"Vote des Noirs pour la Justice" par Amadou Bal BA

Le vote des Noirs et les combats, l'intervention dans la vie publique sont décisifs dans les combats pour l’égalité réelle et la Justice. Joe BIDEN a désigné Kamala HARRIS, une femme noire, en qualité de vice-présidente. Un événement historique. Mais, il faut falloir honorer les belles promesses de la campagne électorale, et pour cela la mobilisation sera nécessaire.

Le vote des Noirs et les combats pour l’égalité réelle et la Justice

 Joe BIDEN, président élu, a choisi Kamala HARRIS, une femme noire, comme vice-présidente, un événement historique planétaire. Kamala HARRIS a rendu hommage à l’audace de Joe BIDEN qui a «brisé une des plus importantes barrières» de la société américaine, plombée par 400 années d’esclavage. Kamala HARRIS a donc gravi, allègrement, «la montagne raciale (The Racial Mountain), en référence à une expression de Langston HUGUES. «Je suis la première, mais je ne serai pas la dernière ; car chaque fille qui regarde ce soir voit c’est un pays de tous les possibles» dit Kamala HARRIS.

Dans le décompte des résultats des présidentielles du 3 novembre 2020, le vote de Noirs en Pennsylvanie et en Géorgie a été plus que décisif. En effet, si Joe BIDEN a gagné, la communauté noire y a contribué, de façon décisive : «Je pense aux générations de femmes noires qui ont ouvert la voie ; celles qui ont sacrifié tant pour l’égalité, la liberté et la justice pour tous, qu’on regarde souvent de haut, mais qui, si souvent prouvent qu’elles sont la colonne vertébrale de notre démocratie» dit Kamala HARRIS. Dès le départ, Kamala HARRIS a choisi Karine JEAN-PIERRE pour diriger sa campagne électorale. La vice-présidente élue a reçu des soutiens de poids, comme celui de Stacey ABRAHAMS, de la Géorgie, candidate malheureuse pour le poste de gouverneure de cet Etat, qui avait bien labouré le terrain. La contribution de Stacey ABRAHMAS a été remarquable. L’apport de la Géorgie en 2021, pour le contrôle du Sénat, sera décisif afin de réaliser les réformes de progrès attendues et donc se libérer de la tutelle des conservateurs. La création du mouvement «Black Lives Matter» par Muriel BROWSER, maire d’Atlanta, a mobilisé et galvanisé tout l’électorat démocrate, en transcendant toutes les barrières raciales ou sociales.

D’autres femmes noires, d’une grande qualité, ont apporté leur appui au ticket BIDEN-HARRIS, comme Mme Ilhan OMAR du Minnesota, Mme Alexandria OCTAVIO-ORTEZ de New-York. En particulier, lors des primaires démocrates, Joe BIDEN a reçu un soutien décisif de M. James CLYBURN de la Caroline du Sud.

Cependant, loin d’être naïf, je crois que la rhétorique doit être suivie d’actes concrets : «Time is for action». En effet, la victoire de Joe BIDEN ne suffira pas, à elle seule, de faire disparaître, comme par enchantement, tous les graves problèmes de violences policières et de racisme institutionnel et systémique contre les Noirs aux Etats-Unis. Joe BIDEN, même s’il est allié à Bernie SANDERS, est soutenu par une large coalition hétéroclite, et sera donc obligé de faire des concessions, peut-être même des reculades. On se souvient des deux mandats de Barack OBAMA ayant abouti, dramatiquement, à l’élection de Donald TRUMP, un suprémaciste décomplexé.

