"La démocratie giflée" par Amadou Bal BA

Le président Emmanuel MACRON giflé lors d’un déplacement : pour une société de débat, de tolérance de respect et de profonde rénovation des valeurs républicaines.

Le président Emmanuel MACRON giflé lors d’un déplacement : pour une société de débat, de tolérance de respect et de profonde rénovation des valeurs républicaines

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Le président Emmanuel MACRON a été giflé par un manifestant, lors d’un déplacement en province. Ma première et importante réaction est de condamner, énergiquement et sans retenue, cet acte odieux et inqualifiable contre le chef de l'Etat, représentant de la Nation. C'est un vilain et déplacé geste. Dans une société ordonnée, on n'agresse ni verbalement, ni physiquement aucun individu, aussi modeste soit-il, à plus forte raison le Chef de l'Etat. C'est un précédent particulièrement fâcheux, humiliant et déshonorant pour notre pays. En effet l'Etat moderne, ayant seul le monopole de la contrainte publique, est apparu au XVIème siècle pour mettre fin aux vendettas et à la justice privée. Par conséquent, la démocratie a été giflée ; une ligne rouge a été franchie. Que ne dirait-on pas si c'était un «séparatisme», un racisé qui avait commis ce geste répréhensible et particulièrement déplacé ? Je n’ose même imaginer le torrent de haine et les conséquences incalculables sur les scrutins à venir. En fait, la claque, la plus retentissante et la plus douloureuse, pour les forces du Chaos c’est par les urnes, aux régionales des 20 et 27 juin 2021, puis aux présidentielles de 2022.

Par ailleurs, ce précédent est préoccupant pour l'ensemble de la classe politique, dont l'image auprès de certains individus est particulièrement dégradée. On ne va pas quand même confiner la République, et interdire aux femmes et hommes politiques d'aller serrer les paluches, de peur de prendre une retentissante baffe. Laisser faire, ce serait alors le début de la Nuit des longs couteaux.

Je tiens à réaffirmer, ici solennellement, que le monde politique n'est pas une guerre civile, et doit donc rester un débat, une confrontation d'idées. Aussi mes adversaires politiques, au premier rang desquels figure le président MACRON, ne sont pas mes ennemis. Je suis en profond désaccord avec le Chef de l’Etat, et en particulier depuis qu’il a opéré un virage vers l’extrême-droite, à travers son séparatisme assumé et ses stigmatisations des racisés. Cependant, les conflits, tant qu'on est encore en démocratie, ne se vident, uniquement, que par la voie pacifique, projet contre projet. A échéance régulière, les citoyens tranchent. Ils l'ont fait aux municipales de juin 2020, la Gauche ayant conquis de nouvelles villes, comme Bordeaux et Marseille. Le 6 juin 2021, Mme Lamia EL AARAJE, dans le 20ème arrondissement, a gagné, de très haute lutte, un siège à l'Assemblée nationale. Pourtant, un torrent de boue, de calomnies, voire d’insultes, avait, auparavant, empoisonné le 2ème tour, dans un duel à Gauche, et pour un siège détenu auparavant par une socialiste démissionnaire, Mme George PAU-LANGEVIN. Aux régionales des 20 et 27 juin 2021 et en 2022 aux présidentielles, la Macronie et les forces lepénisées prendront, je l'espère, une retentissante claque.

«Quand on refuse, on dit non» proclame un proverbe Malinké, repris par Ahmadou KOUROUMA (1927-2003), un écrivain ivoirien. Aussi je le redis, fermement et calmement, que la stratégie de Mme Anne HIDALGO, visant à rassembler la Gauche démocratique, avec les Communistes et les Verts, est la seule viable, efficace et responsable, dans ces régionales des 20 et 27 juin 2021, ainsi pour les présidentielles de 2022. Cette claque administrée au Chef de l’Etat nous en dit plus long sur la dramaturgie qui prend corps et se met en place. Même si certains se bouchent le nez et ferment les yeux devant l’avancée à grands pas de haine et la stigmatisation des autres, notre société recèle, potentiellement, de graves doses de violences. Je ne parle pas seulement que des gens du couteau ou de ceux qui les acquittent, pas plus que cette semaine, au bénéfice du doute. «Ce qu'a fait Mélenchon divise et fracture et ne permet pas de se réunir» a dit Mme Anne HIDALGO au sujet d'une déclaration du président de la France Insoumise. Qui a aussi empêché Mme Anne HIDALGO d’entrer, le 27 mai 2021, à la Bellevilloise, lors d’un meeting de soutien à Mme Lamia EL AARAJE, devenue, depuis le 6 juin 2021, députée de Paris ?

