"TOUSSAINT-LOUVERTURE, 1ère Rép Noire" par Amadou Bal BA

TOUSSAINT-LOUVERTURE (1743-1803), héros de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, et précurseur de la première République noire indépendante, en 1804, d’Haïti; Il mériterait d'être célébré et ses cendres transférés au Panthéon.

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«TOUSSAINT-LOUVERTURE (1743-1803), héros de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, et précurseur de la première République noire indépendante, en 1804, d’Haïti» par Amadou Bal BA -

En ce 10 mai 2021, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, un crime contre l’Humanité, j’ai décidé d’honorer la mémoire de François Dominique TOUSSAINT-LOUVERTURE, souillée en ce moment par un hommage indue du bicentenaire de la mort de Napoléon, un esclavagiste. Le 21 mai 2021, c’est le 21ème anniversaire de la loi TAUBIRA déclarant la traite des Nègres, un crime contre l’Humanité. «Premier des Noirs» TOUSSAINT-LOUVERTURE, général des armées de Saint-Domingue, dont les cendres devraient être transférés au Panthéon, est un héros de notre temps, en raison des vents mauvais qui soufflent sur cette France républicaine. La vie de TOUSSAINT-LOUVERTURE se confond, de nos jours, avec sa légende, celle de libérateur de l’esclavage, précurseur de la Négritude et héros du peuple haïtien : «Quiconque a séjourné en Haïti a été frappé de constater à quel point le souvenir de Toussaint-Louverture habite les esprits et le cœur. Il appartient à chacun, comme Napoléon dont il fut la victime, à chaque Corse. L’ancien Saint-Domingue voue à son libérateur une dévotion patriotique qui ressemble à un culte. Comme les héros de Sparte : Léonidas, le guerrier, et Lycurgue, le législateur, Toussaint-Louverture, à la fois combattant de l’indépendance et organisateur de la Nation, est moins qu’un Dieu, mais plus qu’un homme» écrit Charles-André JULIEN, la préface du livre d’Aimé CESAIRE sur TOUSSAINT-LOUVERTURE.

Napoléon 1er, maintenant considéré comme un héros, avait envoyé une expédition du général , mais finira par échouer dans sa tentative de «pacifier» l’île Saint-Domingue. Napoléon réussira, à la suite d’un traquenard, le 7 juin 1802, à Ennery, à exiler en France, TOUSSAINT-LOUVERTURE qui mourra de froid et de solitude, le 7 avril 1803, dans le cachot de Fort-de-Joux (Jura), classé monument historique le 18 juillet 1996. «En me renversant on n’a abattu que le tronc d’arbre de la Liberté des Noirs. Il repoussera par les racines, parce qu’elles sont profondes et nombreuses» dira notre héros, symbole de la lutte contre l’esclavage. En effet, l’arrestation de TOUSSAINT-LOUVERTURE, suivie du désarmement de la population, excita les esprits au sein des Noirs. Charles BELAIR (1718-1802), neveu de TOUSSAINT-LOUVERTURE, se proclama chef des insurgés. Jean-Jacques DESSALINE (1758-1806) en prit ombrage, s’allia avec LECLERC et fit tomber Charles BELAIR, dans un guet-apens qui fut fusillé avec sa femme. Cependant, le général Charles-Victor-Emmanuel LECLERC (1772-1802) excédé et dépassé par la résistance, fit recours à une terreur sans nom. «Cet homme (Toussaint-Louverture), depuis le moment que je l’ai pardonné, n’a cessé de conspirer sourdement. Il cherche à organiser, parmi les cultivateurs, une insurrection. Dans ces circonstances, j’ai ordonné de le faire arrêter» écrit le général LECLERC à Napoléon. Les fusillades, les pendaisons et les noyades, n’eurent d’autres résultats que d’accroître l’audace des Noirs et leur mépris de la mort. En réponse à une lettre de Napoléon, transmise par le général LECLERC, «le Premier des Noirs», répond «Les forces destinées à faire respecter la souveraineté du peuple français ont effectué une descente ; elles répandent partout le carnage et la dévastation. De quel droit veut-on exterminer, par le fer et par le feu, un peuple grossier, mais innocent ? Saint-Domingue aspire à l’indépendance. Pourquoi, non ? Les Etats-Unis ont fait comme nous ; et avec l’assistance du gouvernement français, ils ont réussi à consolider leur liberté. Le gouvernement que j’ai établi pouvait seul convenir à des malheureux, à peine affranchis par un joug oppresseur. Vous me demandez si je désire de la considération, des honneurs, de la richesse. Oui, sans doute ; mais je ne veux pas les tenir de vous. Ma considération dépend du respect de mes compatriotes, mes honneurs de leur attachement, ma fortune de leur fidélité. La puissance que je possède est aussi légitimement acquise que la vôtre.» écrit TOUSSAINT-LOUVERTURE, une lettre reproduite par Charles MALO page 433. Les colons, inquiets pour leurs privilèges, réclamèrent à Napoléon le rétablissement de l’esclavage ; ce qui sera fait le 20 mai 1802. Cependant, la révolte des esclaves deviendra une révolution, et sera la fin d’un rêve français de colonisation en Amérique. La Louisiane sera vendue, Saint-Domingue étant considérée comme une tête de pont des colonies en Amérique. Cependant, après l’indépendance de Haïti, Charles X (1757-1836) imposera une lourde amende à ce pays d’un montant de 150 millions francs, pour dédommager les colons. Naturellement aucune indemnité n’est prévue pour les anciens esclaves, dont la victoire donne à leur café un goût de sang ; 36000 colons ont exploité, pendant des décennies, 500 000 esclaves.

