exemplarité. Une lutte implacable sera engagée pour combattre la corruption et l’impunité, à la base de la déliquescence de l’Etat du Mali» dit M. MAIGA.

Il y aura des audits sur les biens mal acquis, des enquêtes sur les différents crimes et délits, notamment la répression en juin 2020, contre les manifestants.

Le train de vie de l’Etat malien sera réduit, pour dégager des marges de manœuvre financières en vue d’améliorer les conditions de vie des Maliens. Au minimum 100 milliards FCA (1 539 000 €) seront alloués aux secteurs prioritaires, notamment sociaux. Le gouvernement traitera toutes les formes de vulnérabilités.

En vue de plus de justice et d’équité, une conférence sociale sera convoquée, en concertation avec les différents acteurs sociaux. C’est «un exercice de recherche des causes profondes du malaise en vue d’aboutir un contrat social, pour des solutions ambitieuses et durables, tout en préservant les équilibres budgétaires de l’Etat» dit M. MAIGA.

Par conséquent la grille salariale de la fonction publique sera revalorisée, dans la poursuite du dialogue social. Les enseignants, dans le respect de l’équilibre budgétaires, ne seront pas oubliés. «Nos parents enseignants n’ont rien à craindre. L’article 39, je le dis solennellement, n’a pas été abrogé ; c’est un texte emblématique pour les forces du changement. Les primes et indemnités cumulés faisaient 1400 milliards de FCA (2 154 000 000 €), soit plus de la moitié du budget. Il faut dire le discours de la Vérité aux Maliens. L’article 39 va être maintenu. La grille salariale va être harmonisée. Cependant, 10% des enseignants n’ont pas constaté des augmentations de leur indice ; il faut chercher l’équité. Ces enseignants lésés verront des ajustements nécessaires. Les négociations sont en cours. Sans école, il n’y a pas de pays. Tout ce qui est raisonnablement possible de faire, sera fait, tout en disant la vérité, dans le respect des équilibres macroéconomiques. Notre pays tient, parce que nous disons la Vérité, dans l’équité» dit M. MAIGA.

En définitive, et pour l’instant, deux écueils ou doutes majeurs ont été levés ou contournés.

D’une part, et jusqu’ici, les différents coups d’Etat militaires en Afrique avaient confisqué le pouvoir politique, refusant le retour à la démocratie et la restitution du pouvoir aux civils. Depuis le 18 août 2020, date du coup d’Etat militaire, un semblant de démocratie, bien que sous la tutelle de l’armée, semble fonctionner au Mali, tant bien que mal, avec des espaces de liberté, de dialogue et de fonctionnement des institutions.

D’autre part, M. Choguel MAIGA, le tombeur du président indolent, M. Ibrahima Boubacar KEITA, à travers des manifestations pacifiques du 5 juin 2020, qui ont abouti à sa chute, ne s’est pas, pour l’instant, renié. Il fait ce qu’il dit, il dit ce qu’il fait. Cohérent, structuré dans son discours avec un diagnostic pertinent de la situation, le docteur Choguel MAIGA envisage un traitement de choc pour le Mali, confronté en permanence à des secousses depuis l'indépendance.

On connaît la profonde désaffectation des populations à l’égard des pouvoirs politiques, notamment par rapport aux objectifs posés (élections libres et transparentes, bonne gouvernance). A ce stade, les intentions et les actes posés semblent aller dans le bon sens. C’est dans la durée que l’on jugera aux actes concrets. «Je suis une aveugle, je ne vois que ce Je touche» disait mon arrière-grand-mère, Dourma LY.

Je souhaite donc au Mali et aux Maliens qu’ils retrouvent, enfin, le chemin de la paix, de la concorde et du bien-être. Les Maliens ont droit au Bonheur.

Paris, le 1er août 2021 par Amadou Bal BA 

 

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