«Quand on crache en l'air cela finit par vous retomber sur la figure» dit un dicton. J'évoque, à ce titre, ce refus de déboulonner les statues des esclavagistes et colonialistes, cette célébration de Napoléon celui avait rétabli l’esclavage, cette glorification et banalisation des idées nauséabondes de l'extrême-droite, pour sauver son mandat calamiteux. Je parle aussi des milliards qui pleuvent aussi maintenant, essentiellement, pour les gens de la finance quand, il n’y a pas si longtemps, on éborgnait les Gilets jaunes, matraquait les personnels soignants, les réfugiés à la Place de la République et les retraités. Il fut même un temps où ces gens qui vont bien voulaient retirer 5 euros d’allocation de logement aux pauvres. Et toutes réformes infâmes (retraites, chômage), qui ne sont pas abrogées, mais seulement suspendues. Cette résurgence et cette glorification de la Françafrique, avec une arrogance infinie, au lieu de réorienter les relations franco-africaines, afin de maintenir la présence française sur le continent noir, me parait inadaptée et périlleuse. La France, en raison de liens historiques, a une place privilégiée en Afrique, à condition de respecter ses partenaires. Est-ce maintenant l'arroseur arrosé ?

Cette gifle, malvenue et inappropriée, est tout de même, un appel à la Macronie de revenir sur le droit chemin, celui de la défense de l’unité et la cohésion de la Nation, autour des grandes valeurs de la République (Liberté, Egalité, Fraternité) contre les forces du Mal (Haine, Intolérance, Violence). Aussi, je reprends à mon compte avec cette maxime de Martin Luther KING «c'est toujours le bon moment de faire ce qui est le Bien». Cette gifle administrée, fort injustement et scandaleusement au Chef de l’Etat, est d’une gravité exceptionnelle ; elle ne me réjouit pas. Loin de là ! Cette claque symbolise un délitement, sans précédent, des valeurs républicaines. Il en est ainsi de ces ligues factieuses, de ces militaires, dans leurs tribunes médiatiques, narguant l'Etat républicain.

Je le souligne souvent, mes posts sur Facebook sont régulièrement supprimés ou disparaissent de longues minutes. Je ne représente rien que moi-même. Pourquoi cet acharnement contre ma modeste personne, inutile, bête et méchant ? Je n’ai peur de rien et je suis délivré de la peur, en tant que simple militant du bien-vivre ensemble.

L’hypothèse, un jour, de la prise de pouvoir du Rassemblement national (2 fois au 2ème tour des présidentielles en 2002 et en 2017) n’est plus une vue de l’esprit, compte tenu de la lepénisation croissante des esprits, justement encouragée par le président Emmanuel MACRON. Dans cette hypothèse dramatique, une simple claque, ou une fessée, ne suffirait pas. Par conséquent, j'en appelle solennellement à tous les Républicains, alors qu'il est encore temps, à une rénovation profonde des valeurs de démocratie. Il y a le Bien et le Mal, et il y a des lignes rouges, dans un Etat républicain, que personne ne doit jamais franchir. La progression des idées de 1940, du racisme, de la prédation et des violences contre les faibles, dans ce pays des droits de l’Homme avec son prétendu message universel, est scandaleuse. A ce titre, je réaffirme que la reconnaissance, comme parti légal et légitime du Rassemblement national, est une faute politique originelle portant en elle-même de ce lourd héritage dans cette société de cet esprit colonialiste et esprit, toujours latent. Le Rassemblement national ne fait pas partie des formations politiques républicaines honorables. L'avoir reconnu et légitimé, tout en niant farouchement l'esprit colonialiste et esclavagiste ainsi que les violences policières, voilà une des plus graves gifles à notre démocratie. Et en plus que le Chef de l'Etat court après ces idées négrophobes et islamophobes ; c’est qui me désole et me fâche. Où va-t-on donc ?

Pour autant, fortement et sans ambiguïté solidaire avec le président MACRON, et révolté contre la grave injustice dont il a été l'objet, et près à manifester à la Place de la République devant cet affront inqualifiable, lutteur dans l’arène, je renouvelle, plus que jamais, mes appels constants pour une société de tolérance, de débat et de confrontation d’idées, pour un bien-vivre ensemble dans le respect mutuel.

Paris le 8 juin 2021 par Amadou Bal BA -

 

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