En effet, Joe BIDEN est soutenu par des Démocrates modérés que rien ne distingue des conservateurs, et par des Républicains, intéressés par la loi et l’ordre, répressifs et peu enclins à la promotion sociale des défavorisés. Les Républicains hostiles au président nouvellement élu, estiment déjà que Joe BIDEN n’aurait pas un mandat d’instaurer «le Socialisme» aux Etats-Unis ; il devrait mener des reformes négociées et modérées. «La diabolisation doit cesser ici et maintenant» a dit Joe BIDEN, par la vie des Noirs compte (Black Lives Matter). Depuis l’affaire George FLOYD, les Noirs des Etats-Unis sont devenus une réelle force politique, fondée sur une démarche citoyenne et une solidarité avec toutes les autres personnes exclues. Ils veulent refuser de se cacher derrière la drogue et la violence et réclamer que leurs droits de citoyens soient respectés. Ce large front transcendant toutes les couleurs devrait être mobilisé à fin que les belles promesses de Joe BIDEN soit respectées, pour une égalité réelle et la Justice, au profit de tous.

La mobilisation et la lutte du peuple doit continuer pour ses défendre ses droits. «La démocratie n'est pas un état. C'est un acte» dit John LEWIS. Le combat pour la défense de la démocratie est un combat de chaque instant. Les pays occidentaux ne sont pas à l’abri d’une dictature. Et ce que voulait dire John LEWIS, «c'est que la démocratie américaine n'est pas garantie. Elle est seulement aussi forte que notre volonté de nous battre pour elle, de la protéger et de ne jamais la considérer comme acquise. Et la protection de notre démocratie nécessite une lutte. Il faut faire des sacrifices. Il y a de la joie et il y a du progrès. Parce que nous, le peuple, avons le pouvoir de construire un avenir meilleur. Et lorsque notre démocratie même était en jeu dans cette élection, avec l'âme même de l'Amérique en jeu et le monde qui la regardait, vous avez inauguré un nouveau jour pour l'Amérique» précise Kamala HARRIS.

De mauvais soufflent sur notre chère France. On a tendance à dire en France que les élections de Barack OBAMA et de Kamala HARRIS sont une excellente chose. Mais dès que la question de la Justice, des violences policières et du racisme institutionnel sont posées en France, c’est tout de suite, le plus déni : Tout va bien en France, pays des droits de l’Homme et de la liberté d’expression. La revendication de l’égalité réelle des racisés, ravalés au rang d’indigènes de la République, ne serait que du «communautarisme», du «séparatisme» ou de «l’indigénisme». Par conséquent, cette victoire de Joe BIDEN et de Kamala HARRIS interpelle donc les racisés en France, notamment les Noirs et les Arabes ; seule la démarche citoyenne et républicaine est viable pour combattre, efficacement, le Rassemblement national et cette Macronie lepénisée, surfant sur les peurs, et envisageant de présenter ce funeste projet de loi sur le séparatisme.

«Le pouvoir des gens d'en haut dépend de l'obéissance des gens d'en bas. Quand ceux-là cessent d'obéir, les autres n'ont plus de pouvoir» a dit Howard ZINN. Révoltez-vous donc contre cette Macronie lepénisée, vichyste, islamophobe et négrophobe. Sous prétexte que l’offre politique ne serait pas satisfaisante, les racisés ont choisi de désintéresser de la vie politique et citoyenne, en réfugiant derrière une abstention massive.

Cependant, en France, comme partout ailleurs, seule une intervention des racisés pour défendre ses droits dans la sphère publique, est la solution viable. Quand on s’organise et vote, les politiciens seront contraints de respecter ce rapport de forces. Se réfugier dans l’abstention, c’est encourager les calomnies, les violences et la prédation à l’encontre des racisés. La France devrait respecter ses citoyens d’origine africaine et abandonner sa politique coloniale de coopération en Afrique, et en particulier, cesser de soutenir aveuglément ces régimes monarchiques et dynastiques.

Mobilisons-nous pour les régionales et les départementales de mars 2021 en France et combattons, sans concession, ce projet de loi sur le séparatisme, en décembre 2020.

Donald TRUMP n’a fait qu’un mandat, et a été viré. Faisons en sorte, en 2022, que M. Emmanuel soit remercié et que Mme Anne HIDALGO, soit la première femme élue présidente de la République française.

Inscription massive sur les listes électorales en France !

Paris, le 8 novembre 2020 par Amadou Bal BA -

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