TOUSSAINT-LOUVERTURE est mort dans la plus grande dignité «Une fois pris, Toussaint-Louverture est mort sans proférer une parole. Napoléon, une fois sur son rocher, a babillé comme une pie ; il a voulu s’expliquer» écrit Honoré de BALZAC. En fait, le général TOUSSAINT-LOUVERTURE, un mémorialiste, nous a laissé un authentique mémoire protestataire sur sa vie, conservé dans les archives impériales et retranscrit, en 1853, par Joseph SAINT-REMY (1815-1858), un historien haïtien. Cette version, dans un français obsolète et fautif, a été revue et corrigée par les éditions Garnier en 2011, sous la direction de Daniel DESORMEAUX. «Il est de mon devoir de rendre au gouvernement français compte exact de ma conduite, je raconterai les faits avec toute la naïveté d’un ancien militaire, en y ajoutant les réflexions qui se présenteront naturellement. Enfin, je dirai la Vérité, fut-elle contre moi» écrit TOUSSAINT-LOUVERTURE, dans ses mémoires. Il y est question de pouvoir, de gloire et de Justice, de richesses volées, dilapidées ou perdues.

A la Révolution de 1789, diverses révoltes éclatent dans la partie orientale de l’île de Saint-Domingue (Haïti, actuelle) et notamment celle des esclaves d’août 1791. TOUSSAINT-LOUVERTURE, promu général le 1er septembre 1791 en raison de son ralliement à une République abolitionniste, bat les Anglais qui avaient tenté de s’emparer de l’île. A cette époque, Saint-Domingue était une colonie, une île riche grâce à ses plantations fructifiées par la sueur et la vie d’esclaves venus d’Afrique. Le 1er janvier 1804, les rebelles et esclaves haïtiens proclament l’indépendance de leur pays ; c’est la première fois dans l’histoire, qu’une République noire est érigée. «Saint-Domingue est le premier pays des temps modernes à avoir posé, dans la réalité, et à avoir proposé à la réflexion des hommes, le grand problème que le XXème siècle s’essouffla à résoudre : le problème colonial. Le pays où est noué ce problème. Le premier pays où il s’est dénoué» écrit Aimé CESAIRE (1913-2008). Cette Révolution de Saint-Domingue a été conduite par TOUSSAINT-LOUVERTURE, un dirigeant charismatique et habile, qui a su mobiliser les esclaves et les mulâtres contre les colons français, et parvenir à libérer son pays. Quand TOUSSAINT-LOUVERTURE entre en scène, trois mouvements s’affrontent : le mouvement des colons blancs vers l’autonomie et la liberté commerciale, le mouvement des mulâtres vers l’égalité sociale ; le mouvement nègre vers l’indépendance. La société coloniale, en raison de l’abolition de l’esclavage en 1794, à la suite de la Révolution, est pourtant pleine de contradictions «Le pouvoir bourgeois de la Révolution française éprouva que la liberté est indivisible, que l’on pouvait accorder la liberté politique ou économique aux planteurs blancs et maintenir les mulâtres sous la férule ; que l’on pouvait reconnaître l’égalité civile aux hommes de couleur libres et dans le même temps maintenir des Nègres dans l’ergastule ; bref, pour libérer une des classes de la société coloniale, il fallait les libérer toutes, et que pour libérer toutes, il fallait libérer Saint-Domingue elle-même, remettre en jeu l’existence de la société coloniale : ce qui parut au pouvoir contraire aux intérêts de la France» écrit Aimé CESAIRE.

