"Pourquoi ce traitement différencié ?" par Amadou Bal BA

A chaque fois qu'un être humain meurt, même à un âge très avancé, cela me rend profondément triste. Je m'interroge pour cet emballement médiatique honorant le prince Philippe.Or, à sa mort en 2001, le président SENGHOR, académicien et socialiste, n'a pas eu tant d'égards et d’attentions.

«Je m'interroge fort légitimement sur ces traitements différenciés : un appel à l’Egalité réelle et la Fraternité»

A chaque fois qu'un être humain meurt, même à un âge très avancé, cela me rend profondément triste. La vie de chaque individu est unique et irremplaçable ; d'autant plus que cette existence du prince Philippe MOUNTBATTEN, duc d’Edimbourg (10 juin 1921 – 9 avril 2021), est l'incarnation même d'un amour d'une longévité de 73 ans, me remplissant d'envie et d'administration.

Cependant, je m'interroge fort légitimement face à cet emballement médiatique honorant le prince Philippe, qui n'était pas un chef d'Etat. Dans la Charte du Mandé il est dit en substance «une vie vaut une autre ; une vie ne vaut pas mieux qu'une autre vie» ; c’est à la fois l’affirmation, avec force du caractère sacré de la vie, mais aussi et surtout, la promotion du principe d’égalité, et donc l’interdiction de distinctions arbitraires. Or, à sa mort en 2001, le président Léopold Sédar SENGHOR (1901-2001) académicien, membre fondateur de la francophonie, pièce maîtresse de la Françafrique en temps de guerre froide et marié, à sa «Normande» Colette HUBERT (1925-2019), et socialiste, n'a pas eu tant d'égards et d’attentions. Bien au contraire. Le premier ministre, de l'époque, M. Lionel JOSPIN, a choisi de bouder les obsèques de Léopold Sédar SENGHOR, pourtant un grand ami et éminent serviteur de la France, notamment pendant la Guerre froide où il a dû batailler contre le remuant voisin, M. Sékou TOURE (1922-1984).

Aussi, je m'interroge encore sur ce traitement différencié, sur ce déni permanent de la persistance de nos jours, de l’esprit colonialiste et esclavagiste, à travers le rétablissement du Code l’Indigénat par la Macronie.

Je recherche des explications au pays de la rationalité. Peut-être qu'il n'y en a pas. Rassurez-moi ?

En dépit de la célébration du centenaire la Commune de Paris, de celui du Congrès de Tours, ainsi que les 40 ans de la victoire de François MITTERRAND, le jeudi 8 avril 2021, le groupe de discussion, «Paris en Commun», s’interrogeait également : «Mais où est donc passé le peuple de gauche ?».

 «Je suis le dernier des grands présidents, après moi il n’y aura que des financiers et des comptables» disait François MITTERRAND (1916-1996).  A chaque fois qu’un terroriste assassine l’un des nôtres, naturellement et fort légitimement, un sentiment de dégoût et de révolte, nous submerge tous. Cependant, face à cette pandémie, nos gouvernants, des financiers, ont choisi, délibérément, l’économie au détriment de la vie et de la santé . Nous allons atteindre bientôt les 100 000 morts en France, et tout le monde s’en bat les couilles. «La maison brûle, mais on préfère regarder ailleurs» suivant une formule célèbre du président Jacques CHIRAC (1932-2019). Pourtant la gestion de cette pandémie, laissant seules les familles dans leur immense douleur, est faite d’entêtements, de mensonges et de dissimulations, ainsi que de forfaitures. Il y avait eu le manque de masques, la procédure chaotique des tests, et maintenant l’extrême lenteur du  rythme des vaccinations face à un progression exponentielle du virus (100 000 cas par jour). Et tout cela sans aucune stratégie industrielle, un criant de lits d’hôpitaux, ainsi que d’urgentistes. On nous disait que tout allait bien, les restaurants allaient rouvrir le 20 janvier 2021.

Nous vivons une époque dépressive, angoissante et pleine de menaces sur la République. Pourtant, notre génération névrosée, pour l’essentiel obnubilée par les questions identitaires et de souveraineté, est frappée par une grande dose de cécité devant les vents mauvais, soufflant fort sur ce pays (Loi sur le séparatisme et maintien de réformes injustes).

Célébrer la vie, c’est aussi refuser ces guerres locales injustes, coûteuses, sans objectifs atteignables et qui nous rapportent que des cercueils. Le seul chemin qui vaille, c’est le combat pour la démocratie, et surtout une nouvelle coopération avec l’Afrique, équilibrée, avantageuse et respectueuse de tous.

La situation en France, dans le déni du racisme institutionnel et systémique, des violences policières et à l’encontre des faibles (retraités, chômeurs, les pauvres), ainsi que ce lourd héritage colonial et esclavagiste, on préfère parler d’autres choses ; c’est plus commande que parler du duc d’Edimbourg et des réunions non mixtes.

Cette stratégie de diversion face aux enjeux majeurs de notre temps, tranche bien avec la situation américaine. L’équipe BIDEN-HARRSI, en moins d’un an, là où certaines affaires sont étouffées en France depuis longtemps, le procès des assassins de  George FLOYD (14 octobre 1973-25 mai 2020) ainsi qu’un débat sur un projet de loi concernant  les violences policières, sont en cours. Une vaste opération, et sans précédent, de régularisation des sans-papiers, a été engagée. Par ailleurs, à la suite des crimes de l’esclavage et des discriminations aux Etats-Unis depuis 1619, le Congrès a engagé un débat sur l’indemnisation des descendants d’esclaves noirs. Les politiques ségrégationnistes, depuis 4 siècles, ont façonné la démocratie ethnique américaine et provoqué de graves inégalités raciales, y compris devant la mort, en ce temps de pandémie.

Plus que jamais, nous avons besoin, non pas d’une gauche gestionnaire ou financiarisée, mais de dirigeants ayant une vision stratégique pour l’avenir, pour l’égalité réelle, la fraternité et le bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Il est grand temps, aux régionales des 23 et 30 juin 2021, ainsi qu’aux présidentielles de 2022, de redonner de l’espoir et de l’espérance à ce pays.

Vite, Mme Anne HIDALGO !

Paris le 10 avril 2021 par Amadou Bal BA -

 

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