"Sénégal lundi 8 mars Danger" par Amadou Bal BA

Le 8 mars 2021, M. SONKO, opposant doit être présenté devant un juge, pour viol. La garde à vue pour la sédition, a été levée. L'armée est déployée dans les rues.

Sénégal : un lundi 8 mars 2021 de tous les dangers ; paix et unité dans la démocratie

Le lundi 8 mars 2021, M. Ousmane SONKO, opposant sénégalais en garde à vue, doit être présenté devant un juge, en raison des accusations de viol avec menace d'une arme de sa masseuse, Mme Adji SARR. Rien n'empêche le juge, pour ce motif, s'il est inculpé, de le libérer et de le mettre sous contrôle judiciaire. En revanche, la garde à vue pour rébellion et sédition, a été levée dans la nuit du 7 au 8 mars 2021.

Depuis le mercredi 3 mars 2021, le Sénégal endure de graves troubles de l’ordre public, des juges ont été inscrits sur une liste à abattre, un tribunal et une maison d'un avocat, édifices publics et privés, voitures incendiés, magasins, stations d’essence, banques et autres établissements pillés. Les voyous ont rejoint, parfois avec des armes, les manifestants pour casser et voler. Ces biens détruits appartiennent aux Sénégalais, et les autres, le Sénégal devra indemniser les commerçants et les banques françaises. L’armée est sortie de ses casernes, et déployée notamment dans Dakar. Les autorités religieuses ont entrepris une médiation, afin de faire baisser la tension.

Le Sénégal, depuis son indépendance n'a jamais connu de coup d'Etat. Il y a eu cependant des crises importantes, en dehors du séparatisme casamançais. Ainsi, de 1962 à 1970 Mamadou DIA avait été emprisonné et ses partisans réduits au silence ou exilés. Maitre Abdoulaye WADE, soupçonné d'avoir commandé l'assassinat de maître Babacar SEYE en 1993, a été l'instigateur des bombes dans Dakar en 1988, suite à un contentieux électoral. En raison des troubles, l’armée a été appelée en renfort est entrée dans les grandes villes, notamment à Dakar, le dimanche 7 mars 2021. Jusqu'ici les forces de sécurité ont témoigné d’un grand professionnalisme, évitant en dépit des graves débordements un bain de sang. Face aux attaques de certaines casernes, nous avons la chance d'avoir une armée républicaine. Dans d'autres pays cela aurait été le carnage. Il y a eu 5 morts, c'est toujours des morts de trop ; chaque vie étant unique et irremplaçable. Mes condoléances aux familles.

Il est évoqué un complot salafiste et l'assassin de maître Babacar SEYE a été arrêté. Cette crise politique grave, mobilisant essentiellement des jeunes, se déroule dans un contexte sanitaire et une grande pauvreté au Sénégal, pays du commerce informel que la pandémie a tuée. C'est pour cela d'ailleurs que les salons de massage sont, en fait, des lieux de perdition, parfois des officines déguisées pour des faveurs sexuelles. Ces troubles sont surtout un complot contre les Sénégalais. Toutes les stations d'essence appartenant aux Sénégalais sont fermées. Cela veut dire que dans quelques jours on ne pourra ni circuler, ni pêcher, ni cuisiner. De même que dans les grandes villes les banques étaient fermées, avec la fin du mois les salaires ne seront pas servis. Tous les organismes permettant de recevoir des mandats de l'extérieur sont également fermés. Cela va être l'asphyxie. J’ajoute cela que depuis plus d’un an, la diaspora sénégalaise qui envoyait, elle-même confrontée au chômage partiel ou à la perte d’emploi (restauration, hôtellerie, commerçants ambulants ou sans-papiers) a réduit ou supprimé ses contributions à en direction des Sénégalais ; ce qui constitue pour nos familles, déjà fragilisées, un cocktail explosif pire que ces pillages.

Le statut d’opposant signifierait-il une impunité absolue, notamment lorsqu'il s'agit d'accusations graves de viol ?

Naturellement tout n'est pas politique ; c'est apparemment une affaire de mœurs, un banal scandale sexuel, maquillée en persécution politique. M. Ousmane SONKO n'est pas au-dessus des lois ; il doit se défendre pour laver son honneur ; ce qui est parfaitement légitime. Sur ce point, s'il estime qu'il est innocent, je suis solidaire avec lui. Cependant, on est particulièrement surpris qu’il n’ait, pas à ce jour, porté plainte contre Mme Adji SARR, pour dénonciation calomnieuse. Dans tous les cas, M. Ousmane SONKO, comme tout citoyen a droit à une Justice sereine, équitable et respectueuse.

En dépit de la présomption d’innocence, principe constitutionnel, inciter à la violence et livrer le Sénégal au Chaos, aux pillards toutes nos divergences sont là. La paix et l'unité du Sénégal sont au-dessus des intérêts partisans.

Dans ces jours sombres, au Sénégal, restez chez vous, et n'exposez pas vos enfants à des dangers inutiles. Paix et unité sur le Sénégal, dans la démocratie et le respect de tous !

Cette crise sociale et politique appellera tous, majorité et opposition, quand les esprits seront calmés, à réfléchir en profondeur sur une démocratie apaisée dans notre pays, un Sénégal jusqu’ici respecté dans le monde entier pour sa démocratie exemplaire. Et des questions ont déjà surgi :

 - Comment aborder l’urgence sociale, en relation avec une gestion saine de nos finances ? Ces violences vont coûter en trois jours de 50 milliards de FCA, et auparavant un Ministre du Ciel et de la terre avait détourné 6 milliards d’euros, un ancien inspecteur des impôts 93 milliards et un maire avait tapé dans la caisse de sa commune. On n’a pas l’impression que pour certains opposants, leur statut serait une cote de mailles, une sorte d’impunité totale : l’application de la règle de droit, serait toujours pour les autres. Or, l’exemplarité doit toujours commencer par soi-même.

 - Quelle est la place est l’avenir des jeunes en termes de formation, d’emplois et de perspectives d’industrialisation du pays ; la démographie, mal maîtrisée, est une bombe à retardement. Bien gérée, comme l’a fait la Chine, c’est une inestimable ressource.

 - En 2016, quand le président Macky SALL avait initié son référendum sur la limitation des mandats, une partie de l’opposition et d’une certaine classe maraboutique, avec des prêches et des saccages de bureaux de vote, avait tenté, vainement, de saboter cette loi référendaire. Cette schizophrénie et ses injonctions contradictoires, sur un prétendu régime monarchique m’amuse, maintenant.

 - Comment organiser une démocratie apaisée, programme contre programme, au lieu d’un terrorisme médiatique et intellectuel peu constructif. L’opposition, dont M. SONKO, a été battue dès le premier tour, en 2019. M. SONKO ne menace en rien le président Macky SALL. Quand le président Macky SALL appelle au dialogue national, c’est la politique de la chaise vide. Et pourtant, cette grave crise a montré qu’il est temps qu’on se parle, de façon constructive pour l’avenir de cher Sénégal.

Paris le 7 mars 2021 par Amadou Bal BA - 

 

 

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