Les Historiens ont dressé un portrait contrasté du héros de l’indépendance de Haïti. Suivant Cyril Lionel Robert JAMES (1901-1989), TOUSSAINT-LOUVERTURE est le guide d’un processus révolutionnaire émancipateur, le héros charismatique qui conduisit un soulèvement d’esclaves à la libération nationale (Les jacobins noirs). Aimé CESAIRE a défendu ce point de vue «Quand, Toussaint-Louverture vint, ce fut pour prendre à la lettre la Déclaration des droits de l’homme, ce fut pour montrer qu’il n’y a pas de race paria ; qu’il n’y a pas de pays marginal ; qu’il n’y a pas de peuple d’exception. On lui avait légué des bandes. Il en avait fait une armée. On lui avait laissé une jacquerie. Il en avait fait une Révolution ; une population, il en avait fait un peuple. Une colonie, il en avait fait un Etat ; mieux, une Nation» écrit-il. Pierre PLUCHON et Jacques de CAUNA ont dressé un portrait celui d’un chef iconoclaste, surtout motivé par les intérêts de sa caste, celle des noirs libres, nostalgique d’une prospérité coloniale anéantie par la Révolution. Son projet, dès lors, est celui de restaurer la splendeur passée, mais au profit d’un ordre racial où l’ancien groupe des «Noirs libres» aurait supplanté définitivement la caste des planteurs blancs.

 Qui était donc TOUSSAINT-LOUVERTURE ?

François-Dominique TOUSSAINT-LOUVERTURE est né le 20 mai 1743, d’un esclave descendant d’Allada, au Dahomey, surnommé «Bréda» puis Louverture, un certain Hyppolite Le Gahou DEGUEGON (1720-1794). Sa mère, Pauline (1734-1774), est originaire du Comté de Noé, non loin du Haut-du-Cap. Certains biographes fixent sa date de naissance en 1746, mais la date retenue est celle de 1743. Jusqu’à l’âge de 45 ans, aucun fait notable, dans sa vie privée n’a été enregistré. Certains biographes, comme Charles MALO (1790-1871), dans son histoire d’Haïti, estiment que son bailli ou directeur, en raison de sa bonne conduite, de sa ponctualité et de son exactitude, lui aurait appris à lire ou à écrire. En fait, il était berger, puis cocher de BARJON-LIBERTAS, qui, le trouvant intelligent, l’avait attaché à son service personnel. Il appartenait à la classe d’hommes «sortant à peine de la barbarie. Jusqu’à l’âge de cinquante ans, il avait vécu dans l’état de dégradation qu’est l’esclavage» écrit Victor SCHOELCHER (1804-1893). Pour d’autres, ce fut son parrain, à la mort de ses parents en 1774, un certain Pierre BAPTISTE, un Noir libre éduqué par un Jésuite, sera son mentor.

Sa seconde femme Suzanne SIMON née BAPTISTE (1742-1816), belle-fille de son mentor, lui a donné trois enfants : Placide (1781-1841), Isaac (1784-1898) et Saint-Jean (1791-1804). Suzanne avait un fils d’une autre union, Placide, qu’il a élevé comme son enfant. En réalité, il avait eu une première femme, Cécile, et de cette union, il y avait eu trois enfants : Toussaint, Gabriel et Marie-Marthe. Affranchi, en 1776, TOUSSAINT-LOUVERTURE avait loué 13 esclaves, dont Jean-Jacques DESSALINES.

En raison de ses nombreuses lectures, la prédiction faite d’un Spartacus vengeur de la race noire, frappa vivement son imagination. A la révolte de 1791, il sauva ses maîtres, qui l’avaient bien traité, de massacres de la population noire. Ses éminentes qualités ont été reconnues même par les biographes qui lui sont hostiles «Toussaint-Louverture occupera une place dans l’histoire. Il est d’une taille médiocre ; il a l’œil vif ; son regard est rapide et pénétrant. Sobre de caractère, rien ne met un obstacle à l’infatigable activité avec laquelle il travaille au succès de ses projets» écrit Charles-Yves COUSIN D’AVALLON (1769-1840). Mesurant 1m63 et souffreteux pendant son enfance, surnommé «Fatras-bâton» ou contrefait, il compense ce handicap physique par un travail sur lui-même. «Malgré sa faiblesse apparente, Toussaint, dont le système nerveux était surexcité par une grande puissance de caractère s’adonnait à tous les exercices de corps. Doué d’une grande intelligence, d’un excellent jugement, d’une mémoire prodigieuse, d’une faculté d’assimilation étonnante, méprisant les paresseux, visant aux honneurs», il avait l’histoire, les traités de stratégie et avait un style ainsi qu’une manière de penser, estime Thomas-Prosper GRANGNON-LACOSTE (1820-1895). Très dévot, il a tout de suite mis l’église officielle face à ses contradictions concernant l’esclavage. En Spartacus noir, ses lectures de l’abbé Guillaume-Thomas RAYNAL (1713-1796) l’ont conforté dans sa détermination à combattre l’injustice, notamment l’esclavage et le colonialisme «Nations d’Europe, vos esclaves n’ont pas besoin de votre générosité, ni de vos conseils pour briser le joug sacrilège qui les opprime. Il ne manque aux Nègres qu’un chef» écrit l’abbé RAYNAL dans «l’histoire de la philosophie des Deux Indes».

En août 1792, une bonne partie de Saint-Domingue est occupée par les Espagnols. En 1793, à un âge avancé, il s’engage dans l’armée espagnole où sa hiérarchie le distingue très vite. Les Espagnols lui apprirent à discipliner ses bandes et l’initièrent à l’art de la guerre. Il se retrouve à la tête d’une armée de 4000 hommes et bat le général français, Edme Etienne BORNE DESFOURNEAUX (1767-1849), à Ennery, le 20 juin 1793. Il reçut une décoration, une épée d’honneur et le grade de lieutenant. A la suite d’un guet-apens où son frère est tué, il démissionne de l’armée espagnole.

Lorsque le Directoire succéda à la Convention, et à l’abolition de l’esclavage en 1794, la guerre entre esclaves et colons, cessa momentanément. Le général Etienne de LAVEAUX (1751-1828), gouverneur de Saint-Domingue, décidé à récupérer TOUSSAINT-LOUVERTURE, entretient une correspondance avec lui. TOUSSAINT-LOUVERTURE, uniquement intéressé par la liberté des Noirs et sachant que les Anglais n’étaient pas décidés à abolir l’esclavage, se remet à disposition de la France. Il délivre les Gonaïves que menaçaient les Anglais. Organisateur, TOUSSAINT-LOUVERTURE finit par vaincre les Anglais. Homme de parole et d’une grande probité, TOUSSAINT-LOUVERTURE resta attaché aux révolutionnaires. Les Noirs, devenus libres, sont maintenant des salariés dans les plantations.

Le 31 mars 1776, en récompense à ses loyaux services, TOUSSAINT-LOUVERTURE est promu, par les Français, général de division et commandant en chef des troupes de Saint-Domingue ; il devient chef de l’île. La Convention l’avait élevé au grade de général de brigade le 23 juillet 1795, le premier Noir à ce rang. Il écarte, très habilement, tous ses rivaux, dont Etienne Maynaud de LAVEAUX (1751-1828), son mentor et rival, en 1796 Léger-Félicité SONTHONAX (1763-1813), un abolitionniste, en 1797 et Gabriel de HEDOUVILLE (1755-1825), commissaire extraordinaire, en 1798.

En raison du coup d’Etat de Napoléon, en 1799, la donne allait changer. TOUSSAINT-LOUVERTURE, resté jusqu’ici loyal à la France prend conscience de la nécessité de se battre pour la liberté et l’égalité en faveur des Noirs. Napoléon a fait débarquer sur l’île une importante armée. Le 18 juin 1801, TOUSSAINT-LOUVERTURE après différentes péripéties avec les colons, et notamment la mauvaise gestion de la situation par RIGAUD, fit voter, avec des délégués, une Constitution.

TOUSSAINT-LOUVERTURE, enfermé dans un donjon froid et humide, meurt le 27 avril 1803, en exil, en France. Dans sa cellule du Jura, «c’est un homme seul qui défie les cris de la mort blanche» écrit Aimé CESAIRE. Ses parents qui l’avaient suivi dans son exil, se sont installés à Bordeaux. Louise CHANCY (1782-1871), veuve d’Isaac, y est morte le 23 juillet 1871, comme Isaac LOUVERTURE le 26 août 1898. Placide LOUVERTURE (1781-1841), après un séjour en prison à Belle-Ile-en-Mer, après des séjours à Bayonne et Agen, rejoint la ville de Bordeaux en 1804, Joséphine de LACAZE (1798-1878) le 16 mai 1821 à Astaffort et aura deux enfants : Joseph (1821-1822) et Rose, (1823-1900). Placide meurt le 16 janvier 1841, à Agen. Suzanne SIMON, l’épouse de TOUSSAINT-LOUVERTURE était déjà morte, depuis 1816, à Agen, et recevra les honneurs de Louis XVIII (1755-1824). Les descendants légitimes de TOUSSAINT-LOUVERTURE sont encore, de nos jours, présents en France, à travers  trois familles françaises dans le Sud-Ouest, en Lot-et-Garonne, dans les secteurs d’Agen et d’Astaffort : les SABARDU, les FONTUS et les BEYNIER. C’est le travail des généalogiste, Joséphine de LACAZE était une Blanche.

Mort sans sépulture, ses ossements étant jetés dans les remblais, lors de la rénovation du Fort entre 1876 et 1880, il est tombé quelques temps dans l’oubli : «L’injustice ne règne qu’un moment ; il n’y a que la sagesse des aïeux qui compte et laisse une postérité» écrit René-François de CHATEAUBRIAND. Napoléon estima qu'il avait fait une erreur au sujet de TOUSSAINT-LOUVERTURE, en négligeant de répondre à ses nombreuses lettres, pendant sa détention en France, et qu'il aurait pu gouverner Saint-Domingue «par l'intermédiaire de Toussaint», car «ce n'était pas un homme sans mérite». En 1840, Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) a entrepris également la réhabilitation de TOUSSAINT-LOUVERTURE : «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute, sans aimer, sans haïr les drapeaux différents, partout où l'homme souffre il me voit dans ses rangs. Plus une race humaine est vaincue et flétrie, plus elle m'est sacrée et devient ma patrie» écrit le poète humaniste, en hommage au héros de l’indépendance de Haïti (acte II, scène 4). Mais sa pièce de théâtre, censurée, n’a été jouée qu’à partir de 1850. C’est Thomas-Prosper GRAGNON-LACOSTE, par la suite, en 1877, qui lui a rendu un vibrant éloge : «Ce livre n’a point besoin d’introduction. L’homme qui en est le sujet ou le héros nait d’une révolution spontanée comme la foudre, violente comme un volcan des Andes. Son nom occupe un instant les deux mondes. Mort, d’une mort obscure, sur un coin perdu de terre, un long silence se fait sur sa tombe enfourcha pour lui la trompette de la renommée. Le colosse qui l’abattit (Napoléon) parce qu’il faisait ombre à sa renommée, roula à son tour dans la poussière. L’Histoire juge à cette heure, le despote et sa victime» écrit-il dans «Toussaint-Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue».

«Je viens ici ému, la gorge nouée, mesurer le prix du courage, des convictions, des déterminations d'un homme. La Patrie haïtienne vous est à jamais reconnaissante, Général ! Spartacus noir», dit le président M. Michel MARTELLY, premier chef d’Etat haïtien, venu au Fort de Joux, le samedi, 1er novembre 2014, rendre hommage à TOUSSAINT-LOUVERTURE. En dépit du tapis de poussière dans lequel certains voulaient faire oublier son combat pour la liberté, TOUSSAINT est plus que jamais présent dans notre cœur : «Lui qui naquit esclave et mourut emprisonné dans une cellule de ce château… Et nous savons que la liberté, toutes les libertés, appartiennent à ceux qui les défendent et non seulement à ceux qui se limitent à en parler. La liberté n’est pas transmissible par héritage, il faut s’affranchir chaque jour pour devenir et rester libre !» dit, le 7 avril 2019, M. René EMILLI, vice-président du Grand Pontarlier, en charge du tourisme.

«Si Dieu habitait sur terre, il ne pourrait pas habiter un cœur dont les apparences fussent plus imposantes» dit un auteur anonyme de la «vie privée, politique et militaire de Toussaint-Louverture». De nos jours, différentes statues ont été érigées en hommage à TOUSSAINT-LOUVERTURE, notamment à la Rochelle, à Paris, Bordeaux, à Allada au Bénin, à la Réunion, en Haïti, à Massy-Palaiseau, et au Québec. En 2005, la République d'Haïti fit don d'une statue de TOUSSAINT-LOUVERTURE, à la ville de Bordeaux. La statue a été réalisée par le sculpteur haïtien Ludovic BOOZ, et se situe sur les bords de la Garonne, de l'autre côté du quai d'où partaient les bateaux négriers entre 1672 and 1837. Une statue de TOUSSAINT-LOUVERTURE plastronne devant la mairie de la Rochelle. Et aux conservateurs qui s’en offusquaient, l’artiste sénégalais, Ousmane SOW (1935-2016), réalisateur de cette statue, avait dit le 22 mai 2015, lors de son inauguration : «Il ne s'agit pas d'une repentance, mais du courage d'assumer son passé». Pour M. Jean-François FOUNTAINE, maire de la Rochelle, «l'esclave debout dans la maison des maîtres ne constitue pas une revanche, mais une réconciliation de la ville avec son histoire». Le 10 mai 2021, Mme Anne HIDALGO, maire de Paris, a choisi de rendre hommage à cette grande figure des mouvements anticolonialiste et abolitionniste, en donnant son nom à un bel espace arboré, lieu de vie accueillant des jeux d’enfants et des équipements sportifs, au cœur d’un quartier populaire, au 35 rue Duris, à Paris 20ème : «En ce 10 mai, Paris honore Toussaint Louverture, figure de la lutte contre l’esclavage et héros de l’indépendance d’Haïti, en lui dédiant un jardin dans le 20e arrondissement. Pour que vive la mémoire de ce grand combattant de la liberté» dit Mme Anne HIDALGO.

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 Paris, le 9 mai 2021, par Amadou Bal BA -

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